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vendredi 13 avril 2012

HAITI-PREMIER MINISTRE/RATIFICATION : DISCIPLINE DE PARTIE UNE DENREE RARE

P-au-P., 12 avril 2012 [AlterPresse] --- L’absence de discipline de parti et la négociation individuelle caractérisent le processus de ratification du premier ministre désigné Laurent Lamothe, qui a reçu l’aval du sénat le 10 avril, estiment plusieurs personnalités interrogées par AlterPresse. « L’absence de discipline de parti, le non-attachement à des valeurs politiques issues d’un courant politique déterminé laissent prédire que c’est la négociation individuelle qui déterminera le vote des députés », qui devront bientôt se pencher sur le dossier, prévoit Julien Sainvil, professeur de sociologie politique à l’Université d’ État d’Haïti (Ueh).
La même approche prévaut dans certains milieux politiques.
Evans Paul, porte-parole de la plateforme Alternative, ne veut pas faire de projections, car « nous sommes dans une dynamique de la gloire, de l’argent et du pouvoir », qui ne colle pas aux principes républicains.
Dans les secteurs sociaux, on n’espère pas non plus un vote différent à la chambre des députés, en comparaison à celui effectué au sénat, et qui est qualifié de « comédie »
Au terme de la séance du 10 avril 202, 19 sénateurs sur 23 votants ont adhéré au choix du chef de l’État, Michel Joseph Martelly, après la présentation de deux rapports contradictoires.
L’un des documents, préparé par la commission d’analyse des dossiers du postulant, est favorable à Lamothe. L’autre, élaboré par une commission d’enquête, soulève des soupçons de multiple nationalité et de non-résidence en Haïti, ce qui est interdit par la Constitution dans le cas d’un premier ministre.
Vote de la "honte"
Considérant que Lamothe n’a pas vécu 5 années dans le pays, qu’il n’a jamais payé d’impôts avant sa désignation comme premier ministre, qu’il y a de sérieux doutes sur la nationalité haïtienne de l’intéressé, qui, non plus, n’est d’aucun parti politique majoritaire au parlement, Evans Paul estime qu’il est fort probable que ce soit « un vote de marchandage ».
« Mais, comme je n’ai pas de preuves tangibles, je me limite à dire que c’est le vote de la honte puisque ne se basant sur aucune logique, aucun principe », précise Paul.
Selon Evans Paul, ce sont « les intérêts personnels » qui ont guidé le vote des parlementaires en faveur de Laurent Lamothe.
« Les sénateurs en fin de mandat ne veulent pas se trouver en face du pouvoir qui fait office de plus grand parti politique du pays », soutient Evans Paul, déplorant « la concurrence déloyale du pouvoir qui utilise l’État au détriment des vrais partis politiques ».
Durant les débats au sénat, dans plusieurs cas, des sénateurs appartenant à un même regroupement ou parti politique ont eu des positions diamétralement opposées.
« Les catégories classiques d’analyse en sciences politiques ne permettent pas d’approcher ce qui s’est passé », selon le professeur de sociologie politique à l’Université d’État d’Haïti, Julien Sainvil, pour qui toutes les conditions légales étaient réunies pour un vote négatif sur le choix du chef de l’État.
Rappelant qu’Haïti fonctionne sous un système politique républicain c’est-à-dire basé sur la Constitution et les lois en vigueur, le professeur Sainvil considère qu’un « citoyen, dont le dossier n’est pas conforme aux lois et aux principes républicains, ne peut pas être habilité à occuper une fonction étatique ».
Malgré cette « non-conformité dans le cas Lamothe », les sénateurs ont choisi d’accorder leur vote positif.
Le socio-politologue croit ainsi qu’il faut « mobiliser d’autres catégories d’analyse pour comprendre l’issue de la séance du 10 avril 2012 et aussi se demander que veulent dire institutions et Constitution pour nos élus ».
Sainvil pense que l’explication est peut-être à trouver dans le fait que « les dirigeants politiques haïtiens ne sont attachés à aucune valeur politique, ni idéologie ».
« Pour moi, le vote d’hier soir [10 avril] n’est pas guidé par l’adhésion à un courant politique classique. La motivation est donc autre », poursuit le professeur en évitant de s’appuyer sur ce qu’il appelle « des rumeurs sur des pots-de-vins » qui auraient été distribués aux sénateurs.
Ce qui est mis en avant dans le comportement des sénateurs, ce sont leurs « intérêts personnels ». Car, « le peuple, c’est leur poche », critique Guy Numa du Mouvement démocratique populaire (Modep).
Ce qui importe pour eux également, ajoute-t-il, ce sont « les intérêts des grandes puissances impérialistes et les intérêts des classes dominantes haïtiennes, dont Lamothe est le fils naturel ».
Dans ces conditions et en période « d’occupation » (par la mission des Nations Unies pour la stabilisation d’Haïti – Minustah), il ne peut y avoir « respect de la Constitution », ajoute Numa.
Pour Julio Mérisier, étudiant en communication sociale à la faculté des sciences humaines (Fasch) de l’Ueh, « la Constitution est, une nouvelle fois, foulée aux pieds par les instincts marchands des sénateurs, dont les convictions ne sont que financières ». [efd kft gp apr 12/04/2012 08:50]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article12681

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