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dimanche 7 août 2011

Camp-Perrin: le canal d'Avezac et son histoire

Haïti: Ils étaient plus de cent cinquante, les participants au 3e rallye jeunesse. Camp-Perrin a été le lieu choisi et le séminaire collège de Mazenod a été le centre d'accueil. Du 15 au 19 juillet 2011, ils ont séjourné à Camp-Perrin, un endroit où il fait bon vivre, effectué de nombreuse visites par voie terrestre dans la zone sud d'Haïti afin de découvrir des sites touristiques qui sont d'une très grande importance pour ce département : Saut-Mathurine, grotte Marie-Jeanne, canal d'Avezac, Camp-Gérard...
Etonnés devant l'immense richesse culturelle du département du sud - sans compter ce qu'ils n'ont pu visiter, faute de temps-ils ne s'arrêtaient de poser des questions aux professeurs qui les accompagnaient sur des différents sites relatifs à l'environnement. Un rallye intéressant qui restera gravé dans la mémoire de chaque participant. Mais certains d'entre eux n'ont pas caché leur joie d'avoir passé cinq jours à Camp-Perrin.
Située à quelques kilomètres de la ville des Cayes, la commune de Camp-Perrin fait de jour en jour la fierté de ses habitants et attire de plus en plus les visiteurs. Mais les richesses qu'elle génère proviennent de l'agriculture grâce au canal d'Avezac, très ancien, qui, jusqu'à aujourd'hui, permet à beaucoup d'agriculteurs d'arroser leurs plantations.
Curieusement, la commune de Camp-Perrin se divise en deux parties : la région basse et la partie montagneuse. Donc, il y a «anwo kan e anba kan». On utilise l'eau du canal d'Avezac pour arroser les plantations des localités telles que Guichard, Sovo, Mersan, Lévy, Lamartine, qui font partie de la région basse de Camp-Perrin.
Ce canal qui est d'un grand débit arrose également des plantations de la commune des Cayes. Géré par un comité, le canal d'Avezac - dont le mur s'élève à une hauteur de trois mètres - est d'une grande importance pour le département du Sud, notamment pour ces deux communes (Camp-Perrin et Cayes).
En plus du rôle important du canal dans la distribution de l'eau aux agriculteurs des deux communes, on trouve à Camp-Perrin la grotte Konoubwa qui est une merveille de la nature, la cascade de Saint-Mathurine, la centrale hydroélectrique (une zone stratégique), autant de richesses qui font de cette commune ce qu'elle est aujourd'hui.

Saut-Mathurine : Une zone difficile d'accès
Justement, la cascade du Saut-Mathurine - qui est le plus grand site touristique de Camp-Perrin - se trouve à 2 km 5 de cette commune. C'est une zone difficile d'accès, mais très fréquentée à cause de la chute d'eau. Beaucoup de visiteurs s'y rendent, juste pour contempler cette merveille. Dans le cadre du 3e Rallye Jeunesse 2011, la commission nationale haïtienne de coopération avec l'Unesco, sous la houlette du secrétaire permanent Jean Coulanges, a réunit des jeunes et des professeurs sur des sites différents en vue de leur permettre d'apprécier et de découvrir les beautés cachées de la nature. Les participants ont été émerveillés au cours des visites guidées par des professeurs ayant une expérience du milieu et spécialistes en sciences exactes et naturelles comme Maximin Sincère et Paul Judex Edouarzin. Une activité bien planifiée et réussie, aux dires des participants.

Une zone à potentialités touristiques
Vu son importance, la zone de Saut-Mathurine n'est pas développée. On n'a pas créé des moyens de communication. Des visiteurs ont toujours du mal à y aller. C'est comme si ont était en pèlerinage. Le trajet est dur. Rien ne retient ni n'attire sur la route où des milliers de gens vont et viennent quotidiennement. Même des installations de téléphonie mobile Digicel ne sont pas encore implantées, ont fait remarquer des résidents. La présence de cette compagnie à Saut-Mathurine pourrait contribuer au développement de cette zone. Des participants qui auront à produire des textes sur ce rallye ne manqueront pas de noter l'absence de Digicel et l'état de la route malaisé, scabreux par endroits. Situé dans une section rurale de Camp-Perrin, Saut-Mathurine reste une zone à potentialités touristiques.

Notons que cette commune est aussi présente sur le plan éducatif : citons, entre autres, le collège Mazenod (dont la réputation a dépassé nos rives), l'école des soeurs et beaucoup d'autres.
Peut-on parler de la Ravine du Sud sans faire allusion au pic Macaya ? Le pic Macaya n'est pas tout à fait situé dans la commune de Camp-Perrin. Mais, à partir de cette commune, on peut déboucher sur le pic Macaya. Par ailleurs, la Ravine du Sud prend sa source au Pic Macaya tandis que le bassin versant de la ravine du Sud est en contre-bas du pic Macaya.


Historique du canal d'Avezac de Castéra de Camp-Perrin
Pierre Valentin d'Avezac, né à Tarbes en Bigorre, fut envoyé à Paris, où il étudia à la Sorbonne. Il n'obéissait qu'à contrecoeur aux volontés de son père, qui l'avait destiné à l'Eglise. Riche de quelques présents de sa famille et de la matricule d'avocat de son frère aîné, il prit alors la route de Bordeaux. Très vite, l'envie de quitter la France se fît sentir, et M. d'Avezac se détermina à aller dans les îles en 1748, arrivé à Saint-Domingue sur un vaisseau qui passa par la Martinique et qui le transporta ensuite dans les parties sud, où il débarqua avec un seul louis d'or. Il y rejoignit un oncle qui le nomma en 1749 procureur de la sénéchaussée de Saint-Louis.
M. d'Avezac se maria avec Marie-Thérèse Geneviève Durand de Linois, au mois d'octobre 1752, et prit alors son vrai nom de baptême Pierre Valentin. Il donna en 1753 sa démission comme procureur et obtint en 1755 la commission d'aide-major des milices de Saint-Louis. C'est à partir de cette date qu'il acquit une indigoterie à Aquin; il fit avec succès des travaux pour y conduire de l'eau. Toujours à la même époque, les habitants de la plaine des Cayes voulurent employer les eaux de la Ravine du Sud, qui prend sa source dans le morne Macaya, du côté de Plymouth, dans le but de fertiliser la plaine de Jacob. Plusieurs personnes assuraient que ce projet était inexécutable, car les volontés se contrariaient.... Enfin, rien ne s'effectuait, lorsque M. d'Avezac conçut l'idée d'entreprendre cette distribution d'eau.
Son assurance et son éloquence naturelle le firent écouter. Les habitants intéressés s'assemblèrent et pensèrent pouvoir lui demander un plan et un devis M. d'Avezac répondit qu'il ne savait pas en faire, mais qu'il accomplirait quand même l'ouvrage et fit adopter ses propositions. Ce fut le 20 juillet 1759 que les habitants nommèrent trois syndics pour diriger les travaux, avec pouvoir de conclure un marché avec un entrepreneur qu'ils jugeraient convenable.
Le 16 décembre 1759, acte sous-seing privé entre ces syndics et M. d'avezac qui se chargea de tout moyennant 700 000 euro, dont 60 000 payables au 1er mars 1760 ; 240 000 en quatre années de mars 1760 à mars 1764 ; 100 000, le jour de la réception et 300.000 en trois ans, à partir de cette dernière époque. M. d'Avezac s'obligea à livrer son ouvrage dans les 5 ans, et à le garantir encore deux ans après. Les administrateurs du projet homologuèrent cette convention. M. d'Avezac commença aussitôt les travaux. Il acheta tout d'abord un terrain près de la prise d'eau, et qui forme aujourd'hui une caféterie appartenant à ses enfants. Dès que l'on conçut qu'il puisse aboutir, l'envie et l'intérêt s'éveillèrent. Le premier quartier du paiement du projet ne fut pas respecté. De plus, les non-riverains qui n'avaient pas souscrit dans l'origine voulurent être colloqués dans la distribution, mais le 1er février 1762 les administrateurs rejetèrent leurs demandes.
Après ces troubles et de nombreuses rencontres entre les intéressés et M. d'Avezac, un nouvel accord fut signé, changeant le projet initial. Cependant les syndics réticents à ce changement l'accusèrent de ''violer le marché initial''. Alors les syndics s'adressèrent aux administrateurs et soutinrent que les modifications de 1762 n'avaient pas été sérieuses et bien conçues.
Comme toutes ces contestations avaient arrêté les paiements, M. Dargout, alors commandant de la partie sud, sentant combien cet affligeant procès nuisait à la population et donc à l'intérêt général, parvint à déterminer tous les intéressés à s'assembler devant lui pour se concilier avec M. d'Avezac. Après conciliation, il se remit à la tâche de plus belle et exécuta l'ouvrage. M. Dufrettey, major pour le roi aux Cayes, après avoir examiné les travaux déclara en être très satisfait. ''Autant et au-delà de ce qu'il pouvait espérer de l'exécution d'un marché fait sans plan, sans devis et sans profil : ouvrage cependant qui fera honneur à perpétuité au sieur d'Avezac, d'autant plus qu'il n'était pas du métier lorsqu'il a fait cette entreprise, en laquelle il a si bien réussi, à la plus grande satisfaction de la population.''
Enfin, il renouvela sa promesse de garantir pendant deux ans ses travaux faits pour arroser alors 2 840 carreaux, dépendant de 18 habitations. Au bassin de distribution placé sur l'habitation Lévy, l'eau est divisée en deux. Le canal le plus oriental distribue l'eau à trois sucreries et à une indigoterie non riveraine, y arrose 1 460 carreaux et y fait mouvoir dix moulins. Le canal occidental fournit de l'eau à huit sucreries, à une cotonnerie indigoterie riveraine, à une non riveraine, à neuf moulins et arrose 1 380 carreaux.
Le canal fut achevé en mai 1765. Tel est l'ouvrage qui rendra le nom de d'Avezac parmi ceux des citoyens utiles et précieux. Sans lui l'eau coulerait sans doute inutilement dans le lit de la Ravine Sud et la population serait privée de tous ces avantages.
Cet homme étonnant est décédé le 14 septembre 1781, après avoir joui comme il le méritait de la gloire. Cependant, on assure que ses enfants n'ont pas encore reçu la totalité de ce qui leur était dû.
Extrait du livre de Moreau de Saint-Méry
Jean-Robert Fleury
http://lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=95672&PubDate=2011-08-05

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