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dimanche 12 février 2012

Adoption d’enfants haïtiens, des familles en colère

Deux ans après le séisme meurtrier qui a secoué l’île, les enfants haïtiens alors en cours d’adoption ont trouvé leur place dans leurs nouvelles familles françaises. Mais, pour un grand nombre, celles-ci continuent de se débattre dans des procédures judiciaires pour obtenir l’adoption plénière, un statut plus protecteur que les autorités haïtiennes ne reconnaissent pas.

Un tonitruant « Maman ! » retentit dans le hall d’entrée. Tout sourire, Chloé (1) surgit dans le salon, qui s’apparente à une exposition permanente des œuvres de la fillette de 4 ans.
Elle porte encore la combinaison de ski bleu ciel qu’elle a revêtue pour aller faire de la luge avec son père. Comme les eaux du lac Léman voisin, la neige est devenue un élément naturel pour cette petite fille née sous les tropiques.
Cette belle journée de dimanche se poursuivra autour de la table, en compagnie d’une petite amie, haïtienne elle aussi, d’un an son aînée. Elles étaient dans la même crèche, en Haïti, et sont les meilleures copines du monde.
Leurs mamans aussi. « Il nous arrive de nous parler quatre heures au téléphone. Nos maris commencent à râler », avoue Alice, 39 ans, la maman de Chloé, le « prénom d’amour » qu’elle lui a donné, à son arrivée en France, en janvier 2010.

« MA FILLE COMPREND PARFAITEMENT, MAIS ELLE NE DIT RIEN »
Bien sûr, elles échangent des nouvelles de leurs filles adoptives. Mais elles parlent aussi de ce qui les « mine » toutes deux : le refus de la justice française d’accorder l’adoption plénière des enfant origine haïtienne.
Alice souffre de l’« expression impassible » que prend le visage de Chloé lorsqu’elle doit expliquer au médecin pourquoi un autre prénom apparaît lorsqu’il consulte la base donnée de la Sécurité sociale.
« Ma fille comprend parfaitement, mais elle ne dit rien », soupire-t-elle, lasse de la voir confrontée aux douleurs de son enfance. « Cette situation l’encourage à se demander qui elle est, où elle doit s’ancrer, ici, ou là-bas », se désespère Alice, qui a dû refuser à sa fille une sortie scolaire en Suisse.
« Je n’étais pas certaine qu’elle soit autorisée à repasser la frontière », souffle la maman, qui s’interdit de voyager et cherche chaque soir sur Internet la moindre information qui pourrait l’aider à obtenir une adoption plénière.
Alice ne veut pas tirer un trait sur les deux premières années vécues par sa fille en Haïti. Elle souhaite la voir conserver son prénom de baptême. Mais en deuxième position.
« MA MÈRE [N’EST] PAS RECONNUE COMME SA GRAND-MÈRE »
« Elle a bien compris qu’elle ne sortait pas de mon ventre. Son père et moi sommes dépositaires d’une histoire qui n’appartient qu’à elle seule. » Et qui n’a pas à surgir pour des questions administratives, estime-t-elle.
C’est pourquoi elle se bat pour que la justice « reconnaisse pleinement Chloé dans ses droits » . « Si nous venions à disparaître brutalement, ma mère ne serait pas reconnue comme sa grand-mère, ni ma sœur comme sa tante. Qu’adviendrait-il alors ? », s’interroge-t-elle, pleine d’appréhension.
Comme toutes les mères, Alice veut que sa fille « ait confiance en elle », malgré les remarques qui ne manquent pas. Sur sa peau noire. Ou sur le « tremblement de terre », mots qu’elle demande de temps à autre à sa mère de lui réexpliquer. « Après l’avoir entendu à l’école, sans doute », suppose Alice, qui sait bien ne pas pouvoir « la protéger de tout » .
La petite fille originaire de Port-au-Prince se bouche encore les oreilles lorsque les bruits extérieurs sont trop forts. Mais le pire est passé, après trois mois très difficiles au cours desquels la petite fille a perdu le sommeil.
« Elle a fini par mettre des mots sur ce qu’elle ressentait, c’était très important pour elle et pour nous, relève Alice. Sa maîtresse m’a raconté que si Chloé s’exprimait peu l’an passé, aujourd’hui elle ose davantage s’exprimer. »
La fillette enchaîne les goûters chez ses camarades, chante avec un vrai sens théâtral, s’amuse dans la salle de jeux aménagée au premier étage de la maison. Et ses dessins racontent l’ordinaire d’une petite fille, entourée de son papa et de sa maman, encore bouleversés de l’avoir entendue dire être « heureuse » avec eux, lors du repas de Noël.

