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jeudi 23 août 2007

Une école délabrée à Bolosse

Au moment où les autorités scolaires clament leur volonté d'accueillir tous les enfants non scolarisés du pays, beaucoup d'écoles nationales croupissent dans le délabrement et la saleté. L'école nationale Hermann Héraux du quartier de Bolosse à Port-au-Prince en est malheureusement l'exemple flagrant. Petite visite dans un centre d'enseignement primaire délabré. Comme tant d'autres.
Dès qu'on franchit la barrière défraîchie de l'école nationale Hermann Héraux, juchée sur les hauteurs de la 4e Avenue Bolosse, la chambrette abritant le censorat attire tout de suite l'attention. Étroite, sombre et délabrée, elle ressemble à un cachot. Dans un coin, devant une petite table, une dame, visiblement anxieuse, reçoit les parents accompagnés de leurs enfants qui se hâtent pour ne pas rater, sous aucun prétexte, les opérations d'inscription.



Frisant la quarantaine, Josette A. Toussaint est censeur de l'établissement depuis des lustres. L'arrivée inopinée d'un journaliste la laisse perplexe. Après maintes hésitations, elle accepte de nous faire visiter les salles de classe. Nous comprenons vite sa réticence. Dans les classes de 1e, 2e et 3e année fondamentale, où une quarantaine d'enfants s'entassent habituellement comme des sardines, les tôles rouillées du toit laissent passer la pluie qui s'accumule en grandes flaques sur le sol poussiéreux. « Durant la saison pluvieuse, nous sommes contraints de renvoyer les enfants, soupire madame Toussaint d'une voix triste. Les toits sont des passoires. Seules les classes de 5e et de 6e année résistent difficilement. »
Les salles de classe aux murs lézardés où s'empilent quelques bancs branlants donnent une impression de chaos. Dépourvues de portes, elles sont séparées par des cloisons de bois et de tôles jaunies par le temps. La promiscuité qui en résulte entrave le bon déroulement des cours. « On assiste impuissant à une désagréable cacophonie qui exige une alternance dans les activités académiques, ajoute le censeur. Lorsque des élèves récitent dans une salle, dans l'autre on copie en silence des formules mathématiques et des opérations de calcul. Il est formellement interdit aux occupants des deux salles voisines de parler en même temps. »
Le délabrement de la petite cour à l'avant, bétonnée par endroits, n'est rien comparé à celle à l'arrière qui mériterait d'être interdite à tous. Les escaliers branlants donnant accès à l'étage du vieil immeuble public sont un danger imminent et permanent. « Comment l'Etat peut-il être irresponsable à ce point ?», crache soudain le suppléant de l'école, Saint-Jean Joseph Serge, qui suit avec attention notre conversation.
L'institution est privée de mobiliers et d'infrastructures, se plaint Josette Toussaint. Pas une ombre de bureau pour conserver les documents précieux. La trentaine de bancs qui a été envoyée à la direction se révèle insuffisante. Pas une goutte d'eau ne coule du robinet. Encore moins d'électricité. La troisième vacation fonctionne à la lueur des lampes « Coleman » qui peuvent, en un tour de main, provoquer un incendie. Aucune ligne téléphonique non plus. Seules les toilettes ont été restaurées par l'Organisation internationale de la migration (OIM), suite aux démarches de Léonard Marcel, le directeur de l'école nationale Hermann Héraux.
Josette Toussaint conte, avec un luxe de détails, l'histoire de cet établissement scolaire qu'elle a intégré au lendemain de la chute de Jean-Claude Duvalier. Du haut de ses 21 ans d'expérience, jamais, affirme-t-elle, les autorités n'ont procédé à un semblant de réparation, malgré les visites répétées des inspecteurs.
Toutes les démarches entreprises par la direction se heurtent à des promesses non tenues de l'État. « Depuis trois ans, les enfants n'ont reçu aucun plat chaud du Programme national de cantine scolaire (PNCS), dit-elle. D'autres institutions contactées ont évoqué, comme pour esquiver nos requêtes, la situation de banditisme avancée qui pourrissait la zone. »
Mme Toussaint se souvient encore de cette « saison noire » qui les avait contraint à fermer les portes de l'école dont la vocation est de combler les attentes des enfants en âge scolaire de Ti-Bois, Grand-Ravine et des zones avoisinantes. Bien que nous vivons une période relativement stable, l'aide de ces institutions se fait encore attendre. Au Nouvelliste, nous sommes sidérés de constater, après la sonnette d'alarme tirée par nos collaborateurs Jean Pharès Jérôme en 2005 et Gaspard Dorélien en 2006 sur l'état de délabrement avancé des écoles publiques haïtiennes, que beaucoup d'entre elles semblent abandonnées par l'État, attendant désespérément une intervention du ministre de l'Education nationale.
Nélio Joseph

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