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samedi 11 août 2007

Serge Jolimeau : toute une vie dans l'art du fer

L'imaginaire de Serge Jolimeau exalte le syncrétisme catholico-vaudou. Deux croyances qui habitent son coeur. Amants et amateurs de la ferronnerie d'art sont invités à découvrir les talents de ce forgeron les 18 et 19 août au Parc Historique de la Canne à Sucre.
Sensible à l'écoute de son âme et fier de sa solide expérience professionnelle dans le domaine de la ferronnerie d'art, Serge Jolimeau, 55 ans, est né à Noailles. C'est dans ce village qu'il a grandi et a appris l'art du fer découpé avec Cérisier Louisjuste, Janvier Louisjuste et Joseph Louisjuste. Malheureusement tous les trois ont déjà rendu l'âme. Il garde aujourd'hui encore les souvenirs indélébiles des frères Louisjuste, disciples du premier forgeron de cette région : Georges Liautaud.
Père de deux garçons et d'une fille vivant actuellement aux Etats-Unis, Serge Jolimeau croit qu'avec les leçons qu'il a reçues des frères Louisjuste, la relève est encore bien assurée. La raison est simple: ouvert au dialogue et homme de partage, il continue à transmettre aux jeunes artisans de son village le fruit de son savoir-faire de plus d'une trentaine d'années.
La ferronnerie d'art : une source de revenus
L'air gai et le visage visiblement frais, de grande taille, quelque peu timide mais attentif, Serge Jolimeau, s'attache beaucoup à la ferronnerie d'art. Il se lève tôt le matin, prend son petit-déjeuner, puis se met au travail jusqu'au coucher du soleil. Il n'a pas de jour de repos. Il n'a pas de temps pour raconter de petites anecdotes. Son temps, c'est de l'argent. Son atelier comprend deux salles d'exposition permanente. Il y expose ses oeuvres et celles de ses ouvriers. L'atelier est situé dans la même cour que sa maison. Il recrute près d'une dizaine d'apprentis pour découper les drums, laminer le fer. Ce forgeron au talent sûr porte Noailles dans son coeur et ne le quittera jamais. Ce village le fascine et devient pour ce créateur une obsession, une mère nourricière, une chère épouse. Grâce au métier de ferronnier, il arrive à faire l'éducation de ses enfants et celle des huit enfants de son père, décédé en 1975. Avec ce métier, il a pris soin de sa femme et a pu même voler au secours des faibles, des humbles, des déshérités de sa région.« La ferronnerie d'art est toute ma vie. Je la porte dans mon âme. Je vis de ce métier. Je ne peux le laisser pour m'adonner à un autre. Je me sens fort aise en le pratiquant.
Heureusement, j'avais appris ce métier dès mon plus jeune âge. Il fallait être à ma place, vivre chez moi, pour comprendre ce qu'il me rapporte et comment ce métier a orienté ma vision de la vie, amélioré ma relation avec mes semblables, avec mes amis », confie Serge Jolimeau.
Il n'avait pas la possibilité d'achever ses études classiques. Il est arrivé en 4e secondaire et a dû abandonner l'école pour se consacrer entièrement à la ferronnerie d'art, devenue sa principale source de revenus. En 1972, grâce à sa rencontre avec le directeur d'alors du Centre d'Art, Pierre Mondosier, il sera pris en charge pour une formation dans le domaine.« Serge Jolimeau, sans doute à cause de ce talent qu'il manifeste dès le début, est tout de suite pris en charge par le Centre d'Art. Déjà dans ses premiers fers découpés, il manifeste un goût poussé pour une certaine élégance des formes soutenue par une découpe selon la ligne courbe. Ce goût va se renforcer lorsqu'il rencontre les oeuvres d'artistes comme Bernard Séjourné et Jean-René Jérôme, appartenant à l'école dite de la Beauté » (Gérald Alexis, revue Conjonction, 1995).

L'imaginaire populaire revisité par Jolimeau
Habitée d'images fabuleuses et mythiques, l'oeuvre de Serge Jolimeau parle de la réalité sociale d'Haïti. Il réalise des pièces représentant toute une parade de personnages légendaires tirés en grande majorité de l'imaginaire populaire haïtien. Mais ce qui est singulier et curieux chez Serge Jolimeau, c'est la place que l'artisan donne aux dieux et déesses de la mythologie du vaudou, surtout dans ses pièces montrant la sirène, le vèvè ou Erzulie Freda. Par sa conception de l'art du métal découpé et par sa dextérité, Serge Jolimeau transporte les amateurs d'art dans un monde mystérieux, sinistre, débridé. Un monde peuplé d'oiseaux, d'anges munis de leurs trompettes, de silhouettes de femme, de crucifix, d'églises et de scènes marines. C'est effrayant et même agaçant. Au second degré, son univers mêle l'imaginaire catholico-vaudou. Deux croyances qui habitent son coeur.
« Sans avoir la possibilité d'un recours à la couleur, Jolimeau va rechercher et trouver l'expression de la sensualité et de l'érotisme par le biais d'un matériau froid et tranchant. Sa découpe de la tôle est fine, rythmée. Il privilégie les profils pour mieux faire triompher la ligne. Il galbe ses formes, leur ajoute des atouts et recouvre le tout d'un vernis brillant pour affirmer le fini de ses pièces. Ces sujets sont d'un monde alimenté par l'imagination d'un homme timide, renfermé même. Dans ce monde les animaux se confondent avec ou se métamorphosent en humains fantastiques, parfois hermaphrodites, quelquefois diaboliques, toujours gracieux » (Gérald Alexis, revue Conjonction, 1995).
Serge Jolimeau a le souci de bien faire. Il a du talent. Il martèle le fer avec fougue et passion pour présenter aux amateurs de la sculpture sur métal une oeuvre finie, utile, novatrice. Ce ferronnier a donc la maîtrise de son art et sait découper le métal pour créer des formes. Avec éclat, bien sûr. Sans fard.

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