POUR VOS RECHERCHES

Google

lundi 22 octobre 2012

Gabriel de Broglie : reconstruire les bibliothèques en Haïti (2/3)

BIBLIOTHEQUES SANS FRONTIERES, UNE ONG SOUTENUE PAR LA FONDATION LOUIS D. DE L’INSTITUT DE FRANCE
Le chancelier de l’Institut de France, Gabriel de Broglie, en compagnie de Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie Française, a été accueilli en Haïti du 5 au 8 septembre 2012 pour visiter les programmes mis en œuvre par l’Association Bibliothèques sans frontières (BSF) à la suite du terrible séisme qui a dramatiquement endeuillé celle que l’on surnomma au cours des siècles « la perle des Antilles ».

Dès 2010, la Fondation Louis D., l’une des Fondations abritées par l’institut de France, décerne sur décision de son jury présidé par Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie Française, son grand prix culturel, doté de 750 000€ à l’Association Bibliothèques sans Frontières.
 « Quand tout tombe, il reste la culture » écrit Dany Laferrière, écrivain haïtien, signataire de l’appel de BSF Pierre Richard Casimir, Ministre des Affaires Etrangères d’Haïti et M. Patrick Weil, Président de Bibliothèques Sans Frontières aux côtés de Mme Carrère d’Encausse qui s’apprête à donner une conférence au sein de la Bibliothèque du Ministère des Affaires Etrangères soutenue par BSF après le séisme de 2010. – à Port-au-Prince.
En lui décernant son Prix culturel, la Fondation Louis D. a souhaité ainsi soutenir l’engagement de BSF dans cette action d’urgence mais aussi dans les projets éducatifs et culturels que l’ONG a développés en Haïti, depuis 2007. Au cours de cette émission radio téléchargeable sur internet, le chancelier de l’Institut de France, Gabriel de Broglie livre ses impressions et réactions à la suite de son déplacement en Haïti, 2 ans après le séisme pour une évaluation des reconstructions en cours menées par la BSF en coopération avec l’ambassade de France, avec le ministère haïtien de la culture et la MINUSTAH (ONU).
Née en 2006, à l’initiative de Patrick Weil, directeur de recherche au CNRS et historien, l’Organisation Non Gouvernementale : Bibliothèques Sans Frontières (BSF) œuvre pour l’accès au savoir partout dans le monde à travers la création de bibliothèques, la formation et la professionnalisation des filières du livre, la dotation de livres et l’appui au développement des nouvelles technologies (informatisation et bibliothèques numériques). « En favorisant l’accès à la connaissance, nous voulons renforcer partout dans le monde les aspirations à la démocratie, à la justice et au dialogue des cultures. » déclare Patrick Weil. Haïti a été le plus important terrain d’action de Bibliothèques Sans Frontières depuis 2007.
Un projet de soutien à la création de 200 bibliothèques avait été mis en place avec le ministère de la Culture haïtien, l’ambassade de France et l’ONU. Après le séisme du 12 janvier 2010, la sauvegarde du patrimoine littéraire et archivistique a été l’un des premiers impératifs de BSF qui est intervenue en mission d’urgence dès le mois février de cette même année. Nombre de bibliothèques construites étaient détruites. Si bien entendu la priorité a été laissée sur le terrain aux ONG d’aide aux personnes, il y avait une véritable urgence quant à la préservation du patrimoine culturel haïtien, puisque les trois grandes bibliothèques patrimoniales avaient été touchées. En effet, au-delà des ouvrages littéraires, les archives et les manuscrits étaient gravement endommagés.
Deux cents ans d’archives du ministère des Affaires Étrangères s’étaient retrouvés sous les gravats. Lancement du projet de la RUCHE (Réserve Universitaire Centrale Haïtienne) - www.ruche-haiti.org – à Port-au-Prince Son projet présente 3 axes d’interventions et vise à atteindre le public le plus large possible, soit près de 200 000 personnes :
1) Éducation dans les camps de réfugiés où vivent plus d’un million de personnes : animation, lecture, création de deux bibliothèques mobiles de rues et de six bibliothèques containers pour accompagner la sédentarisation des camps, formation du personnel et mise en place d’un bibliobus.
 2) Renforcement des bibliothèques du pays : dons de livres, apport de matériel de stockage, sessions de formations à l’animation et à la gestion des collections, création de huit bibliothèques rurales de proximité et création de la bibliothèque municipale centrale de Port-au-Prince.
3) Littérature universitaire et ressources humaines : création de deux campus numériques de 50 postes informatiques pour les 30 000 étudiants de Port-au-Prince et création de la bibliothèque universitaire centrale de Port-au-Prince.
