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samedi 18 décembre 2010

Sans complexes ni filtre...bof!!!

Publié le 18 décembre 2010
Marie Ange Barbancourt s'est fait connaître à la télé québécoise comme animatrice à MusiquePlus et grâce au personnage de Marie-Soleil Cézaire dans L'Héritage de Victor-Lévy Beaulieu. Mais dès la fin janvier, la comédienne entreprendra le rôle le plus difficile de sa carrière: la réalisation de Croix des Bouquets, un film coup-de-poing sur son Haïti natal, un pays qu'elle aime et châtie bien.

Marie Ange Barbancourt n'avait que 13 ans lorsqu'elle a quitté Port-au-Prince pour venir vivre à Laval. Son père, fils du propriétaire de la grande distillerie de rhum Barbancourt, avait été assassiné trois ans plus tôt. Le régime violent et répressif de Baby Doc battait son plein. Comme Marie Ange n'avait déjà pas la langue dans sa poche et que son franc-parler mettait ses proches et elle-même en danger, il fut convenu qu'elle irait vivre au Québec chez des amis de sa famille.
C'était il y a 30 ans. Depuis, Marie Ange est retournée à quelques reprises en Haïti, dont la dernière fois en 1982. Elle se préparait à y retourner en septembre 2009 lorsque sa mère a été assassinée dans sa maison de Port-au-Prince. «Ils ont scié la chaîne de la barrière en fer forgé, ont ligoté le personnel de maison. Ils étaient trois. Ils n'ont rien volé. Ils ont tué ma mère d'une balle dans la bouche et d'une balle dans la tête. Elle avait 89 ans. Après cela, il n'était pas question qu'on fasse des funérailles en Haïti. Ma soeur Betty et moi, on a réussi à rapatrier son corps en Floride», raconte Marie Ange Barbancourt avec un air douloureux. Son air est d'autant plus douloureux que le scénario du film qu'elle a coécrit avec Zénon Olejniczak et qu'elle réalisera en janvier, raconte précisément l'histoire d'une Haïtienne vivant au Québec qui retourne en Haïti à la mort de sa mère. Le hic, c'est que Zénon et Marie Ange ont commencé à écrire le scénario il y a 20 ans.
«J'ai entendu des gens me traiter d'opportuniste parce que je profitais du fait que Haïti était dans l'actualité pour faire mon film. Mais je veux faire ce film depuis longtemps. Je suis même allée rencontrer Costa-Gavras chez lui à Paris avec une ébauche de scénario pour avoir son opinion. Puis, faute d'argent, le scénario a été rangé dans un tiroir. Il y a trois ans, en me promenant à La Havane, j'ai retrouvé les couleurs, la nature et des lieux qui ressemblaient à ceux mon enfance. Et l'idée d'y tourner le film a germé. J'ai rencontré les gens de l'Institut cubain des arts et de l'industrie du cinéma (l'ICAIC) et je les convaincus d'embarquer.»
Charme et fougue
Drôle de femme que cette Marie Ange, mère de trois enfants du même père, mariée et divorcée trois fois, mélange de charme féminin et de bling bling, mais aussi de fougue et de force de caractère. Chez les Haïtiens du Québec, elle ne fait pas toujours l'unanimité. Et pour cause. «Des fois, dit-elle, je me sens plus québécoise qu'haïtienne. Je n'ai pas de couleur. En Haïti, je passe d'ailleurs pour une Blanche, sans doute parce que je suis habillée trop chic et que je ne suis pas assez noire de peau. Pour le reste, c'est mon côté direct qui fait la différence. Moi, je rentre dans le tas. Je dis les choses telles qu'elles sont, sans complexes et sans filtre. Les Haïtiens sont plus refermés de nature. Ils refusent de livrer l'essence du pays et vivent dans un mensonge perpétuel.»