« LE PROCUREUR M’ACCUSAIT DE VOL D’ENFANT »
À quelque 500 kilomètres de là, à Paris, Martine tient elle aussi à préserver son cocon familial en dissociant le quotidien avec son fils, Yven, de son interminable combat administratif.
Arrivé en France le 26 janvier 2010, Yven est aujourd’hui âgé de 5 ans et préfère dessiner des monstres plutôt qu’écouter les conversations des adultes sur les problèmes juridiques. Il est scolarisé en grande section de maternelle : « Je suis un grand bébé », s’amuse-t-il.
Six mois après l’arrivée de son fils en France, Martine a déposé une requête afin de convertir l’adoption simple en adoption plénière. Assidue des forums de discussions entre parents, elle s’était préparée à l’audience, mais a tout de même trouvé la situation « pas très agréable ». « Heureusement que l’avocat était là, raconte-t-elle. Dans son réquisitoire, le procureur m’accusait de vol d’enfant. Il n’a été question que de papiers et de formalités. Ils devraient juger en fonction de l’intérêt de l’enfant ! On m’a juste demandé comment il s’appelait et s’il allait bien. »
Après avoir essuyé un refus, elle a pour l’instant gelé sa requête, attendant des éléments nouveaux ou un changement de position de la part du gouvernement.
Elle trouve particulièrement injuste l’inégalité de traitement entre les tribunaux. « Cela me fait hurler ! Une amie qui a adopté une petite fille au même endroit et au même moment que moi a obtenu une décision favorable dans un autre tribunal. »

« CET ENFANT EST UN DON DE DIEU »
Pour l’instant, Yven porte toujours deux noms de famille : celui de ses parents biologiques et celui de sa mère adoptive. Et il est toujours de nationalité haïtienne. « Je ne veux pas gommer son origine haïtienne, explique sa mère, mais il vit en France avec des Français, c’est important qu’il ait les mêmes droits. »
Yven a tout de même pu être inscrit à la Sécurité sociale et sa mère n’a pas eu de difficulté à obtenir un congé d’adoption. Aujourd’hui, elle aimerait que tout soit réglé avant que son fils entre au CP.
« Pour l’instant, je pense qu’il ne perçoit pas ce qui se joue. Mais j’ai peur des conséquences que pourrait avoir cette situation quand il va commencer à pouvoir lire son état civil. »
Une angoisse partagée par de nombreux parents adoptifs, comme Catherine, qui a multiplié les procédures dans l’espoir d’obtenir une adoption plénière pour Emmanuel, 9 ans, qu’elle était allée chercher en Guadeloupe, où avait été mis en place, après le séisme, un « sas » pour les enfants haïtiens en cours d’adoption.
Cette Ardennaise se dit déterminée à aller jusqu’au bout de son combat. Son dossier doit désormais être tranché par la Cour de cassation. Et même si elle devait continuer à emprunter de l’argent pour payer son avocat, elle n’hésiterait pas à poursuivre ses démarches en saisissant la Cour européenne des droits de l’homme, afin de faire reconnaître la « discrimination » dont elle se dit victime.
« Aujourd’hui, je suis au bout du rouleau » , confie-t-elle, avant de se reprendre : « Quand je vois le sourire, le sens de l’humour, le talent de danseur d’Emmanuel, j’oublie cette situation ubuesque. Cet enfant est un don de Dieu. »
(1) Les prénoms ont été modifiés.
DENIS PEIRON, BÉNÉVENT TOSSERI (à Lyon) et LUCIE TOURETTE
http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Adoption-d-enfants-haitiens-des-familles-en-colere-_NG_-2012-02-12-767806
Commentaires:
Si l'on comprend bien, ces familles françaises ont été déclarées non qualifiées par l'administration françaises pour adopter des enfants français préposés à l'adoption. On ne va pas demander pourquoi une famille qui n'est pas autorisée à adopter un petit français peut par contre adopter un petit haïtien. Ce sont des questions qui fachent.
Ces familles envoeint un dossier en Haïti dont l'administration ne reconnait pas l'adoption plénière. Ces familles acceptent l'adoption suivant les lois haïtiennes: l'adoption simple.
Une fois qu'elles ont l'enfant en main, elles débutent un combat pour obtenir l'adoption plenière contravenant une loi haïtienne dont elles avaient pris connaissance des lilmites et des dispositions relatives à l'adoption.
Je pense que les familles soucieuses d'adopter devraient commencer  par exercer une pression particulière sur l'administration française de façon à leur rendre la capacité d'adopter des petits français d'abord.

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