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vendredi 23 août 2013

Haïti en ligne, ou la frénésie des réseaux sociaux

Par Amélie Baron
La frénésie des réseaux sociaux a gagné Haïti : les jeunes et moins jeunes se sont emparés de ces plate-formes internet pour parler politique, football, mais aussi pour débattre des derniers ragots et rumeurs du pays. Et l'actuel gouvernement n'a pas boudé cette révolution numérique : le président et le Premier ministre inondent les réseaux de tweets et de photos...
L’équipe nationale de football qui, en juin, marque un but contre l’Espagne championne du monde et, dans la seconde, ce sont des centaines de tweets de joie qui inondent le réseau. Le président fait une déclaration publique : les débats s’enflamment sur Facebook. Désormais, aucun événement se déroulant en Haïti ne peut échapper aux internautes. Cet engouement pour les réseaux sociaux a connu une explosion au pire moment de l’histoire récente du pays, le 12 janvier 2010, quand le séisme a ravagé Haïti : « Les gens ont réalisé ce jour-là la nécessité qu’il y avait d’utiliser les réseaux sociaux pour communiquer », se souvient Carel Pedre, célèbre animateur radio à Port-au-Prince et twitteur assidu @carelpedre. « Il n’y avait plus de téléphone ; il n’y avait pas moyen d’entrer en contact avec des gens de façon traditionnelle, avec les cellulaires ou les SMS. »
Les Haïtiens ont donné signe de vie sur les réseaux sociaux pour rassurer leurs familles
Trouver un accès à Internet n’était évidemment pas la première des priorités pour les sinistrés, mais dès qu’ils l’ont pu, les Haïtiens ont donné signe de vie sur les réseaux sociaux pour rassurer leurs familles vivant à l’étranger, cette diaspora haïtienne estimée à près de deux millions de personnes et qui, à Miami, Montréal ou Paris, vivait l’angoissant silence.
Une fois connectés, les internautes haïtiens ont été contaminés par cette addiction. Ce que la compagnie de téléphonie dominante dans le pays a rapidement compris, en s’adaptant aux conditions économiques difficiles. « Avec un téléphone basique, nos clients peuvent vérifier leurs comptes Facebook et twitter par SMS, » explique Vanessa Philogène, la community manager de Digicel. « Cette option, utilisée par plus de 200 000 personnes par jour, permet de voir les statuts de ses amis, aimer des commentaires… Et cela ne coûte que 5 gourdes (10 centimes d’euros) par jour. » Car posséder un smartphone reste un luxe réservé à une élite : en Haïti, les premiers modèles sont vendus à plus de 100 euros.
Le Premier ministre dans le Top 50 des dirigeants les plus connectés
Cette frénésie des réseaux sociaux n’a pas non plus échappé aux politiciens. La campagne présidentielle de 2010 s’est aussi bien menée dans les rues que sur Internet. En la matière, l’équipe de Michel Martelly a largement dominé la Toile. « On pouvait suivre ses moindres faits et gestes : cela donnait à ses sympathisants l’impression d’être avec lui. Je suis certain qu’il a pu gagner des voix comme ça » témoigne Carel. Aujourd’hui, le président ne tweete plus lui-même, mais cette communication active s’est amplifiée, fatiguant souvent même les partisans comme Carel : « Chaque jour, ils nous bombardent de courriels, de tweets, de notes de presse sur Facebook, de photos, de vidéos… » Et tout le gouvernement et les administrations publiques ont dû se plier à cette politique 2.0. Le Premier ministre @Laurent Lamothe, féru de télécommunications, domaine dans lequel il a fait carrière, a bien évidemment tweeté les résultats de l’analyse Twiplomacy qui le classe dans le Top 50 des dirigeants les plus connectés. Mais tous les ministres n’ont pas, loin de là, cette assiduité.
Avec Facebook et Twitter, les Haïtiens portent leur voix sur la scène internationale
Et pourtant le sujet préféré des Haïtiens sur les réseaux sociaux est la politique. « Avant tu en parlais si tu avais des ambitions politiques. Si tu étais un simple citoyen, tu ne pouvais pas en parler », se souvient Carel, « Mais maintenant les gens affichent leur opinion : ils discutent avec les journalistes, les sympathisants. Ils commentent même les titres des journaux ». Avec Facebook et Twitter, les Haïtiens peuvent porter leur voix sur la scène internationale et gare à ceux qui donneraient des informations erronées sur le pays « CNN a fait un reportage sur Haïti, pendant le passage du cyclone Sandy, qui disait que les gens n’étaient pas informés de ce qui se passait » raconte Carel. « Tous les Haïtiens sur Twitter s’en sont pris à CNN en direct et CNN a été obligée de faire une mise à jour de leur article pour dire qu’on les avait mal informés. Internet nous donne cette voix et c’est très positif. »
Mais cet accès à la parole est perçu par certains Haïtiens comme une liberté totale. Comme tous les utilisateurs, Carel est confronté aux extrémistes : « Il y a des dictateurs sur Twitter : je vois des gens pour qui c’est leur opinion ou tu meurs. Quand vous venez avec des contre arguments pour justifier votre point de vue, s’ils sentent que vous avez raison, alors ils prennent la chose personnellement et vous insultent : ils vous parlent de votre couleur de peau, où vous avez été à l’école, ils vous traitent de tous les mots... Maintenant qu’on est connectés, il faudrait donner une éducation à l’internet en Haïti. »
http://www.rfi.fr/ameriques/20130822-haiti-facebook-twitter-football-martelly-sms-port-au-prince

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