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vendredi 28 décembre 2012

Le diable, dans les détails


Le Nouvelliste
Publié le : 2012-12-26
Quentin Girard Libération Slate.fr
Alors que le monde célèbre la naissance du Christ - exception faite des croyances non chrétiennes et les Témoins de Jéhovah -, certains se questionnent sur l'existence ou l'inexistence du diable. Un questionnement qui a toute sa place dans ce siècle du concret, de la matérialisation (ndlr).
Le Malin existe-t-il? Oui, évidemment. 71% des Américains y croient, et en France on a cru le temps d’un week-end qu’on se défenestrait pour lui...
Le fait divers est peu commun. Dans la nuit de vendredi à samedi, douze personnes se sont défenestrées du deuxième étage d’un immeuble des Yvelines. Bilan: de multiples blessures et la mort tragique d’un bébé de 4 mois. La cause laisse perplexe. La première explication avancée au matin du drame laissait entendre que les membres de la famille, après une cérémonie vaudoue, une fois endormis, auraient été réveillés par l’un d’entre eux et auraient cru que c’était le diable. De peur, ils se seraient jetés par la fenêtre. Depuis, cette thèse semble largement abandonnée par les enquêteurs, et la thèse satanique pourrait rapidement faire long feu.
Croirait-on toujours au diable au XXIe siècle? En 2004, 71% des Américains croyaient en l’existence du diable, un chiffre en hausse. Quelques jours après le tremblement de terre dramatique de janvier 2010 en Haïti, certains prédicateurs ont expliqué que c’était une sentence divine. Comme Christopher Hitchens l’expliquait sur Slate.fr, le télévangéliste Pat Robertson a ainsi «déclaré sur sa chaîne de télé CBN (Christian Broadcasting Network) que lors de leur révolte contre l'impérialisme français, il y a deux siècles, les Haïtiens avaient fait un pacte avec le diable». Hitchens s’insurge évidemment contre cette supposition et rappelle que les rites vaudous, syncrétisme du polythéisme africain et de la religion catholique, ne sont pas sataniques. Toutefois, naturellement, certains esprits peuvent être malfaisants. Papa Legba, le gardien des clefs et de la frontière entre le monde des humains et celui du surnaturel peut devenir malfaisant la nuit, lorsqu’il se manifeste dans le rite Petro sous l’entité de Kalfu.
En fait, ces croyances ne sont pas si surprenantes. Après tout, cela fait déjà plusieurs siècles que la question du diable nous obsède. Tout le monde le connaît, même les plus incultes en religion. Et on ne compte plus les livres, chansons, films ou peintures qui y font référence. Le diable est un élément culturel incontournable. Sans lui, le Heavy metal n’existerait pas et on n’aurait pas eu droit à Black Sabbath.

Pas besoin d’être chrétien pour avoir peur du diable
La majorité des religions précédant le christianisme ont déjà dans leurs panthéons polythéistes des dieux incarnant le mal: Huwawa chez les Mésopotamiens; Ahriman et ses sept démons majeurs chez Zarathoustra, où le mal est aussi puissant que le bien; Anubis et Seth pour les Egyptiens. Chez les Grecs, Pan, fils d’Hermès, dieu de la nature, possède comme le diable chrétien des cornes, des sabots, le bouc et les pattes velues.
Mais c'est évidemment la dimension chrétienne du diable qui nous touche aujourd’hui. Le diable est une des créatures de Dieu, un de ses anges, qui a refusé l’entrée dans la lumière, et qui s’est voulu être son égal, ce qu’il n’est pas. Selon les interprétations, il peut être matérialisé ou pas. En tout cas, dans la Bible, il est cité nommément 47 fois. Dans le chapitre 4 de l’Evangile selon Saint Mathieu, par exemple, Jésus est conduit dans le désert «pour être tenté par le diable»:
«Le diable, de nouveau, l’emmena sur une montagne très élevée, et lui montrant tous les royaumes du monde, avec leur gloire, il lui dit : “Je vous donnerai tout cela, si, tombant à mes pieds, vous vous prosternez devant moi.” Alors Jésus lui dit: “Retire-toi, Satan; car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul.”»

