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mercredi 31 octobre 2012

Sandy frappe Haïti et New York : le deux poids deux mesures du traitement médiatique


Par Dom B.
Chroniqueuse société
LE PLUS. Les caméras du monde entier sont braquées sur New York. Depuis deux jours, les médias ne parlent que de ça : l'ouragan Sandy frappant la cote est des États-Unis. Quitte à en faire beaucoup trop ? Oui, selon notre contributrice Dom., qui déplore le traitement médiatique très inégal mis en place autour de cette catastrophe.
Depuis deux jours, c'est "le jour d'après" version images truquées et de préférence terrifiantes,webcams noyées de pluie, l'apocalypse en temps réel sur écrans géants. N'oublions pas que la fin du monde est dans un peu plus de deux mois, une piqûre de rappel est toujours utile.
Durant ces deux derniers jours, le monde était en apnée, dans l'attente de la catastrophe qui devait assurément souffler la "grosse pomme" jusqu'au trognon.
Au mardi 30 octobre au matin n'aurait dû rester que quelques pépins, si l'on en juge la couverture médiatique déployée depuis 48h sur New York et Washington, et les gros titres alarmistes et terriblement funestes. Tout cela pour un ouragan même pas classé en catégorie 2, du nom de "Sandy". On fait avec ce qu'on a sous le radar.

Avides de sensationnalisme
Comme ces spectateurs qui ralentissent sur l'autoroute à la vue d'un accident, le monde s'est arrêté de tourner, manifestant un intérêt presque morbide à attendre, pour ne pas dire espérer, de voir la ville symbole des États-Unis sombrer dans l'une de ses propres productions hollywoodiennes. Effets spéciaux, explosions, inondations, la fin du monde en direct au journal de 20h, en 3D, une sorte de mise en abyme ironique.
Autant dire que certains doivent être un peu déçus de ces quelques morts, de ces quelques arbres arrachés, de ces quelques parkings inondés, de ces quelques coupures de courant, on a vu bien pire en Vendée, ou dans le sud de la France. Finalement, les tempêtes bien de chez nous n'ont rien à envier aux super productions américaines.
New York, New York, New York, jusqu'à la nausée, jusqu'à l'overdose, en boucle, sur tous les écrans, dans tous les médias, des journalistes avec ou sans capuche, avec ou sans parapluie, bravant les vents et les pluies diluviennes pour rendre compte à nos yeux avides de sensationnalisme du cataclysme à venir, assurément.
Le monde a tourné autour de New York durant 48 heures, exclusivement. Le monde n'était plus que New York ou New York est devenu nombril du monde.

Sandy est le pire ouragan de l'histoire d'internet aux USA
30 Oct 12
sandiet@sandiet
Les caméras uniquement braqués sur NY
Et Haïti et ses 51 morts, 15 disparus et 19 blessés ? A-t-on vu ces pauvres gens dont les maisons se sont écroulées sur eux en les ensevelissant ? A-t-on déployé caméras et journalistes pour aller filmer les routes coupées et les ponts effondrés ? A-t-on filmé ces gens qui ont tout perdu, parce qu'ils possédaient déjà si peu ?
"L’ouragan Sandy a emporté mes deux bœufs, qui représentaient ma seule source de revenus. Je ne sais pas quoi faire à présent", regrettait ainsi un habitant.
Et au début du mois, quand la saison des pluies s'est montrée meurtrière en Afrique, a-t-on aussi mobilisé les studios mobiles, et les cameramen pour aller filmer les quartiers sous l'eau, les 587 écoles inondées au Sénégal, les rues impraticables de Dakar, ses plus de 40 morts et ses dizaines de sinistrés ?
Au même moment, a-t-on également bloqué les télévisions, et tous les médias pour les 148 morts et plus de 64.000 déplacés au Nigeria, et l'apparition du choléra ? C'est vrai que des pluies, même exceptionnellement fortes, c'est moins vendeur que des vents à 150 km/h et un gros tourbillon sur une carte de la NASA.
Plus tôt, en août, quand le Cameroun a connu des inondations exceptionnelles faisant plus de 30 morts et 25.000 sinistrés, en a-t-on entendu parler au journal de 20h ?
Sandy, un ouragan d'une force historique, terrifiant "Frankenstorm", ah cela, les superlatifs n'ont pas manqué depuis 48h pour décrire ce qui allait sûrement emporter la ville emblématique des USA.
Heureusement, la peur a été plus forte que le mal, et si New York a retenu son souffle et le reste du monde avec, ce mardi matin, le monde peut recommencer à respirer, Sandy n'aura eu d'historique que l'emballement médiatique qu'elle aura suscité. En attendant la prochaine tempête, le prochain ouragan qui devra donc s'appeler Tom ou Tony, selon toute logique, et qui, pour peu qu'il menace le géant américain, monopolisera à nouveau toutes les chaînes, les unes, et le reste du monde.
Pendant ce temps, Haïti, le Sénégal, le Cameroun, le Nigeria, ou ailleurs, n'importe lequel de ces pays de miséreux peut bien continuer à subir la colère de mère nature, leurs morts ne font pas recette.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/676358-sandy-frappe-haiti-et-new-york-le-deux-poids-deux-mesures-du-traitement-mediatique.html

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