POUR VOS RECHERCHES

Google

lundi 30 septembre 2013

Fort-Ogé sauvera-t-il la communauté de Bas-Cap-Rouge ?

Nou pou Nou/Développement communautaire
Le Nouvelliste | Publié le 27 septembre 2013
Valéry Daudier
Sur l'un des mornes qui surplombent Jacmel, dort depuis deux siècles l'un des multiples forts construits par les Haïtiens tout de suite après leur indépendance. Malgré son état déplorable, quelque 800 jeunes de la zone sont déterminés à faire revivre l'endroit. Et, qui sait?, d'en vivre grâce au tourisme...
Ce n'est peut-être pas la citadelle, encore moins le palais Sans-Souci, loin de là. Mais à Bas-Cap-Rouge, sur les hauteurs de Jacmel, les grands murs de pierre en imposent, défiant depuis deux siècles l'immensité des flots indigo. C'est le fort Ogé, construit sur l'ancienne habitation de Benjamin Ogé, un colon français.
Très peu connu, ce patrimoine, dont la construction aurait débuté en 1805, selon des historiens, a subi d'importants dommages le 12 janvier 2010. Pour ne pas perdre un tel trésor, les jeunes ont mis sur pied l'Organisation sociale pour le développement de Fort-Ogé (ODESOFO).
L'organisation a une devise : réunir, cotiser et agir. Avec la contribution de ses 800 membres et celle des visiteurs, ces jeunes ont aménagé une barrière principale et réalisé quelques travaux d'entretien dans le périmètre du fort construit par Jean-Jacques Dessalines, le père de l'indépendance.
« Notre objectif principal est d'utiliser le fort pour développer la zone, indique Jean-Pierre Joseph, président de l'organisation, tout en montrant les platebandes fleuries qui accueillent les visiteurs. Nous voulons le garder propre. »
A l'entrée, des canons probablement saisis à l'ennemi prouvent que les constructeurs n'entendaient pas rire avec la sécurité de la nouvelle République. Si le fort n'a probablement jamais été achevé, il a certainement été pillé au fil du temps.
Dans la cour intérieure, un trou a été creusé au beau milieu, nul ne sait pourquoi. « Entre 1989 et 1990, un groupe d'étrangers est venu ici, expliquent des habitants, et ont encerclé le fort. C'est après leur départ que nous avons constaté ce trou. Personne ne sait ce qu'ils cherchaient, ni avec quoi ils sont partis. »
Peu importe le passé, les habitants de Bas-Cap-Rouge veulent aujourd'hui sauvegarder ce monument qui symbolise pour eux la fierté et la dignité d'être haïtien. Afin de permettre aux véhicules d'accéder au morne où est logé fort Ogé, les membres de l'ODESOFO, aidés d'autres volontaires, ont mis la main à la pâte pour réhabiliter la route de plus d'un kilomètre qui mène au bâtiment historique. Auparavant, tous ceux qui souhaitaient visiter le fort devaient gravir la montagne à pied. Aujourd'hui, c'est désormais possible avec un 4x4, l'automobiliste lambda ayant néanmoins intérêt à marcher... Un petit progrès qui stimule encore plus les jeunes du cru (de la zone) à transformer la zone en une destination touristique. Pour ce faire, certains des membres font la promotion du site auprès des touristes dans la ville de Jacmel.
« Nous recevons de plus en plus de touristes et il y a des écoles qui emmènent leurs élèves visiter le fort, souligne Frantz Jean-Baptiste, un autre membre de l'organisation. Nous exigeons un petit droit d'entrée - 50 gourdes par visiteur, 25 gourdes par écolier - afin de réaliser les nécessaires travaux d'entretien. » « Nous entendons utiliser le fort pour développer la zone, c'est certain. Des amis d'un peu partout et même des étrangers supportent notre projet », poursuit-il.
Les jeunes de Bas-Cap-Rouge, et même certains de la capitale du Sud-Est, ne sont pas les seuls à miser sur le fort Ogé. Avant même la mise sur pied du nouveau mouvement associatif, des anciens de la communauté réfléchissaient déjà aux problèmes de la zone.
Gérard Lundi, 62 ans, est l'un de ceux-là et dit supporter à 100% les jeunes. Au début des années 80, il a mis sur pied, en compagnie d'autres habitants du coin, un « conseil communautaire » pour réaliser des travaux de nettoyage sur le site du fort. Les jeunes, eux, veulent aller beaucoup plus loin. S'ils n'agissent pas, personne d'autre ne le fera à leur place. « Nous avons réalisé que le vrai changement dans ce pays repose sur la contribution de chaque Haïtien, affirme Jean-Pierre Joseph. Ici, à Bas-Cap-Rouge, nous essayons seulement de jouer notre partition! »
Valéry Daudier
http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=121930

Aucun commentaire: