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mardi 11 août 2015

« Justice pour les Dominicains d'origine haïtienne! »

Jacques Bangou
Jacques Bangou s'inquite des conséquences de la décision de la Cour suprême de République dominicaine de supprimer le droit du sol. Il dénonce la situation inacceptable sur le plan humanitaire pour 250 000 Dominicains dont le seul tort est d'avoir des parents haïtiens ou d'origine haïtienne, l'arbitraire des expulsions en nombre et le climat xénophobe à l'égard des plus pauvres et des plus noirs.
A quelques centaines de kilomètres de nos côtes, dans la toute proche République dominicaine, une décision de la Cour suprême en 2013 a modifié la constitution de ce pays en supprimant le droit du sol qui prévalait depuis près d'un siècle. Elle donne aujourd'hui une interprétation restrictive de la constitution précédente dans ses dispositions relatives aux migrants dits « en transit » , avec des effets rétroactifs qui rendent de fait apatrides 250 000 Dominicains nés dans ce pays et dont le seul tort est d'avoir des parents haïtiens ou d'origine haïtienne.
Cette décision crée une situation de fait inédite, inextricable juridiquement, inacceptable sur le plan humanitaire. Elle alimente dans ce pays un climat xénophobe qui précarise les 250 000 autres ressortissants haïtiens présents sur le sol Dominicain, mais également tous les Dominicains, souvent très pauvres, assimilés par la couleur de leur peau à des « étrangers Haïtiens » .
Au-delà des explications données par les autorités dominicaines, la décision de la cour constitutionnelle est alarmante, injuste et contraire aux principes du droit international. Comme beaucoup, je souhaite que les multiples agences internationales et ONG qui se penchent sur cette question puissent contribuer à faire évoluer les autorités dominicaines, dans le respect de la souveraineté de ce pays certes, mais plus encore dans le respect de la condition et de la dignité humaine.
Malgré les premiers efforts du Président de la République dominicaine pour adapter cette décision, les mesures visant à donner une carte de travail à certains Dominicains s'ils renoncent à leur nationalité et acceptent le statut de travailleur étranger sur le sol où ils sont nés, ne réussiront pas, à l'évidence, à régler la situation actuelle. D'autres efforts doivent encore être entrepris, d'autres solutions doivent émerger.
J'ajoute ma voix à celles qui dénoncent l'arbitraire des expulsions en nombre de ressortissants haïtiens depuis plusieurs semaines. Je dénonce le climat xénophobe à l'égard des plus pauvres et des plus noirs. Après nos luttes historiques contre l'esclavage, après les combats de Mandela contre l'apartheid, après les luttes de Martin Luther King et à quelques jours seulement de la visite de Jesse Jackson ici même en Guadeloupe, la couleur de la peau ne peut nulle part et en aucune circonstance constituer un élément discriminant.
Je m'inquiète enfin de la catastrophe humanitaire qui se prépare, si elle n'est pas déjà là, dans les camps de réfugiés apatrides aux frontières des deux pays, où les conditions de vie sont inhumaines sur le plan sanitaire. Cette situation, qui ne sert ni la cause de la République dominicaine, ni celle d'Haïti, ni celle de la condition humaine, me pré-occupe profondément. Avec une importante communauté Haïtienne et Dominicaine sur notre sol et un nombre important de Guadeloupéens issus de ces communautés, nous ne pouvons rester insensibles aux malheurs de nos voisins frères.
Alors que l'exposition permanente du Mémorial ACTe rappelle aux peuples de la Caraïbe combien leur histoire est intriquée, il faut, sans ostracisme à l'égard des gouvernements souverains de la région, rappeler avec fermeté nos convictions et notre espoir d'une résolution de cette situation inacceptable.
J'en appelle au droit international, aux institutions internationales et plus particulièrement aux institutions caribéennes comme le Caricom pour qu'elles participent au dénouement de ce drame qui se joue devant les yeux, et trop souvent dans l'indifférence, du monde entier.
Jacques Bangou, Maire de Pointe-à-Pitre (PPDG)
http://www.guadeloupe.franceantilles.fr/actualite/societe/justice-pour-les-dominicains-d-origine-haitienne-334524.php

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