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mardi 27 février 2007

Vous avez dit Commissariat !Un bordel. C'est fort. Mais il n'y a pas moins pour qualifier la majorité des commissariats et sous-commissariats de la capitale d'Haïti. Celui de la rue Pavée en est un exemple parmi tant d'autres.
Le carnaval 2007, un véritable succès. Notamment du point de vue de la sécurité. C'est ce que claironne la presse haïtienne au lendemain des festivités carnavalesques. Le haut état- major de la Police Nationale d'Haïti (PNH) récolte toutes les gloires. « Les véritables artisans de ce travail de titan demeurent les agents de la PNH », tonne un travailleur de la presse ayant pris part au carnaval. A quel prix ces « héros nationaux » ont offert ce service aux centaines de milliers de carnavaliers ? Et dans quel environnement de travail ?
500 gourdes. C'est l'enveloppe reçue par jour par un agent de la PNH pour la couverture du carnaval 2007. Pas de quoi faire une omelette ! Ce n'est pas le pire. « En 2001, les agents recevaient 150 gourdes par jour pour le carnaval », se rappelle un ancien policier. Pour dire que les choses se sont améliorées.On est à la veille du carnaval. Le Champ de Mars est en effervescence. Le bas de la ville n'est pas moins grouillant de vie. Pourtant au sous-commissariat de la rue Pavée (Cafétéria), c'est le comble. Murs décolorés et lézardés, toiles d'araignée dans les plafonds, bureaux et meubles : niche de microbes... la saleté, la crasse ont élu domicile dans ce sous-commissariat situé au coeur de la capitale haïtienne.
L'espace de travail des « héros nationaux » n'est plus ni moins qu'un véritable bordel. Deux à trois véhicules, en très mauvais état, avec les insignes de la Police sont parqués devant l'espace, où un écriteau sur la façade supérieure permet de l'identifier comme un bureau de la Police Nationale d'Haïti (PNH). A certain moment, des piles de détritus partagent ce parking avec ces véhicules, le plus souvent en panne. Une petite galerie précède le grand hall. Dès l'entrée, on peine à admettre qu'on est dans un bureau de police. Juste au fond, cinq carcasses de motocyclettes recouvertes d'importantes couches de poussière et de toiles d'araignée renforcent l'insalubrité de l'espace. Ces engins encombrants font face à ce qui devrait être une cafétéria pour les policiers. Mais c'est un cauchemar ou une pièce d'incubation de microbes. Des cafards dansent sur les tables. Le parterre est maculé de traces noires. A part les tables et les chaises faites en béton recouvertes d'une structure en bois, les autres espaces sont abandonnés au profit de toutes les bestioles qui en font leur chou gras.
Du côté droit de l'entrée, la boite à fusible du système électrique est grande ouverte. Elle a perdu sa portière. Les combinaisons de fils, véritable foutoir. Tous les risques d'électrocution sont possibles. Sur cette même rangée, deux carrés se succèdent. Le premier sert d'espace pour recevoir les plaintes. Le second est dédié au service de la circulation. Cependant, seules les indications écrites en bleu sur le mur de couleur blanchâtre permettent de les identifier. Pas un bureau. Pas une chaise à l'intérieur. Sinon, le carré des plaintes sert de dépotoir à de vieux pneus usagés et de gentes de véhicules. Sans compter toutes les espèces de saleté dénaturées, impossible d'identifier. En face de cette horreur, un barrage de la forme d'un « L » fait en bois, sert de bureau au chef de poste. Passé ce point, on tourne à gauche pour se rendre au bureau de l'investigation. C'est là qu'on reçoit effectivement les plaintes.
Ce bureau est une honte pour la police. Que je suis entré pour la première fois, il n'y avait pas d'électricité. Sans fenêtre et non aéré, cet espace avec pour tout ameublement deux bureaux crasseux et deux chaises en de très mauvais état. Celle destinée à celui qui vient pour un service est un danger public. Si l'agent oublie de vous avertir de son état, vous risquez une chute fatale. Le fond de la chaise est amovible. Pour y prendre place, il faut tout d'abord retenir le fond avec une main. Et quand on y est, bouger peut être un geste très regrettable.
Sur ce qui sert de bureau sont empilés, à droite, des chemises sales et usées dans lesquelles sont arrangés des dossiers et des copies de formes d'attestation. Pour tout ce bureau, à côté des classeurs métalliques clopin-clopant, de la plume, et des sceaux, une vieille machine à taper, ne fonctionnant qu'à ses heures, constitue l'unique outil de travail. Un morceau de tissu troué, décoloré... avec tous les qualificatifs d'un vieux torchon, cache une piécette où sont entreposés des corps de délit et des matelas neufs pour les policiers. Mais ces derniers ne peuvent pas encore les utiliser à cause de l'état lamentable des lits.
