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vendredi 11 janvier 2013

Haïti se relève mal du séisme de 2010

Publié le mercredi 09 janvier 2013 à 08:36 par Marc MAHUZIER.
Trois ans après la tragédie (plus de 220 000 morts), des centaines de milliers d'Haïtiens vivent dans des camps. Les ruines ont été déblayées mais la reconstruction est lente et souvent anarchique. Reportage.
« Nous vivons comme des animaux ! » Jean-Fougères Cherestal est le chef du camp de la place Sainte-Anne, dans le centre de Port-au-Prince. 600 familles survivent dans des abris de toile et de planches. Promiscuité totale. « On nous a abandonnés », dit cet homme d'une trentaine d'années. Une femme appelle : « Venez voir ! » Elle a 54 ans, en paraît quinze de plus. Sa case est minuscule. « On est huit. Les enfants dorment par terre. On n'a même pas de matelas ! »

« On construit comme avant »
Pas de matelas, pas de nourriture puisque, depuis deux ans, le gouvernement demande aux ONG de ne plus en distribuer afin de ne pas transformer les Haïtiens en assistés. Pas de travail, aucun revenu. On vit d'expédients, de rapines : des élèves du lycée Toussaint-Louverture, en face, se font dépouiller en sortant de cours. Pas de toilettes, non plus. Ou plutôt un lieu immonde, jamais curé. Les jours de pluie, il déborde, répandant dans le camp des excréments. Tout le monde vit alors dans la hantise du choléra, qui tue toujours dans le pays.
Début décembre, les occupants de la place Sainte-Anne ont bloqué la rue. Ils réclament l'allocation de 420 € par famille que d'autres camps ont touchée pour se reloger. Marie-Nicole est arrivée dans le camp le soir du tremblement de terre avec une ribambelle d'enfants et de petits-enfants. Cette marchande de rue rêve de redémarrer un « ti commerce » avec l'argent du pécule.
Au lendemain du séisme du 12 janvier 2010, le nombre des sans-abri était estimé à un million. Aujourd'hui, la plupart des places ont été évacuées. Sylvie Bajeux, du Centre oecuménique des droits humains, parle de « lambeaux de camps ». Disséminés dans la capitale, ils abriteraient encore plus de 300 000 personnes. Mais ils se voient moins.

Aucun plan de reconstruction
Dans les rues, cela a pris du temps mais les décombres ont été déblayés. Dans ce pays quasiment sans administration, aucun plan de reconstruction n'a été lancé, exception faite du « village Martelly », 3 000 logements à l'extérieur de Port-au-Prince financés par l'aide vénézuélienne. Le soin de rebâtir a été laissé à l'initiative individuelle.
« Ceux qui ont les moyens construisent plus solide. Mais, la plupart du temps, on fait comme avant », témoigne Jean-Elias Valeus, contremaître. Sur les flancs de Canapé Vert, quartier terriblement éprouvé, béton et parpaings poussent dans la même anarchie. Quant à la double croix rouge peinte sur la façade pour déclarer un logement dangereux, nombre de propriétaires l'ont effacée pour continuer à y habiter. « Regarde, ils ont juste passé un peu d'enduit sur les fissures », dit mon guide, Gawoulé. De l'intérieur de cette maison, fusent des cris, de la vie. Comme avant.

http://www.jactiv.ouest-france.fr/actualites/monde/haiti-se-releve-mal-seisme-2010-13210

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