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samedi 24 août 2013

La mutuelle de solidarité comme porte de sortie

Nou Pou Nou/Développement communautaire
Le Nouvelliste | Publié le :23 août 2013
Valéry DAUDIER vdaudier@lenouvelliste.com
Sans mutuelle de solidarité, beaucoup de communautés du pays ne sauraient à quel saint se vouer. Les habitants de Vaudreuil, localité verdoyante collée au célèbre bidonville de Cité-Soleil, peuvent en témoigner. Pour ceux qui ne peuvent pas accéder au crédit bancaire, cette forme de coopérative arrive cependant trop tard...
En franchissant les corridors de Cité-Soleil pour arriver au site de décharge d'ordures de Truitier, on a parfois l'impression que tout espoir est perdu, tellement la misère y est palpable. Mais quelques mètres plus loin, on est dans un autre monde. A perte de vue, un paysage verdoyant orné de plantations de bananiers s'étend, comme une promesse de bonheur.
On est à Vaudreuil, non loin de la centrale électrique de Varreux. Même si Port-au-Prince n'est qu'à quelques minutes, on est ici dans le monde rural avec des gens qui vivent de l'agriculture, de l'élevage et du petit commerce...
Les habitants cultivent la banane, le haricot, le riz, les légumes... Mais, faute d'intrants et d'encadrement, les planteurs arrivent difficilement à obtenir de bons rendements. Le problème du crédit agricole se pose plus que jamais.
Nombreux sont les producteurs qui se sont vus refuser le moindre crédit par des banques que rebute l'absence de titres de propriété.
Conscients du problème, les résidents de la zone se devaient de s'organiser. Avec le support de la Fédération luthérienne mondiale, ils ont donc créé en 2008 une première mutuelle de solidarité, à laquelle les membres ont accepté de cotiser. Pour leur plus grand bien, du moins si l'on se fie au fait que la zone compte aujourd'hui 14 mutuelles de même nature, qui forment le ''Regroupement des mutuelles de solidarité des Varreux''. Celles-ci peuvent se vanter d'apporter une assistance sociale à des centaines de membres, dont 75% de femmes.
Avec cette forme de coopérative, les membres ont accès à des prêts pour exercer leurs activités ou répondre à certains besoins. « Les agriculteurs et les petits marchands n'avaient pas accès au crédit, explique Gardy Guerrier, secrétaire général du réseau des mutuelles. C'était un constat général. Comme nous avions environ 300 planteurs dans la zone et quelque 200 hectares de terres cultivables, nous devions trouver un moyen pour améliorer la situation. D'où notre intérêt pour les mutuelles. »
Aujourd'hui, la première mutuelle fondée en 2008 peut prêter jusqu'à 20 000 gourdes à un membre. D'autres, mises sur pied plus tard, ont eu encore plus de succès. Ainsi, celle qui compte le plus de membres peut même accorder des prêts allant jusqu'à 75 000 gourdes. Le taux d'intérêt varie entre 1 et 2 %.
« Notre système est bien structuré, se félicite Gardy Guerrier. Ce n'est pas une seule personne qui prend la décision d'accorder ou non un prêt, mais bien l'assemblée. »
Ex-employé de « Haitian American Sugar Company» (HASCO), Jean Simon Janvier est l'un des premiers agriculteurs de la zone. Ce sexagénaire, père de sept enfants, y vit depuis 1973. Suite à la fermeture de l'entreprise en 1987, qui était le second plus grand employeur du pays en 1987, il décide de s'adonner à l'agriculture et à l'élevage sur des terrains appartenant naguère à la HASCO.
« Au début des années 90, le terrain était abandonné, raconte-t-il. Après mûres réflexions, j'ai pris la décision d'en cultiver une partie. Au cours des années suivantes, d'autres habitants m'ont emboîté le pas. »
Il remercie le ciel d'être devenu membre d'une mutuelle. « J'ai des dettes à honorer envers la mutuelle qui m'a beaucoup aidé depuis sa création, explique-t-il. J'ai emprunté 15 000 gourdes, que je n'arrive pas encore à acquitter à cause de l'ouragan Sandy qui a dévasté mes plantations. Mais on me fait confiance.»
Techler René est né à Vaudreuil en 1971 avant même que Jean Simon Janvier s'y installe. « Sans cette mutuelle, je ne sais comment serait ma vie aujourd'hui, ce serait la catastrophe à Vaudreuil », confie le quadragénaire, qui a emprunté 20 000 gourdes pour acheter un boeuf et agrandir son petit commerce.
« Depuis quelque temps, je vends du lait à des laiteries, cette activité m'aide beaucoup à répondre à certains de mes besoins», dit-il.
Mère de deux enfants, Marie-Anne Justin ne cache pas sa satisfaction. Grâce à la mutuelle, la petite commerçante emprunte, acquitte ses dettes, puis emprunte à nouveau. « Cette mutuelle a vraiment une importance capitale pour nous », dit-elle.
Pour sa part, Roselène Délion a du mal à oublier le refus cinglant que lui a signifié une banque il y a quelques années auprès de laquelle elle était venue contracter un emprunt.
« Je remplissais toutes les conditions, raconte-t-elle, avec un brin de colère dans la voix. Le jour où l'on devait me remettre l'argent, quelqu'un est venu visiter mon petit commerce et a estimé que c'était trop modeste. La seule critique que j'ai envers les mutuelles, c'est qu'elles ont été mises sur pied beaucoup trop tard. »
Autre conséquence positive de la fondation des mutuelles, les habitants de Vaudreuil ne misent plus sur l'Etat pour résoudre leurs problèmes.
« Nous avons eu des problèmes d'assainissement dans la zone, témoigne Gardy Guerrier. Nous nous sommes dit que c'était à nous de décider. Nous avons donc lancé une coumbite. Tout le monde de la communauté a participé. Ceux qui ne pouvaient pas se présenter ont envoyé soit de l'eau ou de la nourriture. C'était vraiment un bel exemple ! »
Valéry DAUDIER vdaudier@lenouvelliste.comc
http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=120400

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