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lundi 31 octobre 2011

L'opposition haïtienne crie à la dictature après l'arrestation d'un député

Clarens Renois
Agence France-Presse
Port-au-Prince
L'arrestation spectaculaire puis la libération en moins de 24h d'un député recherché par la justice pour «évasion de prison» a déclenché en Haïti une crise entre le parlement et le président Michel Martelly, en fonction depuis moins de six mois.
«Nous ne reconnaissons pas l'autorité de ces ministres qui ont orchestré l'enlèvement et la détention illégale d'un parlementaire», a déclaré le député Levaillant Louis-Jeune.
Le député Arnel Bélizaire, arrêté jeudi soir à l'aéroport de la capitale à sa descente d'avion après un voyage officiel en France, a passé une nuit à la principale prison du pays avant d'être libéré vendredi devant le tollé soulevé par son interpellation.
Même si le nouveau premier ministre Garry Conille s'est quelque peu distancé de l'affaire, se disant «fortement préoccupé par l'emprisonnement d'un député en fonctions», cela n'a pas calmé le courroux des parlementaires.
Vendredi, quelques heures après la libération du député, les parlementaires ont exigé dans des résolutions la démission de plusieurs ministres, dénonçant au passage «le début de l'instauration d'une dictature par le nouveau chef de l'État».
Le président de la Chambre, Saurel Jacinthe, a appelé la population à «barrer la route à l'autoritarisme et protéger les acquis démocratiques».
Sénateurs et députés sont montés au créneau pour dénoncer les méthodes du nouveau président, un ex-chanteur très populaire auprès des jeunes, qui n'hésite pas à recourir à l'injure envers ses détracteurs.
M. Martelly, arrivé au pouvoir au terme d'un scrutin rocambolesque qui l'avait vu dans un premier temps écarté du deuxième tour, ne dispose au parlement que d'une poignée de membres de son parti. Il a peiné à faire approuver la nomination d'un premier ministre par les parlementaires.
Le président a suscité l'étonnement début octobre en rencontrant ses prédécesseurs Jean-Bertrand Aristide et Jean-Claude Duvalier, l'ex-dictateur qui fait l'objet de plaintes pour crimes contre l'humanité.
L'interpellation du député Bélizaire, impliqué auparavant dans une joute verbale avec le président, n'est pas le seul incident du genre survenu depuis l'arrivée au pouvoir de M. Martelly, qui s'en est récemment pris à la presse et a dénoncé la présence d'évadés de prison et de repris de justice au parlement.
En réaction, les sénateurs ont monté une commission pour enquêter sur la nationalité des membres du gouvernement et du président de la République lui-même, laissant augurer d'une nouvelle crise politique.
Dans l'opposition, la convention des partis politiques a réagi en dénonçant «une dérive inquiétante susceptible d'engendrer une crise sérieuse dans le pays».
L'ancienne adversaire de M. Martelly à la présidentielle, Myrlande Manigat, a appelé la population à la vigilance, disant voir un «grave danger» dans les agissements du pouvoir.
Le chef de la Mission de l'ONU pour la stabilisation d'Haïti (Minustah), Mariano Fernández, s'est dit inquiet du climat politique «nuisible aux intérêts supérieurs de la Nation».
Le président Martelly se trouve depuis jeudi aux États-Unis pour dix jours. Il doit y subir une intervention à l'épaule, a annoncé son bureau de presse.
Contacté par l'AFP, le ministre de l'Intérieur et de la Défense Thierry Mayard-Paul a refusé de se prononcer sur l'arrestation du député qui selon lui concerne la justice. «Compte tenu de la séparation des pouvoirs, je n'ai pas à m'en mêler», a-t-il déclaré.
http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/201110/30/01-4462709-lopposition-haitienne-crie-a-la-dictature-apres-larrestation-dun-depute.php

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