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lundi 14 janvier 2013

Témoignage sur la situation dans le pays et la continuité de la mobilisation dans le Nord.

PAR CHRISTOPHE DECLERCQ
lambersart@lavoixdunord.com
La messe célébrée dans l'église Notre-Dame de la Visitation n'a pas connu forte affluence. Avez-vous l'impression qu'Haïti retombe dans l'oubli ?
« Au début du drame, la générosité des Ch'tis a été tellement forte que les gens faisaient la queue à notre permanence à Lille pour donner leur chèque ou des médicaments. Grâce à eux, nous avons pu très vite envoyer trois avions de vingt-quatre tonnes contenant aussi des béquilles, des fauteuils roulants... Mais, au fur et à mesure que le temps passe, un événement chasse l'autre. La mobilisation s'est progressivement affaiblie. Une misère qui est durable et chronique intéresse moins les médias qui restent dans l'actualité. Pour exemple, on a beaucoup parlé de Sandy à New York alors que la tempête a aussi dévasté notre territoire et tué des animaux d'élevage. »

Que savez-vous de la situation sur place ? Où en est-on aujourd'hui ?
« Il n'y a pas que le problème de l'urgence, il existe aussi un problème de structures. Priorité a été donnée aux opérations d'urgence avec trop peu d'intérêt sur le durable. Pour exemple, on fabrique des tentes à l'étranger alors qu'il faut investir dans des logements durables.
Les besoins ont été définis par les ONG mais pas par l'État haïtien. Notre pays est devenu une république des ONG. Les contrats financiers sont octroyés à des agences non haïtiennes dont le taux d'administration est de 10 % à chaque étape. Alors que nous avons la main d'œuvre et la volonté. La reconstruction est désordonnée. »

Comment les Haïtiens vivent-ils ce quotidien ?
« Sur place, les employés étrangers de ces entreprises privées ont des salaires incroyables, roulent dans de gros 4 x 4 et logent dans des hôtels quatre ou cinq étoiles. Cette débauche de moyens choque les Haïtiens. C'est révoltant ! L'argent est mal utilisé et surtout, le pays n'est pas consulté. Un mouvement de révolte est d'ailleurs né récemment au sein même des États-Unis. »

Au niveau de la scolarisation, quels sont les axes de progrès ?
« Comme l'État est très faible, la plupart des établissements sont privés et donc chers (lire ci-contre ). C'est un problème énorme ! »

De votre côté, quelles peuvent être vos actions ?
« Avec de nombreuses associations du Nord, nous avons la volonté de créer une école dans un petit village situé près de Léogâne ( NDLR : à l'ouest de l'île), un endroit très éloigné de tout. Avec un partenariat privilégié, nous montons des projets ciblés mais surtout durables, qui tiennent compte des besoins réels de la population. »

Après l'office, vous avez participé à un temps de parole animé par l'abbé haïtien Jean-Michel Lops et où chacun a pu échanger librement. Que ressort-il de cette discussion ?
« Les sympathisants du secteur les plus mobilisés sont ceux qui ont de la famille là-bas ou qui ont tissé des liens avec la communauté haïtienne. Comme ces parents qui ont déjà adopté un orphelin et qui se battent aujourd'hui contre un imbroglio juridique pour en adopter un autre. Nous avons aussi évoqué l'histoire du pays et la dette de l'indépendance. »

C'est-à-dire ?
« Si Haïti est si pauvre, c'est parce que les Haïtiens ont dû payer à la France, de 1825 jusqu'en 1946, le préjudice causé aux colons qui ont perdu leurs terres et aussi leurs esclaves au moment de l'indépendance et de l'affranchissement du pays. Cette somme a été estimée puis valorisée à 21 milliards de dollars. Des intellectuels, et notamment des écrivains français, ont d'ailleurs appelé la France à rembourser à Haïti cette fameuse dette de l'indépendance. »

Autre chose dont vous souhaiteriez témoigner pour conclure ?
« Simplement rappeler cette intervention de Christiane Taubira en 2004, avant le séisme et avant qu'elle ne soit ministre :"Il faut que la France et les États-Unis cessent de jouer aux échecs le sort d'Haïti" ».

http://www.lavoixdunord.fr/region/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-est-devenu-une-jna20b0n957582

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