Née à Cap-Haïtien, Marie Ange a grandi avec sa soeur Betty dans les beaux quartiers de Port-au-Prince, a fréquenté les collèges privés. Puis, à 13 ans, elle se retrouve parachutée chez les Bélanger de Laval, fréquente le Collège français avant d'aller étudier les communications à l'Université de Montréal. À 18 ans, elle part vivre en appartement. C'est le début des années 80, les minorités visibles sont aussi nombreuses qu'elles sont invisibles au petit écran. Qu'à cela ne tienne, Marie Ange obtient l'animation d'une émission culturelle au canal communautaire de Vidéotron, l'ancêtre du Canal Vox. Elle sera vite récupérée par la télé de Radio-Canada et par l'émission Au jour le jour animé par Dominique Lajeunesse. Viendront MusiquePlus et le magazine FAX, où elle interviewera plusieurs grands noms de la musique et du cinéma, dont Costa-Gavras. Après un passage à Bon matin sur RDI, elle devient réalisatrice à l'émission Mosaïque. Elle continue de faire son chemin dans le milieu de la télé en se sentant appréciée et bienvenue.
Point de vue critique
Mais plus elle s'identifie à la société québécoise, plus elle se détache de son pays natal. Ou du moins, plus elle développe un point de vue critique à son égard.
«Moi, la complaisance et la rectitude politique, c'est pas mon genre. Je pense qu'il est temps qu'on dise des choses pas gentilles sur Haïti. Que c'est une société corrompue où l'on torture les gens, où l'on viole les femmes. C'est fou, l'histoire de ce pays. Les mêmes erreurs se répètent de génération en génération, et cela bien avant Duvalier. Les mentalités ne changent pas. On va bientôt fêter le premier anniversaire du tremblement de terre. Le palais présidentiel est encore à terre. Il y a encore plein de morts sous les décombres. Est-ce qu'il existe un président capable pour une fois dans l'histoire de ce pays, de veiller aux intérêts du peuple plutôt qu'à ceux de la bourgeoisie? J'en rêve, mais je n'y crois pas.»
Marie Ange craint que certains voient Croix des Bouquets comme le règlement de comptes d'une femme qui n'aime pas son pays. Or pour elle, aimer son pays, c'est le regarder avec lucidité sans avoir peur de dire ce qui ne va pas.
«La preuve que j'aime ce pays, quand j'ai vu les premières images du séisme, j'ai hurlé dans mon salon, puis je me suis précipitée au local du CECI pour organiser une soirée de solidarité pour Haïti. Je n'ai pas de haine pour ce pays, mais j'ai une profonde douleur de savoir que mes parents y ont tous les deux été assassinés.»
Si son film porte le titre de Croix des Bouquets, c'est en hommage à Henriette de Saint-Marc, une héroïne de la révolution haïtienne accusée par le régime français d'avoir fourni des armes aux insurgés et exécutée sur la place du marché devant l'église Croix des Bouquets.
Reste que le film ne se déroulera pas à l'époque d'Henriette, mais quelques jours seulement avant le séisme de 2010.
Depuis la conférence de presse annonçant le tournage à Cuba et la participation de Bruny Surin, d'Angelo Cadet et de Tetchena Bellange, tout le monde demande à Marie Ange si elle n'a pas peur pour sa vie, peur que sa vision critique d'Haïti déchaîne contre elle des forces meurtrières. «Je dois être prudente, répond-elle. Surtout face à certains Haïtiens de la diaspora qui n'acceptent pas les points de vue divergents. Je pourrais me faire intimider mais, en même temps, si tous les cinéastes ne prenaient aucun risque, on ne tournerait que des blockbusters américains. Moi, j'ai trop de choses à dire pour me taire.»
un coproducteur belge et une flopée de commanditaires privés dont l'Artisan parfumeur de Paris, Croix des Bouquets demeure un film indépendant au budget modeste de 1,5 million. N'eût été les conditions et les coûts offerts par Cuba, le film n'aurait pu voir le jour. Marie Ange ne s'en plaint pas. Elle sait qu'elle est sur le point d'entreprendre comme comédienne et réalisatrice, un des grands défis de sa vie. Mais plutôt que de s'enliser dans le doute et l'appréhension, elle fait comme elle a toujours fait: elle fonce dans le tas sans complexes et sans filtre.
http://www.cyberpresse.ca/arts/television/201012/18/01-4353701-sans-complexes-ni-filtre.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_aujourdhui-sur-cyberpresse_267_article_ECRAN1POS2

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