Gabriel de Broglie, Chancelier de l’Institut de France précise : « Concernant la bibliothèque nationale, nous avons contribué à construire de nouveaux bâtiments légers dans lesquels a été placé ce qu’il reste de l’ancienne bibliothèque nationale d’Haïti c’est-à-dire très peu. BSF a obtenu des concours nombreux venant de France pour envoyer des livres, tels ceux la Bibliothèque Nationale de France, de l’Ecole Normale Supérieure, des Universités. L’Institut a bien évidemment contribué à l’envoi de livres par caisses entières, fournissant ainsi un fonds à la bibliothèque nationale d’Haïti. En la circonstance, je dois vous dire que nous avons dévoilé une plaque mais cela est loin d’être terminé ; tous les livres envoyés ne sont pas encore sur des rayons catalogués ; c’est une chose vraiment naissante et que nous avons aidée à naître.
Tous les dons de livres restent les bienvenus.
Par ailleurs, la bibliothèque des Affaires Etrangères en Haïti est la bibliothèque du droit et de l’histoire diplomatique, mais aussi de l’histoire de ce pays ; c’est donc une bibliothèque importante qui joue un rôle de bibliothèque universitaire et de recherche ; elle est plus importante que son nom l’indique du point de vue de la connaissance et elle méritait d’être rétablie ; là aussi, nous avons contribué à rétablir une des bibliothèques des affaires étrangères qui est en fonctionnement actuellement ; nous avons là encore, pour marquer l’évènement, dévoilé une plaque.
Enfin, nous avons concentré tous nos efforts sur la bibliothèque de l’université d’État d’Haïti. La Fondation de l’Institut de France a constamment suivi cette affaire, et a donné son approbation aux inflexions suivantes : il y a en effet, à Port au Prince et en Haïti, sur le sol de ce pays dévasté et appauvri dont 90 % de la population n’est pas formée au niveau secondaire, quinze universités, témoins d’un passé encore très présent dans les mémoires d’une société lettrée haïtienne.
Nous avons donc soutenu la mise en réseau informatique de toutes les bibliothèques des universités d’Haïti de manière à ce qu’elles puissent bénéficier toutes des services d’une bibliothèque centrale. Nous avons, de ce fait, pris entièrement sous notre financement une institution régionale qui s’appelle la Réserve Universitaire Centrale Haïtienne, baptisée RUCHE , et symbolisée par un losange qui représente une alvéole de ruche, de couleur miel, symbole plein de promesse puisque nous souhaitons vivement que les étudiants et les professeurs puissent dorénavant "faire leur miel" à partir de ce que nous avons contribué à mettre en place. Là aussi, nous avons eu le plaisir d’inaugurer une plaque. »
Avec les Biblio Tap Tap, en route pour la lecture et la culture en Haïti La Fondation Louis D., dont le Prix culturel a pour objet la défense de la langue française, a souhaité soutenir ce projet engagé par BSF, d’autant plus qu’aux besoins fondamentaux en terme de développement éducatif et culturel (le pays compte 30% d’analphabètes) s’ajoute en Haïti un véritable enjeu pour la francophonie, aujourd’hui concurrencée par l’anglais et l’espagnol. Patrick Weil, Directeur de recherches au CNRS, Président de Bibliothèques Sans Frontières déclare : « Le monde compte aujourd’hui 795 millions d’adultes analphabètes et 72 millions d’enfants non scolarisés.
Des centaines de millions d’autres, enfants et adultes, n’ont pas accès à des livres faute de ressources. J’ai souvent constaté le rôle que jouent le livre et les bibliothèques dans la réussite des étudiants venus des milieux les plus pauvres. Tant de femmes, d’hommes et d’enfants, s’ils pouvaient accéder à des livres, verraient leur avenir transformé. Un livre ne se contente pas de transmettre un savoir, d’ouvrir à l’autre. C’est aussi l’instrument essentiel de l’exercice de l’esprit critique et de l’éducation à la démocratie. Le livre est enfin, et doit être plus encore, un moteur essentiel du développement durable. Installé dans une bibliothèque, il passe de mains en mains et de génération en génération. » Présentation du bibliotaptap à M. de Broglie et Mme Carrère d’Encausse. – à Port-au-Prince.
Un certain nombre d’anecdotes témoignent de l’attachement des Haïtiens pour leur patrimoine littéraire. Le jour où la Bibliothèque de l’École Normale Supérieure, l’une des plus grandes de Port-au-Prince, s’est effondrée sur elle-même, les professeurs et les étudiants ont rampé sous les décombres pour en sortir un à un les 18 000 ouvrages qu’elle contenait. Un autre exemple, le jour où Frankétienne, l’un des géants de la littérature haïtienne est sorti de sa demeure très endommagée, les gens qui le suivaient dans la rue s’écriaient « le poète est vivant, Haïti est debout ! ».
 Même si l’illettrisme touche près d’une personne sur deux, les Haïtiens restent très attachés à la littérature et considèrent que la reconstruction du pays ne peut se faire sans un travail autour du livre. http://www.canalacademie.com/ida9681-Gabriel-de-Broglie-reconstruire-la-bibliotheque-nationale-en-Haiti.html

Aucun commentaire: