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mercredi 2 novembre 2011

Grèce: "Il n'y a jamais excès de démocratie"

Le référendum grec sur le plan d'aide européen suscite des réactions contrastées dans la presse européenne. Les uns évoquent l'incertitude qu'il fait peser sur l'Europe. D'autres jugent qu'il est temps de demander leur avis aux Grecs. Extraits.

L'annonce faite par Athènes, lundi, d'un référendum sur le plan européen d'allègement de la dette grecque suscite des réactions très contrastées dans la presse européenne. Les uns évoquent l'incertitude qu'il génère, et le risque de voir le pays basculer dans la faillite. D'autres jugent qu'il est temps de demander aux Grecs leur avis sur les douloureuses mesures qu'ils doivent assumer.
Hystérie collective
"Qui consulte le peuple menace l'Europe", ironise le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. "C'est ce qu'expriment les marchés et depuis 24h les dirigeants politiques. Nous assistons à l'effondrement des idées républicaines." Le quotidien libéral dénonce "l'hystérie collective" des marchés et des dirigeants européens. Il se moque de l'"horreur" avec laquelle a été accueillie l'annonce de cette consultation en "Allemagne, en Finlande, en France puis en Grande-Bretagne". Le quotidien estime que "Papandréou montre le chemin à suivre pour l'Europe (...) dans laquelle le peuple a des droits".

Les peuples, directement ou via leurs élus, doivent rester maîtres du jeu
"Il n'y a jamais excès de démocratie", renchérit Maroun Labaki dans le quotidien belge Le Soir. "Les peuples, directement ou via leurs élus, doivent rester maîtres du jeu. Nul n'avait crié au scandale lorsque les Français ou les Néerlandais avaient été appelés, en 2005, à se prononcer sur la "Constitution" européenne. Ils avaient dit "non". Et l'Europe avait pris du retard. Nul n'avait crié au scandale lorsque les Irlandais avaient été appelés, en 2008, à se prononcer sur le Traité de Lisbonne. Ils avaient dit "non". Et l'Europe avait pris du retard. Voici dix jours, nul ne s'est davantage offusqué de voir Angela Merkel exiger un deuxième sommet européen pour pouvoir, entre les deux, aller chercher un feu vert du Bundestag", conclut l'éditorialiste.

"Des Verts allemands aux banquiers français, tout le monde a été interrogé sur l'accord"
Ce référendum est l'occasion d'une "véritable participation du peuple, dans la patrie de la démocratie", admet également le Südddeutsche Zeitung (centre gauche) qui ajoute que "la décision du Premier ministre mérite le respect". Pour le quotidien de Munich, les pays de la zone Euro devraient laisser au gouvernement grec non pas une seule sortie de crise (plan A), mais un " plan A, B ou C."
"Des Verts allemands aux banquiers français, tout le monde a été interrogé sur l'accord de sauvetage conclu à Bruxelles la semaine passée, tout le monde, sauf le peuple qui doit en supporter les conséquences", souligne le Guardian. Le quotidien voit pourtant là "le calcul d'un parieur qui sait que 60% de la population est contre les termes de l'accord, mais que 70% des Grecs sont contre la sortie de la zone euro." Le Guardian envisage trois scénarios possibles dans les semaines qui viennent: des élections anticipées sous la pression de l'opposition, des élections consécutives à l'implosion du Pasok, le parti de Papandreou ou bien le vote "oui" au référendum.

"Un suicide par peur de la mort"
Le quotidien allemand Die Zeit évoque, lui, les difficultés auxquelles est confronté Papandréou. Il rappelle que la majorité des Grecs le considèrent comme un "traître" et affirme qu'il est "haï du peuple". Personne n'a de respect pour lui, ni l'Europe ni les Grecs ni son propre parti.
Si Papandréou en est arrivé à cette décision, c'est parce qu'il était acculé, plaide le site de l'hebdomadaire allemand Spiegel; Ce référendum "ressemble à un acte de désespoir évoquant le principe dramatique du suicide par peur de la mort". Pourtant, le journal de Hambourg voit trois bonnes raisons de tenir ce scrutin: redonner une légitimité à ce Premier ministre, élu avant la crise, pour gouverner; mettre l'opposition, qui pratique l'obstruction, devant ses responsabilités; enfin, la Grèce est confrontée à une spirale de contestation dans la rue, rappelle le Spiegel. "Si la majorité de la population décide elle-même du plan de sortie de crise, les grèves et les manifestations seront probablement délégitimées", analyse-t-il.

Fou ou nihiliste?
La presse britannique hésite. Le Daily Telegraph, qui titre sur la "folie" de George Papandreou, considère que ce référendum est "ridicule". "M. Papandréou, qui n'est ni fou ni nihiliste aura sans doute agi de la sorte sous une pression irrésistible, juge de son côté The Independent. "Il est acculé par une opposition irresponsable qui promet une cure de guérison indolore. En déléguant cette décision, Papandréou imagine sans doute que c'est la seule voie possible pour faire accepter la réalité à ses opposants et pour effrayer le peuple grec afin que celui-ci admette que l'alternative serait pire que le plan de sauvetage européen."

"Erreur colossale"
Bien qu'il reconnaisse le courage politique et la détermination personnelle dont a fait preuve Georges Papandreou depuis qu'il affronte la crise grecque, le quotidien espagnol El Pais juge que le Premier ministre grec fait "une erreur colossale" en convoquant ce référendum. "Ce type de scrutin binaire peut être sujet à toutes sortes de démagogies populistes, avec le risque qu'en dernier ressort, les citoyens ne se prononcent pas sur une mesure concrète mais sur deux années de sacrifices qui ont exaspéré la société grecque". Et le quotidien rappelle l'expérience des référendums en France en Irlande ou aux Pays-Bas, où selon lui, la mauvaise humeur sociale a souvent prévalu sur la question soumise aux urnes.
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/grece-il-n-y-a-jamais-exces-de-democratie_1047020.html

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