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dimanche 16 janvier 2011

Un an après le séisme en Haïti – L’éducation pour transformer «Ayiti chéri»

Photo : François Pesant – Le Devoir


Par sxm info le 15 jan 2011
Le frère Armand change les mentalités grâce à son modèle scolaire
frère Franklin Armand a consacré sa vie à changer les mentalités et à faire évoluer Haïti. «Nous croyons que les connaissances doivent passer de la tête aux mains et à nouveau des mains jusqu’à la tête.»
Le Devoir en Haïti – Le séisme en Haïti a détruit nombre d'écoles. Mais l'idée voulant que ce soit par l'éducation que passera l'amélioration de la vie de tous les Haïtiens est bien ancrée dans les esprits. Surtout dans celui du frère Armand, qui consacre sa vie à faire changer les mentalités en «Ayiti chéri».
Port-au-Prince — À Petite Place Cazeau, dans l'ouest de Port-au-Prince, l'École du foyer de l'Incarnation est déclarée zone sinistrée. Fissurée de partout, la structure de béton s'est en partie effondrée lors du séisme il y a un an, ne faisant aucun mort — «Dieu merci!». Il était 16h53 et la plupart des enfants étaient sur le chemin du retour à la maison. «Je suis restée sans bouger», raconte Love Darling Gustave, une élève du primaire. «J'avais peur du goudou goudou [tremblement de terre].»
Sains et saufs, les enfants en gardent pourtant de graves séquelles. Certains n'ont plus de maison et dorment dans des tentes. «C'était difficile pour les enfants. Ils sont fragiles. Mais ils ont eu un accompagnement psychologique», explique le frère Franklin Armand, qui gère l'école à travers la congrégation des Petits Frères et Petites Soeurs de l'Incarnation.
Pourtant, à peine quelques jours après le tremblement de terre, il a rouvert l'école de Port-au-Prince. «Il fallait clôturer l'année. Je ne pouvais pas laisser les enfants», souligne le frère Armand, qui est basé à Hinche, où il a de nombreux projets, notamment en lien avec l'eau. Les enfants du primaire ont eu droit à des classes en plein air, à l'ombre des arbres ou assis à des pupitres installés dans la cour, sous des bâches.
Entré en religion il y a 45 ans de cela, le sexagénaire a consacré sa vie à changer les mentalités et à faire évoluer son «Ayiti chéri». Doté d'un optimiste inébranlable, il voit dans le séisme une occasion de tout recommencer à zéro et de réformer le système d'éducation. Dans l'un des pays les plus pauvres de la planète, moins de 10 % des écoles sont publiques. Et le ministère de l'Éducation n'a que très peu de ressources, soutient-il.

La perle retrouvée
À l'heure de la visite du Devoir, les enfants quittent l'école et un groupe de jeunes «échangent des idées» sous les palmiers. L'air est frais et bon. Le bruit infernal de la ville, inaudible. Le domaine est une oasis de paix comme il ne s'en trouve nulle part à Port-au-Prince. La perle des Antilles retrouve ici son lustre. «Tout le monde se surprend en arrivant ici», lance-t-il en riant.
Cinq bassins de pisciculture servent à l'élevage des tilapias et des carpes. La basse-cour héberge des poules et des canards et pourrait fournir une armée en oeufs. Des cochons élevés biologiquement grognent dans un enclos à côté des champs d'aubergines et des jardins. Tout au fond, des ateliers — notamment de maçonnerie — font office de lycée technique. «On forme les enfants pour le bac classique, mais on leur donne aussi une formation technique sanctionnée par notre école privée», explique le frère Armand.

Ce grand sage possède une philosophie bien à lui et voudrait faire des émules.
«L'école est en opposition avec la réalité quotidienne. Les parents ne veulent pas envoyer leurs enfants au champ parce que ça leur rappelle l'esclavage», note-t-il. Mais dans les écoles du frère Armand, dont la plupart sont situées en zone rurale dans le centre d'Haïti, on fait cultiver une parcelle de terre aux enfants dès le primaire. Les récoltes vont à la cantine populaire. «Nous croyons que les connaissances doivent passer de la tête aux mains et à nouveau des mains jusqu'à la tête.»
«En Haïti, on a plutôt un style d'institution à sens unique. Ce n'est pas partout qu'on invite les jeunes à créer, à inventer, déplore-t-il. Si Haïti doit sortir un jour de l'état dans lequel il l'est, c'est l'école qui va faire ça.» Et ce sont surtout les Haïtiens eux-mêmes qui vont le faire, se plaît-il à répéter. Frère Armand à la présidence? Six partis différents l'ont courtisé. Mais lui préfère nettement cultiver les fragiles fleurs de son jardin.
Source Le Devoir.com

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