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lundi 13 juin 2011

Haïti-Amérique Latine : L’urgence d’une représentation diplomatique et consulaire haïtienne en Équateur

Vendredi 10 juin 2011 Interview
Par Wooldy Edson Louidor
Quito, 10 juin 2011 [AlterPresse] --- Les Haïtiens vivant en Équateur sont confrontés à d’énormes difficultés en l’absence d’une représentation diplomatique ou consulaire d’Haiti dans ce pays d’Amérique Latine où bon nombre de membres de la communauté haïtienne font face à des problèmes d’irrégularité de leur statut migratoire et des difficultés accrues d’intégration dans la société d’accueil .
Le sceau du Consulat haïtien est exigé pour toutes les démarches
« Pour toutes les démarches que vous réalisez ici en Équateur, les institutions vous exigent le sceau du Consulat haïtien accrédité dans le pays en vue de la légalisation ou la certification des documents requis », explique dans une interview Natacha D’Meza, secrétaire de l’Association des Haïtiens Réfugiés et Résidents en Équateur (Ahrre).
Le sceau du Consulat haïtien est exigé pour la légalisation des certificats de fin d’études secondaires (Baccalauréat I et II) pour les étudiants qui veulent entrer à l’université. Ce sceau est également requis pour la légalisation des certificats de célibataire ou d’acte de divorce pour ceux et celles qui veulent se marier.
Le problème se complique davantage en cas de perte ou de vol de passeport. Les Haïtiens n’ont aucune institution de représentation dûment accréditée dans le pays où ils peuvent se rendre pour présenter leur déclaration de perte ou vol de documents, voire se procurer une attestation.
Et ils sont de plus en plus nombreux les Haïtiens qui se font voler leurs passeports, explique D’Meza, parce que leurs maisons sont cambriolées lorsqu’ils s’absentent pour aller travailler. La grande majorité des immigrés haïtiens à Quito vivent dans des quartiers périphériques en marge de la capitale équatorienne et sans accès aux services de base, encore moins à la sécurité.
D’autres Haïtiens, qui choisissent de toujours emporter partout avec eux leurs passeports comme un bien précieux, les perdent dans la rue ou sur leurs lieux de travail, poursuit la professeure d’espagnol pour les Haïtiens nouvellement arrivés dans le pays, désireux d’apprendre la langue de Cervantes dans l’espoir de s’intégrer dans la société équatorienne.

Quito, sans consulat honoraire haïtien depuis après le séisme
Après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, l’administration de l’ex président René Préval a décidé de fermer le Consulat honoraire haïtien à Quito, en dépit de la recommandation faite fin 2010 par le Service Jésuite aux Réfugiés (SJR) au Gouvernement haïtien pour qu’ « il établisse des mécanismes de protection consulaire des citoyens haïtiens en Équateur » par l’ « ouverture d’un Consulat dans la ville de Quito » (Haití : una presencia invisible en Quito. Reporte de situación de haitianos en Quito, SJRM Ecuador, Octubre 2009).
« L’ambassade haïtienne au Venezuela qui représente également Haïti en Équateur ne porte pas assistance aux Haïtiens vivant ici (en Équateur) », dénonce la dirigeante de l’Ahrre, « sous prétexte que nous ne vivons pas au Venezuela et que nous n’avons pas droit à l’assistance consulaire et aux services fournis par cette Ambassade ».
Donc, les demandes de renouvellement de passeports et de légalisation des documents faites par des Haïtiens vivant en Équateur sont purement et simplement rejetées par l’ambassade haïtienne au Venezuela, poursuit-elle.
« La dernière fois qu’on a vu un représentant de l’ambassade haïtienne du Venezuela ici à Quito, c’était suite au tremblement de terre ; depuis, ils n’y sont jamais revenus en dépit des promesses qu’ils nous avaient faites à maintes reprises de retourner en Équateur », s’indigne-t-elle.

Augmentation du nombre d’Haïtiens en Équateur
En outre, une représentation diplomatique et consulaire haïtienne en Équateur s’avère de plus en plus urgente et nécessaire, vu l’arrivée d’un nombre croissant d’Haïtiens dans ce pays sud-américain après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.
« La situation économique, les problèmes politiques et le tremblement de terre du 12 janvier 2010 constituent les principaux motifs qui ont forcé beaucoup d’Haïtiens à fuir leur pays pour chercher refuge en Équateur », explique D’Meza.
En fait pour l’année 2009 la Migration Équatorienne a enregistré 1.258 entrées d’Haïtiens dans le pays contre 562 sorties des citoyens de la même nationalité.
Pour 2010, les autorités équatoriennes ont informé avoir enregistré 1.176 sorties d’Haïtiens contre 1.687 entrées. Seulement pour le premier trimestre de l’année 2011, le nombre d’entrées a augmenté de manière exponentielle : 1112 (presque la même quantité en trois mois que pour toute l’année 2009) contre 888 sorties.
La migration haïtienne en Équateur s’accroit considérablement, en dépit du fait que bon nombre de migrants haïtiens utilisent ce pays comme transit pour aller au Brésil, en Guyane Française et vers le Chili ou le Venezuela, à la faveur de réseaux de traite et de trafic à la fois complexes et très solides.

Des Haïtiens détenus sur les frontières colombienne, équatorienne et péruvienne
Plusieurs de ces Haïtiens qui entreprennent ces voyages irréguliers en quête de meilleures conditions de vie et de travail sont détenus par les autorités frontalières, que ce soit en Colombie, au Pérou et même en Équateur.
« Ces Haïtiens détenus ont besoin d’assistance et de protection consulaire de leur pays parce qu’ils ne parlent pas l’espagnol et sont souvent abandonnés par les trafiquants, après avoir donné à ceux-ci de fortes sommes d’argent », explique la dirigeante de l’Ahrre.
Plusieurs d’entre eux sont souvent victimes d’extorsions, de mauvais traitements et de toutes sortes d’abus dans ces frontières, lieux très souvent très éloignés.

Des Haïtiens victimes de discrimination en équateur
« Nous, Haïtiens et Haïtiennes qui résidons en Équateur, sommes aussi victimes de discrimination par le fait d’être réfugiés, afro descendants, parce que nous ne parlons pas l’espagnol, parce qu’on nous connait sur la base de ce que disent les médias, non pas en vertu de ce que nous sommes vraiment, de ce que nous faisons », regrette D’Meza. Dans l’article intitulé « ¿Existe seguridad en el Ecuador ? », publié le premier juin dernier par l’agence en ligne Diario Digital, l’auteur Carlos Estarellas Velásquez a critiqué la complicité présumée de l’actuel gouvernement équatorien qui « a permis que des délinquants colombiens, péruviens, haïtiens, cubains, entre autres, entrent dans le pays pour mettre en péril notre sécurité en commettant des délits qui n’existaient pas avant (en Equateur) é tels que les crimes commandités, le kidnapping express ou les vols réalisés en droguant la victime … »
La protection des Haïtiens et de leur image en Équateur s’avère également nécessaire contre ces formes de discrimination et de stigmatisation véhiculées dans certains médias de ce pays et qui tendent à se reproduire dans la société équatorienne. [wel gp apr 10/06/2011 09 :00]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article11142

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