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vendredi 23 août 2013

L'Ile-à-Vache « is open... », Ses habitants espèrent et questionnent

Destination touristique/Aéroport international
 Le Nouvelliste | le :22 août 2013 On dirait que cette petite île d'une cinquantaine de kilomètres carrés revient brusquement sur la carte géographique d'Haïti. L'Ile-à-Vache, destination touristique du pays. C'est la vision du gouvernement qui y a lancé mardi les travaux de construction d'un aéroport international. Entre contentement et espérance, les habitants de ce bout de terre se questionnent sur leur avenir. Récit d'un voyage sur l'île. A la découverte de l'Ile-à-Vache.
11 heures du matin. Après trois heures de route, un groupe de journalistes de Port-au-Prince arrive finalement sur le quai des Cayes. Pas trop joli ni trop accueillant. Mais comme c'est la première fois que nous nous rendons à l'Ile-à-Vache, on ferme les yeux sur les détritus jetés à la mer et le mauvais état du lieu. Il faut embarquer.
A bord du petit bateau à moteur que nous a envoyé l'hôtel Port Morgan, on est paré pour l'aventure. Mais, avant, le capitaine s'assure que le bateau est bien équilibré et que tout le monde a son gilet de sauvetage. La mer est calme, le ciel est bleu. Des conditions idéales pour voyager.
Nous ne sommes pas les seuls « étrangers » à se rendre sur l'île qui reçoit également la visite du Premier ministre Laurent Lamothe et des membres de son gouvernement pour lancer les travaux de construction d'un aéroport international. Mais eux, ils voyagent en hélicoptère. Pour mieux apprécier l'eau cristalline, on demande au capitaine d'aller lentement lent. De loin, on commence à apercevoir les côtes verdoyantes de l'Ile-à-Vache et aussi les traces d'un déboisement dans les hauteurs.
Après environ 25 minutes de traversée, on est arrivé à Port Morgan. La différence entre le quai des Cayes et celui d'ici est énorme. Cela se comprend. « L'Ile-à-Vache est un autre pays », lâche un des aventuriers.
Petite pause déjeuné avant l'arrivée des officiels, le temps pour les journalistes d'apprécier la zone. Une vingtaine de minutes plus tard, les hélicoptères qui transportent les membres du gouvernement atterrissent, on doit rapidement se mettre en route pour aller à Pointe-Est où les autorités vont lancer officiellement les travaux de construction d'un aéroport international.
A bord d'une dizaine de taxis-motos mis à notre disposition, on emprunte une route fraîchement tracée longue de 15 kilomètres.
Le temps d'arriver sur le site, on était totalement recouvert de poussière. Ce qui a plu aux gens rencontrés sur le parcours...
A Pointe-Est, sous un manguier, sur le site de la construction, environ 200 personnes attendent la délégation officielle depuis des heures. Pour tuer le temps, ils discutent sur les travaux et leur avenir sur l'île.
« Je suis très fier de la construction de l'aéroport même si probablement je n'aurai jamais la possibilité de l'utiliser, lance un homme dans la quarantaine, encouragé par d'autres. Il donnera beaucoup de valeur à la zone. Lorsque les touristes vont commencer à arriver, les vraies activités économiques débuteront... »
Selon un autre groupe d'habitants de l'île, « toute la fortune de l'Ile-à-Vache se trouve là où l'on va construire l'aéroport. Ici, nous faisions de l'agriculture et de l'élevage. Ces activités nous ont permis de prendre soin de nos familles. Ce n'est pas que nous sommes contre les travaux. Non. Mais on veut avoir d'autres alternatives pour survivre... »
Pour d'autres, ils voient dans la construction de cet aéroport les Blancs qui vont débarquer et tout accaparer.
Paradoxalement, cette même catégorie de personnes voit dans les travaux ce qu'elle appelle de la propreté pour la zone. « Nou pa gen pwoblèm avec bèlte. Men yo dwe di nou sa yap fè avèk nou », lance une dame avec son enfant dans ses bras. « Ils peuvent débarquer comme ils le veulent tant qu'ils ne nous volent pas nos femmes », lancent dans un éclat de rire des jeunes hommes dans la vingtaine.
Sur un air plus sérieux, ils réclament leur implication dans tout ce qui se fera sur l'île. « Ils doivent nous donner du travail dans la construction et nous impliquer dans tout ce qui se fait... », exigent les jeunes.
De l'avis des habitants de l'Ile-à-Vache interviewés par Le Nouvelliste, le plus grand problème de la commune reste et demeure l'eau potable. Ensuite, les soins de santé et le transport en bateau qui, selon eux, coûte trop cher pour aller aux Cayes.