Le plafond fait en bois est l'arène d'une marelle de fils électriques dont les jonctions sont protégées non pas avec des adhésives, mais avec des morceaux de sachet en plastique, maladroitement noués. Juste en face du premier bureau, un petit téléviseur de 14'', vieille du début des années 70, trône sur un classeur métallique gris. C'est à crever les yeux. Est suspendue juste à côté de cette dernière, un squelette de ventilateur. Il n'en reste que le moteur et les hélices. Mais c'est ce qui permet de combattre la battante chaleur qui règne dans cette pièce.
Pour uriner, les policiers utilisent une rigole qui sépare le bâtiment des infectes toilettes. Pour se laver les mains ou le visage, les agents se servent d'un sceau qu'ils plongent dans un bassin.
Absence de moyens. Environnement insalubre. Les agents de l'institution policière travaillent dans les pires conditions. Ils y perdent leur dignité et sont vulnérables par rapport à leur espace de travail. Les nouveaux héros du pays, ce sont eux.
Gaspard Dorélien
gasparddorelien@lenouvelliste.com
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Commentaire :
Un récit poignant capable d’arracher des larmes des âmes les plus endurcies. Un récit qui affiche une contradiction notoire dans le choix des priorités qui se fait souvent en dépit du sens commun en Haïti. Aujourd’hui, l’institution qui se trouve continuellement et toujours sur la sellette c’est bien La Police Nationale d’Haïti. De son équilibre présent dépend le démarrage du pays qui est assujetti inéluctablement à un regain de confiance de la population corollaire d’un climat sécuritaire sans ambages revenu, retrouvé, conservé et maintenu.
Institution décriée prostituée et vassalisée par les vagues aristidiennes, Monsieur Mario Andrésol son directeur n’a jamais mâché ses mots pour dévoiler les faiblesses de ce corps appelé dans le temps à assurer la sécurité et l’ordre sur le territoire national. A un certain moment on avait compris que l’inefficacité des actions policières était due au fait que le haut commandement de la PNH devait jongler en même temps entre l’épuration de l’institution, la motivation et la conscientisation de ses membres et les actions sur le terrain.
Cependant, l’aspect des conditions de travail des agents de la police n’a jamais été souligné de façon très marquée. Cet article paru dans les pages du nouvelliste nous interpelle d’une façon particulière dans la mesure que cette atmosphère délétère inhumaine conformant l’environnement de travail des protecteurs de la veuve et de l’orphelin dans un contexte plus que périlleux.
Comment peut on demander à des agents travaillant dans ces conditions de miser leurs vies pour une cause qui semble d’emblée les exclure ?
Comment demander à des agents de la police travaillant dans de telles conditions de garder une certaine intégrité morale et résister à la tentation de l’argent facile du trafic de drogues, du kidnapping et de l’univers du crime organisés ?
Comment arriver à motiver les jeunes à faire le choix entre s’enrôler pour servir la nation et joindre Amaral Duclona et Evans ti kouto dans leurs paradis au centre des bidonvilles ?

Beaucoup diront avec raison que les locaux logeant les commissariats de police reflète l’image de toutes les institutions du pays. Les lycées, l’hôpital universitaire, les centres médicaux… n’en sont pas mieux lotis. Mais il est important de se dire que nous n’arriverons jamais, d’un coup de baguette magique, à remettre toutes les institutions sur les rails en même temps.
Dans l’élaboration de la liste des priorités le cas de la police nationale revêt une importance et une place plus que privilégiée dans la mesure ou la lutte contre l’obstacle de poids qui empêche de tout démarrage doit être entreprise par les agents de la police nationale.
Messieurs les législateurs convertis depuis quelques temps en censeurs tout puissants, au lieu de vous emmêler les pinceaux dans de faux conflits inutiles autour de simples faits divers, aidez à redresser et construire les bases pour relancer le pays.
Les instances concernées dans la modernisation et la professionnalisation de la PNH : l’exécutif, la minustah, redéfinissez vos critères et vos choix car aujourd’hui les locaux de la PNH ressemblent à un vrai scandale d’où des êtres humains pas toujours traités comme tels sont appelés à réaliser une labeur de titans. (Decky Lakyel 27/02/07)

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