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mercredi 29 février 2012

Les passeports de Martelly sont haïtiens, mais l'enquête se poursuit

Haïti: Le président Michel Martelly n'a utilisé qu'un passeport haïtien pour entrer et pour sortir du pays depuis 1999, date au-delà de laquelle les archives informatisées du service d'Immigration et d'Émigration n'existent pas, a confié au Nouvelliste un influent sénateur, membre de la commission d'enquête sur la nationalité du président de la République et des ministres démissionnaires du gouvernement Conille. "Selon les recherches que la commission a effectué au service d'Immigration nous avons pu retracer quatre passeports utilisés par Michel Martelly depuis 1999. Nous avons aussi pu vérifier son acte de naissance, sa carte de résidence aux États-Unis et le manifeste de certaines lignes aériennes. Tout confirme que Michel Joseph Martelly a toujours voyagé avec son passeport haïtien pour la période", a précisé pour le journal le sénateur qui veut garder l'anonymat en attendant que la commission dévoile ses conclusions. "Il n'y a aucune trace d'un quelconque passeport américain qui aurait pu appartenir à Michel Joseph Martelly dans les archives que nous avons pu analyser", insiste-t-il ajoutant que les pièces sont aujourd'hui aux mains des sénateurs Youri Latortue et Steven Benoît.
Questionné sur la carte de résidence américaine du président alors que la Constitution fait obligation de résider en Haïti cinq ans avant les élections, le sénateur ne pense pas que cela causera un problème. "Il y a depuis des années des élus, sénateurs, députés et présidents qui ont ou avaient une carte de résidence. Cela fait débat, mais ne les a jamais empêché d'être élu ou réélu."
Ne se voulant pas en mesure de décider de l'orientation de la commission d'enquête, le sénateur insiste que l'enquête se poursuit. "Nous continuons à chercher", dit-il. Ces déclarations sont corroborées par un autre élu du Grand corps qui a confié au Nouvelliste, lui aussi sous le couvert de l'anonymat : « Michel Martelly utilise toujours son passeport haïtien à l'aéroport international Toussaint Louverture, selon les données recueillies dans les archives de la direction de l'Immigration et de l'Émigration. La commission d'enquête n'arrive pas à retracer s'il utilise un passeport américain ou italien dans les aéroports étrangers ».
La nouvelle qui fait l'objet de fuites depuis cet après-midi explique peut-être l'atmosphère du point de presse de ce mardi. Souvent en conflit ouvert depuis l'enquête diligentée sur la nationalité réelle du président Michel Martelly, les sénateurs Moïse Jean-Charles et Joseph Lambert jouent aujourd'hui à l'unité parfaite. Ils lâchent les ministres démissionnaires, dédouanent le directeur de l'Immigration et prennent le chef de l'Etat comme seule cible de l'affaire dite de la nationalité.
Des chuchotements à l'oreille, de petites tapes sans agression sur la tête et un point de presse conjoint...les sénateurs Moïse Jean-Charles et Joseph Lambert filent le parfait amour. Premier acte d'une harmonisation des ex-querelleurs liés par la plateforme INITE coprésidents désormais de la commission d'enquête spéciale. « Le gouvernement étant démissionnaire, l'enquête sur leur nationalité paraissait pas trop nécessaire, a lâché le sénateur Joseph Lambert sous les regards approbateurs de son collègue Moïse Jean-Charles. Mais, nous menons jusqu'au bout notre mission ». Les passeports d'un ensemble de ministres et secrétaires d'Etat du gouvernement démissionnaire de Garry Conille, poursuit le parlementaire, sont en possession des membres de la commission d'enquête qui continuent de les analyser minutieusement.
Le président Michel Martelly, a enchaîné le sénateur Jean-Charles, est toujours en fonction. « Nous attendons ses documents de voyage. Nous ne pouvons pas l'attendre définitivement. Dès ce mercredi, nous allons demander au président du Sénat d'écrire au chef de l'Etat qui ne peut pas servir d'obstacle à la commission sénatoriale », a martelé le sénateur du Nord lors du point de presse conjoint auquel prendrait part son collègue Nènèl Cassy, nouveau cosecrétaire-rapporteur de ladite commission.
Une convocation du ministre de l'Intérieur et des Collectivités territoriales, Thierry Mayard-Paul, qui devrait être accompagné du directeur général de l'Immigration et de l'Émigration, Roland Chavannes, au Sénat, a été de fait annulée en raison de la démission du gouvernement de Garry Conille. Sept des neuf membres de la commission ad hoc allaient fouiller dans le système informatique de l'Immigration. « Nous avons mis l'emphase sur le président Michel Martelly. Ses documents ont été répertoriés », a précisé le sénateur Cassy. La commission a recueilli, dit-il, toutes les informations nécessaires et nous avançons très bien avec l'enquête.
Les membres de la commission se sont gardés de répondre aux questions des journalistes lors du point de presse. Pour produire son rapport dans quinze à vingt et un jours, la commission s'adressera à d'autres instances pour tenter de faire toute la lumière sur la nationalité réelle du 56e président d'Haïti. « Nous allons adresser des correspondances à des instances qui peuvent nous fournir des preuves », a fait savoir le sénateur Nènèl Cassy.

