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lundi 11 avril 2011

« Je veux professer le droit que j'ai étudié »

Après cinq mois passés à tous les étages du tribunal de grande instance d'Auch, Amendo Alexis repartira exercer en Haïti, où il veut contribuer à la reconstruction du pays.
Amendo Alexis a de la suite dans les idées. Et la ténacité qui va avec. Il en faut pour quitter son pays et sa femme sur le point d'accoucher. Un sacrifice qu'il concède sobrement d'un « c'est dur » tandis qu'il cherche sur son ordinateur des photos de la petite Ruth-Ardjine, née le 16 octobre dernier à Haïti, tandis que son papa planchait sur les bancs de l'École normale de la magistrature de Bordeaux. Depuis le mois de février, c'en est fini de la formation théorique et c'est désormais en écumant tous les services du tribunal de grande instance d'Auch que le jeune homme termine son cursus.

Après avoir été au parquet pendant cinq semaines, il est désormais assis derrière les juges lors des audiences. Il ira ensuite à l'instance, séjournera avec le juge des enfants et terminera par le bureau du juge d'instruction. Le 24 juin, ce jeune Haïtien de 30 ans quittera Auch pour Bordeaux, la remise des diplômes et le départ, enfin, pour Haïti où il va désormais pouvoir faire ce qu'il a toujours souhaité malgré un détour de deux ans aux douanes où il était inspecteur : « J'ai toujours eu l'idée de professer le droit que j'avais étudié. »
Une fois son diplôme en poche, Amendo Alexis a très envie de représenter le ministère public, « mais à Haïti, le statut de parquetier est très précaire. On peut être révoqué à tout moment, alors qu'au siège, les juges ont des mandats de sept ans renouvelables ». Le jeune homme a donc décidé de tout faire pour « être un très bon parquetier » et se mettre à l'abri d'une éviction subite.
S'il estime être capable de « ne pas se perdre dans Auch », Alexis Amendo n'a guère le temps de flâner. Quand il est n'est pas dans son bureau du palais de justice, entouré de ses livres de droit ou en audience, il est chez lui, dans le petit appartement qu'il loue, en train de réviser ou de se préparer un plat haïtien. « Dans les premiers temps, j'étais logé à l'hôtel, je ne pouvais pas me faire à manger et j'allais donc au restaurant tout le temps. Ce n'est pas que je n'apprécie pas la gastronomie française, mais cela me coûtait cher. Maintenant que je suis en location, je peux me mitonner des plats haïtiens ! » Amendo Alexis a d'ailleurs ses adresses et fait régulièrement le plein d'ignames, de patates douces et de bananes chez l'épicier antillais de la rue de Metz.
Plus répressifs en Haïti
Mais toutes les madeleines de Proust à la sauce haïtienne ne compensent pas le mal du pays, l'envie de voir et de toucher enfin les joues rebondies de sa petite fille et de participer à la reconstruction de son pays. Amendo Alexis en est convaincu, celle-ci doit passer par la justice. « Imaginons qu'il y ait des fonds disponibles pour réaliser des travaux d'infrastructure et que ces fonds soient détournés… Quel est le recours ? C'est la justice ! » triomphe le jeune homme.
Après quelques semaines passées à arpenter les couloirs du tribunal d'Auch et quelques mois à l'École normale de la magistrature de Bordeaux, que pense le jeune Haïtien de la justice française ? « Le système de droit romano-germanique est le même que le nôtre. Mais la loi française est beaucoup plus avancée. En revanche, nous sommes beaucoup plus répressifs que vous. » Et le magistrat stagiaire de prendre pour exemple les six mois de prison assortis du sursis auxquels a été condamné un ex-conjoint violent jeudi dernier lors d'une comparution immédiate (lire « Sud Ouest » du 8 avril). « En Haïti, le parquet aurait très bien pu requérir trois ou quatre ans de prison ! Les dix-neuf autres élèves de l'ENM d'Haïti qui sont venus finir leur cursus en France et moi-même, sommes toujours étonnés de vous entendre demander du sursis avec mise à l'épreuve pour des choses horribles et de voir les prévenus repartir tranquillement chez eux, libres. »

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