Le diable existe-t-il?
Le site suisse Bonne nouvelle a posé la question «Le diable existe-t-il», à trois théologiens de confessions différentes. Pour l’Abbé Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale de Fribourg, «si j'ouvre la Bible, il me semble que c'est assez évident. Il y a du diable quelque part. Une chose est sûre, dans les Evangiles, le Christ affronte un adversaire, Satan, qui met des bâtons dans les roues de sa mission». Auschwitz étant pour lui la symbole de l'existence du mal. Jean-Jacques Meylan, formateur d'adultes à la Fédération romande des Eglises évangéliques, estime lui que «le diable existe, c'est une évidence». Si on le retrouve dans les pulsions malfaisantes des hommes ou dans les groupes d’humains –«regardez l’histoire de l’humanité»– il faut également accorder parfois «au diable une existence personnalisée», explique Jean-Jacques Meylan, faisant référence à «des cas de possession majeure et d'envoûtement» tout en assurant qu’il faut rester «prudent» en ce qui concerne l'exorcisme. Enfin pour François Vouga, professeur de théologie, «le diable est bien réel en nous. Le situer à l'extérieur revient à ne pas voir nos propres compromissions. Il faut donc prêcher le diable, pour ne pas succomber à la tentation».
L’âge d’or du diable
Le diable peut donc prendre plusieurs formes et les interprétations de ses apparitions sont multiples. L’âge d’or de celui-ci, et ce qui lui donne sans doute encore aujourd’hui si mauvaise réputation, est le Moyen Age. Obscurantisme et inquisition mirent le diable à toutes les sauces, et si l’on avait des pratiques déviantes, c’est que l’on était forcément possédé par le Malin. L’époque fait encore fantasmer aujourd’hui et les thèmes de Dieu, de l’inquisition et du diable sont régulièrement repris au cinéma, en livre ou en BD.
Mais l’influence du Malin dépasse le Moyen Age. Au XIXe siècle, Victor Hugo s’en moquait sur un ton voltairien dans Les Travailleurs de la mer. Il explique qu’en Normandie et dans les îles de Jersey et de Guernesey, de nombreuses maisons sont «visitées». C’est-à-dire qu’elles ont été abandonnées et qu’elles sont donc maintenant occupées par une présence, le Malin évidemment. Les personnes reprenant une maison anciennement visitée comme Gilliatt, l’un des héros du roman, sont donc forcément louches. Le narrateur note ainsi la très forte présence du diable partout en Europe:
«Les populations campagnardes et maritimes ne sont pas tranquilles à l’endroit du diable. Celles de la Manche, archipel anglais et littoral français, ont sur lui des notions très précises. Le diable a des envoyés par toute la terre. Il est certain que Belphégor est ambassadeur de l’enfer en France, Hutgin en Italie, Bélial en Turquie, Thamuz en Espagne, Martinet en Suisse, et Mammon en Angleterre. Satan est un empereur comme un autre. Satan est César.»
Et de conter les différentes précautions que doivent prendre les pécheurs pour éviter les illusions du diable. On dit même qu’il aimait à se glisser dans le lit des femmes, une fois les maris partis, d’où des grossesses parfois non désirées, et cette blague:
Le confesseur dit: «Pour s’assurer si vous avez affaire au diable ou à votre mari, tâtez le front, si vous trouvez des cornes, vous serez sûre...» «De quoi?», demanda la femme.
Aujourd’hui, sur Internet, où l’intelligence collective a remplacé le bon sens populaire, les forums sont innombrables où l’on débat de l’existence du diable, pour arriver globalement toujours à la conclusion qu’il existe. Et trouver un exorciste, un sorcier et un chaman pour vous en débarrasser, ou juste pour demander un devis, ce n’est pas bien compliqué. Quels sont donc alors les meilleurs moyens pour être exorcisé est une question que nous nous poserons dans un prochain article.
Quentin Girard Libération Slate.fr
http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=112013

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