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vendredi 23 octobre 2015

Haïti: élections en quête de légitimité

Par Sébastien Tanguay
The Associated Press
Les Haïtiens devront élire les deux tiers de leur Sénat et les deux candidats qui s’affronteront au deuxième tour de l’élection présidentielle du 27 décembre prochain, si aucun prétendant n’obtient de majorité ce dimanche.
Haïti reprend le chemin des urnes ce dimanche pour élire 142 maires, 111 députés et 18 sénateurs lors du deuxième tour des élections législatives, en plus de participer au premier tour du scrutin qui doit déterminer son prochain président parmi les 50 candidats – et les 4 candidates – en lice pour le poste. Malgré l’enjeu, plusieurs craignent un taux de participation anémique. Métro a fait le point.
Réparer les institutions cassées
Les chaises du parlement haïtien sont vides depuis que, en janvier dernier, une crise profonde entre le pouvoir exécutif et l’opposition a rendu l’institution complètement dysfonctionnelle. La machine électorale du pays a également connu des ratés au cours des cinq dernières années: l’élection présidentielle de ce dimanche sera la seule à avoir lieu dans les délais légaux. Les élections législatives et locales, elles, ont pris plus de trois ans de retard.
«Sous [le président Michel] Martelly, les institutions se sont affaissées, explique Junia Barreau, qui fut vice-consule d’Haïti à Montréal de 2005 à 2011. Il a joué le rôle d’un superprésident, mais pendant ce temps, l’appareil judiciaire et le processus électoral se sont brisés.»
Des déportés qu’on éclipse
Quelque 250 000 personnes sont menacées de perdre leur nationalité depuis que Saint-Domingue a décidé de déporter les personnes d’origine haïtienne en situation d’irrégularité vivant sur son territoire. Un enjeu qui n’a pas été assez soulevé pendant la campagne présidentielle, selon Jennie Laure Sully, chercheuse à l’IRIS et militante du comité d’action contre la décision 168-13.
«Le gouvernement dominicain effectue des rafles dans des quartiers et ramène tout le monde aux frontières, parfois sans avertir. Des milliers d’Haïtiens s’entassent maintenant dans des camps à la frontière, sans nourriture et sans eau», dénonce Mme Sully.
Haïti en chiffres
Haïti est à l’image des élections qu’il tiendra dimanche: complexe.
• 8,7 G$. Haïti disposait d’un budget de 8,7 G$ en 2014 selon la Banque mondiale, soit 3 G$ de moins que Toronto.
• 2,50 $. La moitié des Haïtiens, soit 500 000 personnes, vivent avec moins de 2,5 $ par jour.
• 50%. La moitié des dépenses faites en santé en Haïti proviennent des organisations non gouvernementales qui y travaillent.
• 1%. Le choléra, qui a infecté 20 000 personnes en 2014 selon la Banque mondiale, ne tue plus que 1% des Haïtiens atteints.
• 10 000. Quelque 10 000 policiers surveilleront les élections dimanche.
• 85 500. Cinq ans après le séisme du 12 janvier 2015, 85 500 Haïtiens vivent toujours dans des camps de fortune.
«Malgré tous leurs problèmes, les Haïtiens se sont tenus debout et ont réclamé la liberté de s’exprimer. Il y a eu une véritable prise de parole en Haïti, et ce, malgré les menaces qui ont cherché à faire taire les débats.» -Junia Barreau, vice-consule au consulat d’Haïti à Montréal de 2005 à 2011. Selon elle, malgré l’affaissement des institutions constaté sous la présidence de Michel Martelly, une conscience citoyenne s’est fait jour parmi la population haïtienne.
«Le gros défi, c’est la sécurité»
«Les Haïtiens sont extrêmement politisés, croit Junia Barreau, ancienne vice-consule au consulat d’Haïti de Montréal contactée par Métro. Les gens ont dû manifester pour avoir des élections, après tout.»
Comment, alors, expliquer la faiblesse du taux de participation qui caractérise les scrutins en Haïti? «Pour que la population aille voter, il faut créer un climat de sécurité, souligne Mme Barreau. Des violences électorales ont fait près de 20 morts ces dernières semaines. Le gros défi dimanche, ce sera d’assurer la sécurité.»
Taux de participation
18%
Lors du premier tour des élections législatives qui a eu lieu le 9 août dernier, seulement 18 % des Haïtiens se sont rendus aux urnes, selon le Conseil électoral provisoire (CEP). En 2011, lors du deuxième tour des élections présidentielles qui a porté Michel Martelly au pouvoir, moins de 25 % des électeurs avaient exercé leur droit de vote.
http://journalmetro.com/monde/862165/haiti-elections-en-quete-de-legitimite/

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