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lundi 29 novembre 2010

La crédibilité des élections en Haïti largement contestée

par Pascal Fletcher PORT-AU-PRINCE (Reuters) - Deux autres candidats à la présidence haïtienne ont dénoncé lundi les conditions d'organisation du scrutin de dimanche et réclamé l'annulation de ce premier tour, rapportent des radios locales.
Sur les 18 candidats qui briguaient la magistrature suprême, seuls quatre, dont Jude Célestin, protégé du président sortant René Préval et champion du mouvement Inite (Unité), reconnaissent la validité du scrutin.
Le Conseil électoral provisoire (CEP), ignorant plaintes et manifestations, a annoncé que ces élections s'étaient "dans l'ensemble bien déroulées".
Au lendemain du vote, la tension et l'incertitude régnaient à Port-au-Prince, la capitale portant toujours les stigmates du tremblement de terre qui a fait plus de 250.000 morts le 12 janvier dernier. Dans certains quartiers, des affiches électorales et des bulletins de vote inutilisés jonchaient les rues.
Une centaine de personnes se sont rassemblées près du palais présidentiel, en grande partie effondré depuis le séisme, pour dénoncer les fraudes et réclamer l'annulation des élections.
"Nous ne comprenons vraiment pas ce qui se passe, on attend toujours les résultats", déclarait un électeur, Fritz Etienne. Le CEP a fait savoir qu'il faudrait peut-être une semaine pour connaître les premiers résultats.
Les Haïtiens étaient appelés à élire leur président, les 99 députés de la Chambre et onze des trente membres du Sénat. Les opérations ont été marquées par une grande confusion et, selon l'opposition, par des fraudes massives.

DILEMME
La mission des Nations unies en Haïti (Minustah), ainsi que les observateurs de l'Organisation des Etats américains (OEA) et de la Communauté caraïbe ont fait savoir qu'ils recueillaient des informations sur le déroulement du scrutin avant de se prononcer.
Pour les organisations internationales, accepter le résultat du vote risque de provoquer la colère de l'opposition, le rejeter pourrait affaiblir les autorités qui ont organisé le scrutin - un dilemme potentiellement explosif.
Le Center for Economic and Policy Research, dont le siège est à Washington, considère le vote de dimanche "comme une farce grossière du début à la fin" et parle notamment de bourrage des urnes, comme l'ont dénoncé des opposants qui affirment que "des victimes du tremblement de terre ont voté".
"La communauté internationale devrait rejeter ces élections et affirmer son soutien aux institutions démocratiques", dit Mark Weisbrot, co-directeur du centre. "Sinon, il y aura en Haïti un gouvernement largement considéré comme illégitime."
Weisbrot demande que le CEP, accusé de favoriser Jude Célestin, soit remplacé en vue de l'organisation de nouvelles élections dont le résultat sera crédible.
Des manifestations avaient éclaté dès la fermeture des bureaux de vote dimanche soir. Les stations de radio haïtiennes ont fait état de la mort de deux personnes lors de violences dans le sud du pays.
Le groupe des candidats à la présidence qui demande l'annulation du scrutin comprend les principaux favoris, dont l'ancienne première dame Mirlande Manigat, le musicien Michel Martelly et l'avocat Jean-Henry Céant.
Onze mois après le séisme meurtrier du 12 janvier, le pays est confronté actuellement à une épidémie de choléra qui a fait environ 2.000 morts.
Des émeutes contre les casques bleus ont éclaté ces dernières semaines à la suite de rumeurs accusant le contingent népalais de l'Onu d'avoir été le vecteur de la bactérie du choléra. Ces violences ont compliqué encore un peu plus la lutte contre la maladie ainsi que l'organisation des élections.
Joseph Guyler Delva et Allyn Gaestel; Guy Kerivel pour le service français

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