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mercredi 17 août 2011

Haïti : la sarabande des affairistes, grands et petits

Selon les représentants de l'ONU, la tempête tropicale Emily, qui s'est abattue sur l'île d'Haïti le 4 et le 5 août, n'a fait « aucun dégât majeur ni de perte en vie humaine ». Si la tempête a été moins violente que prévu, elle s'est traduite par de fortes pluies et, dans plusieurs régions, par des inondations qui ne pourront qu'aggraver de façon catastrophique les conditions de vie des centaines de milliers de personnes qui, un an et demi après le tremblement de terre qui a dévasté le pays, vivent toujours dans des campements de fortune. Dans son numéro de juillet, La voix des travailleurs, mensuel trotskyste édité par nos camarades de l'Organisation des travailleurs révolutionnaires (OTR) fait le point dans un éditorial sur la situation du pays livré, plus que jamais, au pillage des profiteurs de tous calibres. Nous en publions des extraits.
Un an et demi après le tremblement de terre, rien ou presque rien n'a été fait pour construire des logements pour les milliers de familles qui s'entassent dans des camps de toile. Les quartiers populaires restent des champs de ruines. Le choléra sévit, de façon endémique, non seulement dans des communes rurales éloignées de tout centre de soins, mais à Port-au-Prince, sur la zone industrielle elle-même. Mais comment pourrait-il en être autrement, alors que les fatras s'accumulent, que les eaux usées et les déjections empestent les quartiers pauvres...
Pendant que les classes pauvres s'enfoncent dans la misère aggravée par les destructions du séisme, s'intensifie autour d'Haïti la sarabande des affairistes grands et petits. La misère elle-même et les pires catastrophes sont transformées en source de profits.
(...) Un certain nombre de bourgeois petits et moyens, possesseurs d'hôtels, de maisons de location de voitures, etc., se saisissent de l'aubaine constituée par l'afflux des ONG et des conseillers en tout genre pour louer à prix d'or. La pénurie de logements est une calamité pour qui en est victime, mais une source de confortables bénéfices pour quelques-uns.
Ceux-là ne sont cependant que de petits charognards dans la meute. À côté d'eux, au-dessus d'eux, il y a les grands fauves, ceux notamment du bâtiment et des travaux publics, qui louchent vers les contrats qui leur permettraient de décrocher, qui la réfection du palais présidentiel, qui celle des ministères ou de divers bâtiments publics, qui les installations aéroportuaires. (...)
Les Bouygues, les Vinci de France et leurs concurrents américains ou canadiens savent que l'État haïtien est pauvre comme Job et que même le peu de recettes qu'il récupère s'évapore dans la corruption généralisée. Cela ne fait rien, ce n'est pas sur l'État haïtien qu'ils comptent, mais sur leurs propres États respectifs. D'abord pour décrocher le contrat. Puis pour le financer. Chaque État tutélaire conditionne ce qu'il appelle « l'aide à Haïti » à la signature du contrat avec un groupe industriel sous sa protection. Cette aide à Haïti est en réalité une subvention à ses propres industriels.
Pour tout ce beau monde, le tremblement de terre et ses conséquences désastreuses pour la population ne sont que de la matière première pour leurs affaires, comme le pétrole pour les trusts pétroliers, le fer pour les barons de la sidérurgie, ou les actions et les créances sur les États pour les financiers.(...)
Une grande partie des milliards promis à Haïti au lendemain du tremblement de terre ont été volés avant même qu'ils parviennent aux prétendus destinataires ou, du moins, n'ont jamais quitté les caisses des pays « généreux donateurs ». Ce qui reste alimente toute une économie qui profite avant tout à quelques grands groupes capitalistes intéressés par le business de la reconstruction, mais avec des retombées pour toute une hiérarchie de profiteurs, grands et petits, légaux ou illégaux. (...) Le contraste est révoltant entre les milliards d'aide brandis et l'image offerte par une capitale toujours en ruine, par l'agitation des affairistes et la grande misère de ces centaines de milliers de pauvres qui sont abandonnés par tous.
http://www.lutte-ouvriere-journal.org/?act=artl&num=2246&id=26

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