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vendredi 31 août 2012

Haïti - Santé : Des soins gratuits pour les grands brûlés de Port au Prince

En attendant la fin de l’urgence… jeudi 30 août 2012 L’hôpital Médecins sans frontières (Msf) à Drouillard, périphérie désœuvrée de Port-au-Prince au nord de la capitale, est le seul établissement gratuit, spécialisé dans le soin des grands brûlés en Haïti. L’hôpital illustre le problème de fond de la prise en charge médicale en Haïti. Les organisations non gouvernementales (Ong), qui l’assurent majoritairement, ne souhaitent pas et n’ont pas vocation à se substituer au système de santé national. Seulement, le privé reste trop cher, et le public trop rachitique. La précarité alimente, pour sa part, un nombre élevé de demandeurs de soins. Spécialistes de l’urgence, les Ong médicales voient donc leurs installations s’inscrire inévitablement dans la durée. Reportage Jérémie Postel P-au-P, 30 août 2012 [AlterPresse] --- Par une route caillouteuse, écrasée de chaleur, l’agence en ligne AlterPresse s’est rendue sur place pour visiter ce nouveau phare du paysage médical national. Nous nous rendons sur l’ancien site de la laiterie Laina, Route Lysius. Petit tour à Drouillard… A l’entrée, une fouille sommaire s’assure que les visiteurs ne sont pas armés. Les autocollants « Kalachnikovs interdites », estampillés sur les 4x4 et les fenêtres, donnent le ton : les armes à feu, même dans un objectif de défense, font des trous dans les gens. Bienvenue chez les Médecins sans frontières (Msf). Mis à part la verdure frappante et les hauts murs d’enceinte, le « Terrain » n’a rien d’un camp de vacances. S’offre, à nos yeux, une zone de la surface d’un gros terrain de football où l’on s’affaire. Sur l’aile gauche, les différents bâtiments, constructions de bois légèrement surélevées à l’allure solide, sont bien agencés. On lit, aux différentes portes : « Administration », « RT », « Bureau Médical ». Des bosseurs passent en vous serrant la main, un pantalon bleu d’infirmier par ici, une glacière de laboratoire par-là. Un responsable, en conversation échauffée au téléphone. Un jeune Haïtien, venu chercher un certificat de collaboration. « C’est bon pour mon curriculum vitae (CV) », nous sourit-il. Au centre, l’artère de pierres et de terre battue. Les camions blancs, frappés du sceau rouge MSF, sont rangés en bataille. Quelques arbres. C’est l’accès des ambulances, la cour des allées et venues, la colonne vertébrale de la base. Nous sommes rejoints par Richard Accidat et Mathieu Fortoul, les « Communication Officers », qui nous mènent où les camions blancs conduisent leurs patients : l’entrée des urgences, au bout de l’aile droite. Nous progressons le long du couloir qui dessert urgences, laboratoires et services spécialisés. Puis, le bâtiment principal bifurque. Nous pénétrons dans une zone en rénovation, scrupuleusement bâchée, plus silencieuse tout à coup. Entre le bâti en dur et un sas de stérilisation. Ici, tout annonce une aile médicale plus spécifique, un environnement sous contrôle. Plane une odeur d’éthanol et de plastiques neufs. « Lavez-vous les mains ici, ensuite vous enfilerez ceci ». On nous fournit des combinaisons stériles, « pour prévenir des infections, qui sont très fréquentes pour les cas de brûlures ». La peau est une protection naturelle contre les microbes : brûlé au troisième ou quatrième degré, l’organisme est en effet extrêmement vulnérable à tous types de contaminations. « Pardon, s’il vous plait ! ». Nous sommes dans le passage, plus ou moins à cloche pied, pour enfiler nos chaussons hygiéniques. Derrière nous, un lit d’hôpital, flanqué de deux infirmiers, est apparu pour entrer dans le service. Allongé, un enfant de cinq ou six ans, brûlé sur une bonne partie du tibia, nous regarde visiblement un peu sonné. Ils pénètrent la tente high-tech, unité gonflable géante de fabrication italienne, conçue pour créer un environnement climatisé et hygiénique dans l’urgence. Une tente à 18,000 euros )Us $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 58.00 gourdes aujourd’hui). La prise en charge Quand un blessé est pris en charge, il passe d’abord au « tri », nous explique-t-on. On y remplit un dossier, qui informe rapidement le service compétent sur l’état du patient. Ensuite, les urgences. On n’y chôme pas. La quasi-totalité des lits est occupée. Le service gère, de front, toutes sortes de blessures. L’hôpital compte également différents blocs, services ou unités spécialisés : chirurgie viscérale, victimes d’agressions sexuelles, greffes de peau, orthopédie, choléra… La capacité d’accueil est de 160 lits, hors service des grands brûlés, qui en compte une trentaine supplémentaire, pour un total d’environ 190 places. En cas d’urgence, ce nombre peut être augmenté, nous explique-t-on. Miss Tristan, que l’équipe traite comme le cœur et l’âme du service, nous accueille en compagnie du Dr Philippe Brouard, chirurgien. « La semaine dernière, nous avions 36 patients. Nous pouvons faire de la place si nécessaire », déclare le dcoteur Brouard. L’hôpital chapiteau est composé de trois pièces. La première, pour les adultes, compte plus d’une dizaine de lits. La suivante, celle des enfants, est plus peuplée. « Environ 60% des accidents concernent les enfants, dans un cadre domestique », nous confie