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lundi 9 janvier 2012

Haïti, deux ans après - Une gestion des risques encore déficiente

Photo : Agence France-Presse Roberto Schmidt
L’urbanisation croissante et anarchique en Haïti
 augmente les risques liés aux aléas naturels.
Sur la photo, prise dans les jours suivant le séisme
de janvier 2010, un bidonville à flanc de colline dévasté
de Port-au-Prince.
Deux ans depuis la catastrophe du 12 janvier 2010 en Haïti, et il semble qu'en matière de gestion des risques et des catastrophes, on n'ait pas encore compris l'immensité du travail à réaliser pour éviter la répétition d'un tel drame. Les programmes de gestion des risques et désastres approuvés par la Commission intérimaire de la reconstruction d'Haïti (CIRH) sont la preuve de cette incompréhension. La situation est très inquiétante et doit être prise en charge sans délai et avec sérieux.

Les catastrophes hydrométéorologiques (les villes de Fonds-Verrettes et de Mapou, mai 2004; la ville des Gonaïves, septembre 2004), sismiques (Port-au-Prince et ses environs, janvier 2010) et sanitaires (avec l'épidémie de choléra qui sévit sur l'ensemble du territoire depuis plus d'un an) ont montré que le pays souffre d'un déficit énorme en matière de gestion des risques et des désastres. Nos structures d'intervention au niveau national sont inefficaces et le Plan national de gestion des risques et désastres publié par le ministère de l'Intérieur et des Collectivités territoriales en 2001 ne répond nullement aux exigences de la gestion moderne des risques et des catastrophes.
Les risques ne pardonnent pas. En Haïti, on est bien placé pour le savoir. Aujourd'hui, l'État haïtien doit prendre des mesures efficaces pour gérer les risques auxquels le pays est exposé.

Urbanisation et dégradation des versants
La gestion des risques est un processus qui fait appel à des outils, des méthodes et des actions qui interviennent en amont des événements pour mieux les mitiger. Dans le cas d'Haïti, cette gestion doit tenir compte des risques eux-mêmes et des facteurs aggravants de plus en plus nombreux. Par exemple, la transition urbaine que traverse le pays depuis quelques décennies augmente ces risques dans les villes d'accueil.
Cette urbanisation croissante et anarchique est un facteur supplémentaire d'aggravation de certains aléas naturels (par l'imperméabilisation des sols et les modifications du drainage naturel, ou par les rejets des eaux usées sur les versants, ce qui provoque leur déstabilisation).
Si elle n'est pas freinée, cette situation de dégradation continue de nos versants nous forcera à gérer dans un futur proche une nouvelle catastrophe: la pénurie d'eau. En effet, les versants déboisés augmentent le ruissellement et diminuent l'infiltration lors des précipitations, ce qui accélère le parcours du cycle de l'eau et limite en même temps la capacité de nos réservoirs naturels à retenir ce précieux liquide avant qu'il ne boucle son cycle.
Le rôle de l'État
La gestion des risques et des désastres devant protéger les citoyens et leurs biens est fondamentalement politique et stratégique, et elle relève de la sécurité publique. C'est l'État qui doit détenir le rôle central dans la prévention et la réponse aux catastrophes. Ainsi, il doit disposer de toutes les compétences (financières, juridiques, techniques) pour répondre à cette obligation.
Gérer les risques et les désastres en Haïti ne peut se faire grâce à de petits programmes par-ci par-là administrés grâce aux bons soins de particuliers, d'institutions privées ou d'ONG. Ces derniers doivent être des partenaires agissant selon les directives dictées par les institutions étatiques. Un plan de gestion des risques et des catastrophes doit être un projet global et intégré pour l'ensemble du pays. Il doit être accompagné, et non élaboré, par la communauté internationale.

Cadre légal indispensable
Le pays ne peut pas avoir un plan efficace de gestion des risques sans un cadre légal bien défini. Une loi sur la sécurité civile fixant les responsabilités de chacun doit précéder tout projet de gestion des risques et des catastrophes.
Du plan global de gestion des risques et de son cadre légal doivent découler les plans des mesures d'urgence des municipalités et l'information directe aux citoyens. De ce fait, un plan de gestion des risques ne peut être efficace dans la centralisation, car les collectivités territoriales sont les éléments incontournables pour l'efficience de tout projet visant à réduire la vulnérabilité du pays. Dans ce contexte, la décentralisation est plus qu'indispensable.

Le retour d'expérience
L'expérience des catastrophes n'est utile qu'à la condition d'être accompagnée d'un bilan. La reconnaissance des erreurs est une condition nécessaire à l'amélioration de tout dispositif de gestion de crise. Il est très inquiétant de constater que des plans de gestion des risques et des catastrophes sont à la fois proposés et validés, sans tirer les leçons, de manière scientifique, des catastrophes hydroclimatiques, sismiques et sanitaires traversées par le pays depuis 2004.
Le retour d'expérience est l'un des outils incontournables qui amènent une société vers la résilience. Sauf erreur, cette démarche ne semble pas avoir été encore initiée.
Un plan de gestion des risques et des désastres est un ouvrage colossal qui doit être renforcé en permanence. Il constitue le socle sur lequel doit reposer tout projet, quelle que soit sa nature. En ces temps où les risques naturels, anthropiques et sanitaires sont de plus en plus présents dans le quotidien haïtien, et leurs manifestations de plus en plus catastrophiques, le pays ne peut se permettre de traîner les pieds et de prendre le plan de gestion des risques avec légèreté.
Hervé Saint Preux - Géographe et gestionnaire des risques majeurs, l'auteur est Haïtien
http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/339748/haiti-deux-ans-apres-une-gestion-des-risques-encore-deficiente

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