« Pour laisser l'île et revenir, il nous faut 210 gourdes, souligne une dame dans la quarantaine. Si on a une urgence pour transporter une personne malade, on peut payer jusqu'à 3 000 gourdes pour louer un bateau. On a un petit centre de santé à Madan (Madame) Bernard, qui ne peut même pas soigner une forte fièvre. » Les habitants de l'île reconnaissent qu'ils n'ont pas de titres de propriété. Cependant, pour avoir vécu depuis toujours sur ce bout de terre, ils estiment que ce sont eux les propriétaires. Une façon pour eux de dire qu'ils n'ont nulle part où aller. Même si les autorités ne parlent pas de les déloger, l'idée hante déjà l'esprit des gens.
« Personne ne peut nous demander de laisser l'île. Nous sommes prêts à mourir pour conserver notre maison », soutiennent des mères et pères de famille. Dans la mêlée, des agents de sécurité lourdement armés commencent à arriver. Le Premier ministre n'est pas loin. Quelques minutes après, Laurent Lamothe, la ministre du Tourisme et les membres de la délégation arrivent sur le site à bord de plusieurs Polaris.
Sous les regards de la population, M. Lamothe monte dans un tracteur avec l'intention de le déplacer. Seuls les plus intrépides restent avec lui sur l'engin. « Le PM n'est pas un opérateur ! », lance Philippe Cinéas, secrétaire d'Etat aux Travaux publics comme pour demander aux gens qui sont à terre de faire de la place. Petite visite des lieux avec des techniciens de Estrella, la firme dominicaine qui va construire l'aéroport, salutations de la population, puis un point de presse sur le site, Laurent Lamothe déclare que les travaux de construction sont officiellement lancés.
Après quoi, la délégation repart à bord des hélicoptères pour retourner à Port Morgan avant de se rendre dans la capitale. Des journalistes, des policiers et d'autres membres de la délégation repartent aussi à bord des Polaris et des motocyclettes pour une fois de plus parcourir les 15 kilomètres de route qui mènent à Port Morgan. Un parcours de combattant, fatigant et poussiéreux. Mais une fois arrivé à l'hôtel perché sur une promenade et qui domine la mer, on oublie tout et profite de la belle vue avant de s'embarquer pour les Cayes puis pour Port-au-Prince.
« Destination touristique Ile-à-Vache », les explications et les promesses du gouvernement Le vaste projet « Destination touristique Ile-à-Vache » que prône avec conviction le gouvernement prévoit la tenue d'importants chantiers sur l'île : la construction d'un aéroport international standardisé avec une piste d'atterrissage de 2,6 kms qui coûtera entre 25 à 30 millions de dollars ; la construction de l'axe routier qui y mène; le dragage du port, l'électrification et l'éclairage de toute la zone environnante; la construction de plusieurs hôtels-ressorts, de 2 500 villas (condo), d'un centre communautaire, d'une radio communautaire, d'un centre d'urgence, ainsi que la mise en place d'infrastructures agricoles. Pendant sa visite, mardi, sur l'île, le Premier ministre en a profité pour procéder à la pose de la première pierre d'un centre communautaire. « Ce centre polyvalent de 120 mètres carrés constitue l'un des volets de l'ingénierie sociale et culturelle que le gouvernement Lamothe veut associer au plan d'aménagement touristique de l'Ile.
Ce centre, dont la construction s'achèvera d'ici octobre, hébergera une bibliothèque, une salle de lecture, une salle de jeux, de spectacles et de cybercafé. » Selon les explications du gouvernement, le développement de la production agricole locale est nécessaire à l'implémentation de ce projet d'aménagement. Le ministère de l'Agriculture a élaboré un plan agricole qui prévoit la mise en place d'un système d'irrigation, la construction de lacs collinaires, l'installation d'un centre de traitement d'eau en cas de découverte d'eaux saumâtres.
« Ce plan agricole vise également la promotion de la production locale qui favorisera le développement de l'arboriculture fruitière. L'objectif est aussi de développer l'aquaculture et les capacités de pêche dans les hautes mers. D'ici septembre, le gouvernement entamera la réhabilitation de deux mangroves de l'île. » Selon la ministre du Tourisme, Stéphanie Villedrouin, dans le cadre du projet « Destination touristique Ile-à-Vache », des appels d'offres à investissements locaux et internationaux ont été déjà lancés.
« Quatre grands groupes internationaux de l'industrie touristique ont déjà manifesté leur intérêt à venir investir sur l'Ile », a-t-elle déclaré avec satisfaction. « L'Ile-à-Vache est un paradis qui peut changer l'image du pays et devenir une source de fierté pour tous les Haïtiens », a déclaré Laurent Lamothe.
« J'en appelle à votre fierté, à votre dignité. Vous avez là la plus belle île de la Caraïbe, c'est un paradis. Et l'administration Martelly et mon gouvernement vont tout faire pour la développer et en faire un grand pôle d'attraction touristique internationale », a-t-il dit à la population.
Robenson Geffrard, rgeffrard@lenouvelliste.com http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=120323

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