le chirurgien. Les jeunes mères, acceptées à leur chevet, partagent, dans une solidarité silencieuse, souffrances et dignité. Elles n’ont pas le droit de passer, de lit en lit, pour discuter, pour éviter des phénomènes de contagion, d’un patient à l’autre. Plusieurs d’entre elles semblent écrasées de sentiments de culpabilité ou d’impuissance. Dans la dernière pièce, deux patients sont en soins intensifs. Sous un voile blanc, suspendu au-dessus de son lit, un homme brûlé à 80% ne peut qu’attendre dans une souffrance indicible. Depuis sa création, 400 patients ainsi ont ainsi été admis gratuitement dans ce service. Le changement des pansements représente 35% des actes opératoires de l’hôpital. Outre les chirurgiens, médecins, infirmier(e)s et aide-soignant(e)s, kinés et psychologues jouent un rôle indispensable, aux côtés des grands brûlés. Les premiers accompagnent la cicatrisation pour s’assurer que ne surviennent pas des séquelles handicapantes. Les seconds accompagnent les patients dans leurs épreuves et dialoguent avec les proches. Chez les jeunes mères tout particulièrement, le sentiment de responsabilité peut être lourd à porter. Les greffes sont fréquentes, pour près d’un quart des patients. Une peau saine, prélevée sur le blessé sur une zone « esthétiquement acceptable », est traitée en laboratoire, nettoyée, étirée, puis appliquée sur la blessure. Les résultats sont observés dans les cinq jours et sont très majoritairement probants, surtout chez les plus jeunes. Certains, malgré les explications de l’équipe médicale, refusent cependant cette opération, débouchant sur des situations critiques. « Le consentement du patient est indispensable. Une greffe ne se pratique jamais dans une urgence telle que l’on ne puisse pas se passer de son consentement », précise le docteur Philippe Brouard. Où est passée la sensibilisation ? Les Médecins sans frontières n’ont pas de programme de prévention des brûlures dans les quartiers, par la sensibilisation aux comportements à risques, par exemple. Ils préfèrent concentrer leurs moyens sur la prise en charge médicale. Le meilleur moyen de faire de la prévention, « c’est de faire en sorte que chaque patient, quittant nos services, puisse sensibiliser ses proches », poursuit Brouard. Solide et étendu, le lien familial a un gros rôle à jouer. Le bouche à oreille et le récit du vécu sont bien plus efficaces que prospectus et affiches. Ce qui sonne aussi comme une grande confiance dans l’avenir. En sortant du service, nous tombons sur une aire de vie, aménagée pour les familles. Admises, de façon très limitée, au chevet de leurs proches, elles peuvent, néanmoins, rester dans l’enceinte de l’hôpital sous certaines conditions. Des allures de petit parc, peuplé de gens qui partagent un secret. Précarité et accidents L’hôpital des grands brûlés de Drouillard est installé dans un contexte, où les comportements à risques, à l’origine des blessures, sont d’autant plus nombreux que le cadre de vie est précaire. Dans la grande agglomération de Port-au-Prince (près de deux millions et demi d’habitants), 400,000 personnes vivraient encore sous la tente... En famille, et dans de petits espaces, à l’abri de bâches inflammables. Les enfants sont les plus touchés : les dangers de la cuisine (eau de cuisson, huile de friture, charbon, gaz) sont une menace permanente pour leur énergie désœuvrée. Chez les adultes, les blessures sont souvent professionnelles : électrocutions (notamment occasionnées lors de piratage des lignes à haute tension), brûlures chimiques, liées à la manipulation de produits toxiques, ou au gaz, résultats de bonbonnes ou de becs défectueux. Cette urgence qui n’en finit pas Les autorités haïtiennes ne manquent pas de dossiers « prévention » à traiter : menace du choléra, des maladies sexuellement transmissibles, sensibilisation à l’hygiène alimentaire et corporelle, aux comportements à adopter face aux catastrophes naturelles… Les exemples sont légion. Elles n’ont donc pas encore inscrit la prévention des brûlures dans leurs priorités. Quant aux cliniques privées, le prix des soins pour ce type de blessures (et les admissions en général) les rend inaccessibles au plus grand nombre. « Nous acceptons tous les blessés : ceux qui se présentent spontanément, mais également ceux qui sont transférés depuis d’autres structures médicales, haïtiennes notamment », martèle l’équipe Msf. Drouillard est devenue la référence. « Msf, en tant qu’Ong d’aide médicale d’urgence, n’a pas vocation à se substituer au système de santé haïtien. Nous apportons, ici, une connaissance et une expérience aux personnels haïtiens qui travaillent avec nous. Et notre service, même s’il est généralement plein à 100%, n’est pas, non plus, complètement overbooké. D’ailleurs, des lits étaient encore dispos durant votre visite », souligne Mathieu Fortoul, interrogé sur un éventuel projet d’accroissement des capacités d’accueil du service. « Nous essayons, au maximum, de répondre, de manière pertinente et équilibrée, aux besoins médicaux de la population haïtienne, sans, pour autant, déséquilibrer le système de santé national », ajoute Fortoul. Un système de santé, qui brûle sur le feu de l’urgence. [jp kft rc apr 30/08/2012 1:15] http://www.alterpresse.org/spip.php?article13293

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