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vendredi 26 novembre 2010

Comprendre l'épidémie de choléra en Haïti

Par LEXPRESS.fr, publié le 26/11/2010 à 11:07 L'épidémie de choléra a fait plus de 1500 victimes dans l'île. LEXPRESS.fr fait le point sur les causes et les développements de ce fléau.
Qu'est-ce que le choléra?
Le choléra est une infection entérique aiguë provoquée par l'ingestion d'une bactérie, le bacille Vibrio cholerae lors d'une contamination fécale des aliments ou de l'eau explique l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
La maladie qui se développe faute d'accès à une eau salubre, peut être aggravée par les catastrophes, qui détruisent les infrastructures. Rony Brauman, ancien président de Médecin sans frontières, interrogé par France Info, nuance cette donnée: une flambée épidémique a bien eu lieu au Pakistan après les inondations de l'été dernier, mais elle n'a pas été plus virulente que l'épidémie précédente qui n'avait pas coïncidé avec une catastrophe naturelle.

D'où vient la maladie et où la trouve-t-on?
Le choléra s'est répandu au 19ème siècle, dans le monde entier à partir de son réservoir d'origine, dans le delta du Gange en Inde.
Selon les estimations de l'OMS, il y a chaque année 3 à 5 millions de cas de choléra dans le monde, avec 100 000 à 120 000 décès. L'Afrique est le continent le plus touché. Le taux global de létalité est de 2,3%, pour l'année 2007, mais a atteint jusqu'à 35% parmi les groupes vulnérables résidant dans des zones à haut risque de choléra indique l'Institut Pasteur. Pour Rony Brauman, le choléra n'est cependant pas un fléau majeur comme le sont le sida, la tuberculose ou le padulisme. Le traitement est en effet simple à condition que les mesures thérapeutiques soient prises à temps.
Combien de victimes en Haïti?
En Haïti, le choléra a fait plus de 1500 morts. Le nombre de cas pourrait doubler d'ici douze mois pour atteindre 400 000, selon le Dr Jon Andrus, directeur adjoint de l'OPS, émanation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Quels sont les symptômes?
Après une période d'incubation, qui va de deux heures à cinq jours, le malade est atteint de diarrhées aiguës qui peuvent entraîner la mort en quelques heures. Les pertes d'eau et d'électrolytes peuvent atteindre 15 litres par jour.
Les personnes atteintes par le bacille ne développent pas toutes la maladie mais le vibrion, qui reste présent dans leurs selles pendant sept à 14 jours, éliminé dans l'environnement, peut infecter d'autres personnes. Une partie des malades n'est confrontée qu'à des symptômes bénins. Seules 20% des personnes touchées connaissent des diarrhées aqueuses sévères accompagnées de déshydratation.
Quels soins pour les malades?
Pris en charge suffisamment tôt, la maladie peut être facilement traitée par réhydratation, orale dans les cas les plus simples ou en intraveineuse pour les cas sévères. "Tout cholérique parvenu à temps dans un centre de traitement équipé doit en sortir guéri au 3e jour" indique le site Médecine tropicale.

Quelle est la particularité de la flambée de choléra en Haïti?
L'apparition de la maladie a été confirmée le 22 octobre par le ministre haïtien de la Santé, qui a précisé qu'il s'agissait d'une souche "O1" de choléra, le "type le plus dangereux". La bactérie est similaire à des souches trouvées en Asie, ont indiqué des analyses de laboratoires publics américains, selon un communiqué publié le 1er novembre. La souche de la maladie a d'abord été localisée dans le département de l'Artibonite et dans le fleuve du même nom qui traverse la région, qui a connu un afflux de réfugiés, vivant dans des conditions d'hygiène précaires, après le séisme dévastateur du 12 janvier.
Selon le docteur français Gérard Chevallier, qui travaille avec le professeur français Renaud Piarroux, épidémiologiste spécialiste du choléra, pour conseiller le ministère de la santé haïtien, "la mécanique épidémique est inhabituelle, rapide et sévère", et "comme toujours dans ce type d'épidémie", les bilans des autorités haïtiennes sont "sous-évalués". "Les notifications sont imparfaites, il y a des zones où des personnes meurent et personne ne le sait" affirme-t-il en précisant que les "deux tiers du territoire ne sont accessibles qu'à pied".
La vaccination peut-elle être une solution?
Son utilisation n'est pas recommandée par l'OMS en cas de flambée de choléra en raison de la complexité de son emploi et de son coût. Il faut en effet administrer deux doses à 15 jours d'intervalle, ce qui n'apporte qu'une protection différée. Une campagne de vaccination en Haïti nécessiterait d'importantes infrastructures et "trois fois 12 millions de doses" explique Gérard Chevallier. "Cela prendrait des mois avant d'avoir des résultats et retarderait la réponse sanitaire" précise-t-il.

Pourquoi la population s'en est-elle prise aux forces de l'ONU?
Depuis le 16 novembre, des affrontements ont éclaté après la mise en cause des Casques bleus, accusés de propager le choléra. La petite ville de Mirebalais qui abrite une base de Casques bleus népalais aurait été une des premières touchées par la bactérie du choléra, fléau inconnu jusqu'alors dans le pays. En outre, le type choléra qui vient de se développer est de la même souche que celle qui sévissait au Népal il y a quelques mois.
Les latrines de la base étaient à proximité d'un affluent de l'Artibonite, et la majorité des premiers malades recensés vit en aval du fleuve. Selon un scénario juge crédible par les initiés, la responsabilité incomberait pour l'essentiel à l'entreprise chargée de vidanger les fosses septiques de la base népalaise. Ses agents ont pu, si l'on en croit cette thèse, déverser dans la rivière Artibonite des déjections infectées. Mais un épidémiologiste interrogé par L'Express, la traçabilité du vibrion est aléatoire. Il peut avoir voyagé depuis des décennies, frappant l'Amérique latine ou l'Afrique avant d'accoster dans les Caraïbes (Lire La colère et le choléra). mais c'est surtout la mécanisme du bouc émissaire qui à l'oeuvre dans ce pays frappé de tant de malheurs.

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique/comprendre-l-epidemie-de-cholera-en-haiti_940012.html

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