Chavannes dédouané
Le directeur général de l'Immigration et de l'Émigration, Roland Chavannes, en attendant le rapport de la commission d'enquête, est libéré de tout fardeau sur les suspicions de sabotage ou de destruction de preuves par rapport à l'enquête. Nous disons compliments à Roland Chavannes et aux techniciens du Service de l'Immigration, a lancé Joseph Lambert, sans crainte d'un démenti de Moïse Jean-Charles qui exigeait récemment la tête de l'ancien général des Forces armées d'Haïti, en charge de l'institution logée à l'avenue John Brown. La réalité, a expliqué le sénateur Lambert, « c'est que les documents détruits sont constitués d'un lot de passeports diplomatiques et de substitut liés qui étaient inutilisables ».

Quelque 70 000 livrets de passeports achetés avant des modifications dans le système de production de la direction de l'Immigration et de l'Émigration et des extraits d'archives qui encombraient le bâtiment, selon des chiffres cités par le coprésident de la commission d'enquête spéciale, ont été brûlés. L'opération, a précisé le parlementaire, a été menée en présence d'un juge de paix et est immortalisée par une vidéo.
Des institutions internationales oeuvrant dans le domaine de l'immigration, a avancé le sénateur Lambert, ont fixé un délai de trois ans pour éliminer les manifestes des compagnies de voyage. Le coprésident de la commission d'enquête ne tarie pas d'éloges pour le système informatique mis en place sous la direction de Roland Chavannes au Service de l'Immigration et de l'Émigration. « C'est l'un des réseaux les plus performants de toute la Caraïbe », a félicité le sénateur Lambert. Sauf, a-t-il précisé, les données disponibles remontent à 1999.
Le ministre des Haïtiens vivant à l'étranger, Daniel Supplice, a jugé inapproprié, la semaine dernière, que des documents de voyage aient été brûlés au Service de l'Immigration. Le moment, a encore jugé le ministre qui répondait aux questions de la commission d'enquête, est mal choisi pour brûler des documents, car l'enquête est actuellement en cours sur la nationalité des membres du gouvernement et du président de la République. Ces documents, selon Supplice, auraient dû être acheminés aux bureaux des Archives nationales.

Commission modifiée
« Des avancées importantes au niveau de la structure interne de la commission d'enquête sur la nationalité des membres du gouvernement du chef de l'Etat ont été effectuées la semaine dernière », a annoncé le sénateur Joseph Lambert. Nous nous mettons d'accord, dit-il, pour restructurer la commission avec désormais deux coprésidents en la personne de moi-même et du sénateur Moïse Jean-Charles et de deux corapporteurs, à savoir les sénateurs Youri Latortue et Nènèl Cassy.
Le rapport final de la commission composée de neuf membres, selon les modifications, doit être approuvé par la majorité de ses membres. Ces changements ont été apportés suite à des contestations de Moïse Jean-Charles qui considérait que ses collègues Joseph Lambert et Youri Latortue étaient trop proches du président Michel Martelly dont la seule nationalité haïtienne est mise en doute.
Claude Gilles et Frantz Duval
http://lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=102912&PubDate=2012-02-28

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