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lundi 18 juillet 2011

Évolution lente, mort accélérée

Publié le 18 juillet 2011 Pierre Bergeron, Le Droit
Crise humanitaire à évolution lente ». Il y a des expressions qui, froidement, nous interpellent dans leur douloureuse rigueur. Cette expression est tirée d'une déclaration conjointe de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), du Programme alimentaire mondial et d'Oxfam sur la famine résultant de la pire sécheresse en 60 ans dans la Corne de l'Afrique.
Ils sont au diapason de plusieurs gouvernements et d'organismes d'aide humanitaire qui tirent la sonnette d'alarme sur une nouvelle crise alimentaire qui frappe plus de 10 millions d'individus dans une région qui n'en finit plus d'agoniser.
Nous sommes habitués de réagir aux grandes catastrophes comme le tremblement de terre en Haïti ou les inondations au Pakistan. Ils alimentent nos bulletins de nouvelles et provoquent une réaction aussi généreuse que spontanée. L'insécurité alimentaire provoquée ou aggravée par la sécheresse dans diverses régions du globe, s'installe petit à petit. Elle ne vient malheureusement pas seule. Sur fond de réchauffement climatique, elle s'accompagne d'un vide politique grave comme en Somalie, de corruption endémique ou de conflits armés qui rendent l'acheminement de l'aide internationale extrêmement difficile. À cette crise alimentaire s'ajoute une crise sanitaire avec l'aggravation du risque de propagation de maladies infectieuses comme la polio, la rougeole et le choléra.
Pourtant, on a l'étrange impression que c'est toujours à recommencer, que moins on avance, plus on recule. Qui ne se rappelle pas du Biafra (république sécessionniste du Nigeria) alimenté par le pétrole et les conflits ethniques à la fin des années 60, de la chanson We are the world pour lutter contre la famine en Afrique, ou du Live Aid en 1985 ? Des initiatives ponctuelles se sont ajoutées à des programmes plus organisés rassemblant la communauté internationale avec plus ou moins de succès. Un éternel recommencement.
Les dirigeants de la FAO, du Programme alimentaire mondial et d'Oxfam affirment savoir ce qu'il faut faire. L'an dernier, la « communauté humanitaire » s'est donné un plan d'action pour contrer l'insécurité alimentaire. Encore faut-il que les crises ne passent sous le radar de l'information jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Dans le cas de l'Afrique de l'est les premiers avertissements ont été lancés fin 2010. Or, la France vient de demander à la FAO d'organiser une réunion internationale d'urgence pour « évaluer l'ampleur de la crise et coordonner l'aide internationale ». Comment alors concilier cet appel d'urgence avec la déclaration des organismes humanitaires qui affirment savoir ce qu'il faut faire ?
Pendant ce temps, le Canada privilégie l'approche de l'aide bilatérale et souffle le chaud et le froid sur l'aide multilatérale. Hier, la ministre de la coopération internationale, Bev Oda, annonçait qu'elle se rendrait en Afrique de l'Est pour visiter un camp de réfugiés au Kenya et pour rencontrer les représentants du Sud-Soudan, le plus jeune pays du monde, pour l'aider à devenir « prospère, juste et démocratique ».
Tout cela est fort bien. Encore faut-il que le Canada change la nature de son discours comptable sur l'aide internationale. Le 20 juin dernier, devant l'Institut Nord-Sud, la ministre a invité les organisations multilatérales à être « prêtes pour le changement. » Elle les a enjointes « de renouveler leurs mandats, de simplifier leurs opérations, de miser sur ce qui fonctionne le mieux, de limiter le double emploi et d'accroître la reddition de comptes et la transparence pour ceux qui, dans les pays donateurs, exigent un rendement maximal de leurs investissements. »
Voilà le discours comptable que tient le Canada. Nous parlons de comptabilité alors que le monde veut entendre parler d'humanité. Nous voulons « mesurer les bons résultats » d'une manière « transparente, équilibrée et centrée sur le pays. » Et la ministre Oda en remet : « Nous devons garder l'esprit ouvert et réfléchir aux risques que nous prenons, parce qu'une saine gestion du risque contribue grandement à l'optimisation des résultats ainsi qu'à la responsabilisation. » Pour l'humanisme, on repassera. Voilà le discours que nous tenons pendant que 10 millions d'êtres humains dans la Corne de l'Afrique comptent sur la générosité et l'ouverture du Canada. Bonne visite, Madame la ministre, et n'oubliez pas votre calculatrice !
http://www.cyberpresse.ca/le-droit/opinions/editoriaux/pierre-bergeron/201107/17/01-4418694-evolution-lente-mort-acceleree.php
Commentaires:
Cet article combien intéressant est apparu après des recherches sur l'actualité haïtienne. Haïti y est mentionné une seule fois. On comprend bien pourquoi. Onparle de crise humanitaire et catastrophe naturelle.
Le plus intéressant à mon sens de cet article c'est de voir comment jusqu'à présent, des problèmes carrément chroniques ne trouvent toujours pas de solutions qui s'inscrivent dans la durée.
Pourtant les rencontres continuent. Les organisations non gouvernementales ne cessent de tirerr sur les sonnettes d'alarme. Et les problèmes reviennent avec une périodicité presque calculée.
Cela me ramène en mémoire les récentes et fracassantes déclarations de Paul Farmer à propos de l'échec de la gestion de la situation d'Haïti un an et demi après le tremblement de terre.
D'autres voix autorisées se sont déjà exprimées sur le même sujet avec des réactions épidémiques fugaces tandis que les recommandations ne sons pas respectées.
En un mot aujourd'hui, il faut lancer un message clair à ceux-la et de façon individuel à chacun qui s'engage dans l'humanitaire. Un message qui devra leur faire comprendre que leurs actions sur les situations urgentes, si elles ne sont pas coordonnées en tenant compte des situations strucuturelles qui interviennent dans la genèse de ces situations, les solutions non suelement seront insuffisantes mais il faudra les gérer de façon indéfinie. 
Cla veut dire  aussi réflexion qui avait donné naissance aux ONGs doit être profondément modifiée. Aujourd'hui une ONG ne doit pas être considérée comme un raccoucit permettant de courcircuiter un gouvermenent corrompu et admis, mais un vrai allier de ce gouvernement.
Ce qui impose pour cette organisation non gouvernementale la possesion dans ses bagages d'une expertise et d'un savoir-faire capable de combler les manques du gouvernement en place.
Pour Haïti Recto Verso, Jonas Jolivert

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