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mercredi 21 août 2013

Laleau pris au piège par les sénateurs

C'est sur des sénateurs très coriaces que le ministre de l'Economie et des Finances, Wilson Laleau, a butté ce mardi. Alors que le grand argentier de la République tentait de s'expliquer, avec difficulté, sur l'utilisation du budget de l'exercice fiscal 2012-2013 avant de justifier les innovations spectaculaires prévues dans le projet de loi de finances 2013-2014, les sénateurs, à l'image de Jocelerme Privert, président de la commission permanente Economie et Finances du Grand corps, se sont montrés sans pitié pour le ministre. Veste noire, chemise blanche et cravate noire, Wilson Laleau, accompagné entre autres des directeurs généraux de la DGI, des douanes, n'a pas attiré la sympathie des pères conscrits. « On a dû faire un ensemble de choix cette année pour marquer la rupture, a, d'entrée de jeu, déclaré le ministre Laleau pour justifier le budget devant la commission sénatoriale. Nous avons fait le pari de lutter contre l'inflation dans l'économie haïtienne. Les propositions que nous avons soumises au Parlement sont de nature à changer la donne en matière économique et sociale pour Haïti... » Les boulets de Privert « Je ne suis pas d'accord avec vos réponses, Monsieur le Ministre », a rétorqué, amer, le sénateur Privert. Le parlementaire a commencé par énumérer les véritables points sur lesquels le ministre doit tout d'abord apporter des clarifications. « Nos préoccupations, a -t-il enchaîné, concernent le rapport financier annuel du gouvernement qui doit être soumis au Parlement. Nous avons besoin des informations qui sont indispensables, à savoir la liste de tous les comptes courants ouverts à la banque centrale au nom des différents ministères, institutions et organismes publics. Un rapport détaillé identifiant les bénéficiaires des contrats, les fonds alloués et les projets exécutés et/ou en exécution à travers les fonds PetroCaribe pour l'exercice fiscal 2012-2013. Et un autre rapport détaillé sur l'utilisation des fonds décaissés et mis à la disposition de certains ministres pour le financement des activités, projets et programmes relatifs à la rentrée scolaire et les fêtes de fin d'année...» Laleau nage, mais.. « Les informations demandées portent sur l'année passée. Je m'engage à vous faire parvenir ces informations avant la fin de l'exercice fiscal », a laconiquement répondu Wilson Laleau, précisant qu'au moment du dépôt du projet de loi de finances à la Chambre des députés, il avait déposé également la loi des règlements de l'année fiscale qui prendra fin le 30 septembre. « Ce que je peux dire, c'est qu'on est en train de mettre en place un système pour faire les rapports réguliers sur les dépenses afin de les mettre à votre disposition en temps et lieu. On a pris acte de vos demandes. » Les choses qui retiennent le plus l'attention du sénateur Privert dans le budget concernent surtout les dispositions relatives aux ressources, les dispositions relatives aux charges et les dispositions concernant les crédits. « Malgré votre bonne volonté, vos interventions dans les médias, vous n'avez pas encore assuré l'opinion publique quant aux dispositions concernant les ressources », a dit le parlementaire déplorant que le ministre de l'Economie et des Finances n'ait présenté aucun tableau justifiant l'impact de ces mesures fiscales sur la population. « Nous avons de sérieuses inquiétudes, Monsieur le Ministre. » Des augmentations extravagantes! Alors qu'on est en pénurie de ressources, poursuit Jocelerme Privert, le gouvernement a décidé d'augmenter le budget de fonctionnement au détriment du budget d'investissement. « Le budget de fonctionnement du bureau du ministère des Finances est passé de 41 millions de gourdes à 91 millions de gourdes. Celui du ministère de la Justice a augmenté de 156%, la présidence 99%, la Primature 150%, le ministère de l'Intérieur 157%, énumère le président de la commission Finances et Budget du Sénat, exhortant le ministre à s'expliquer sur le bien-fondé de ce choix. Pire, ce sont les secteurs politiques qui sont privilégiés sur les secteurs économiques dans le budget. » « Cette année, nous avons fait le choix de rendre le budget plus visible et plus lisible », a gesticulé Wilson Laleau pour expliquer la décision d'augmenter les taxes sur un ensemble de services dont les 10 000 gourdes pour le droit du passeport. Autre raison avancée par le ministre pour justifier le budget, c'est la nécessité de construire ou de reconstruire des édifices douaniers dans le pays. Mais l'économiste, professeur d'université, n'a pas pu convaincre les sénateurs de l'augmentation des taxes sur les services comme les taxes sur le permis de conduire, sur le tarif douanier, sur le droit du passeport, sur la vente et/ou l'achat d'animaux, sur les produits de première nécessité... « Monsieur le Ministre, votre intervention pourrait faire le poids dans un débat académique. Mais ici, vous êtes au Sénat de la République », a répondu le sénateur Privert, cadrant l'ancien vice-recteur de l'Université d'Etat d'Haïti. Question de lui demander d'être plus pratique dans les réponses apportées pour justifier le budget. Qui finance les voyages du président de la République? Ce n'est pas le sénateur Steven Benoit qui aura pitié du ministre qui n'était pas dans ses beaux jours. « C'est un budget criminel. Nous allons mobiliser les sénateurs pour retourner le document à l'exécutif », a fulminé l' « homme-dossier » avant de questionner le ministre Laleau sur le montant exact du per diem pour les voyages du président Martelly. « Pouvez-vous nous dire, en tant que principal responsable du Trésor, où est passé le chef de l'Etat ? A combien s'élève le per diem de ses voyages ? Combien de personnes composent la délégation qui l'accompagne? » Selon Wilson Laleau, les réponses à ces questions ne relèvent pas de sa compétence. « La présidence a son budget. Le ministère des Finances ne s'occupe guère des voyages du président de la République.» Une réponse peu convaincante pour les sénateurs rappelant au ministre qu'il est l'ordonnateur principal des fonds du Trésor public. Donc, cette question ne peut pas lui échapper. Allant plus loin que ses collègues, le sénateur Moïse Jean-Charles, ennemi juré du chef de l'Etat, croit que le budget, qualifié de suicidaire, n'est pas l'oeuvre du ministre Laleau qu'il connaît de par son origine sociale, mais bien celle du président Martelly. « En feuilletant le document, j'ai peur pour l'avenir du pays. C'est une véritable répression fiscale », a-t-il fulminé, accusant le gouvernement de protéger les plus riches au détriment des couches défavorisées. Les sénateurs, à l'image de leurs collègues Privert et Benoit, affirment que leur conviction est déjà faite sur le budget. Ils restaient visiblement sur leur soif. Ils ont même menacé de ne pas voter le budget. En l'absence du ministre de la Planification Laurent Lamothe portant également la casquette de Premier ministre, Wilson Laleau est le premier à être auditionné par les sénateurs dans le cadre de l'analyse du projet de loi de finances 2013-2014. Yvince Hilaire yvincehilaire@yahoo.fr http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=120281

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