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mercredi 5 octobre 2011

Nouvelle armée, vieux fantômes

Dix-sept ans après la dissolution de l'armée haïtienne, le projet du président Martelly de créer une nouvelle force militaire de 3 500 hommes suscite des interrogations. En fera-t-il une milice à son service, comme d'autres présidents avant lui ? Et pourquoi ne pas organiser un débat national sur cette question ? 05.10.2011 
Robenson Geffrard et Danio Darius  
Le Nouvelliste

Le retour des Forces armées d'Haïti, le départ progressif de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (Minustah) : le président Martelly a tout prévu dans son plan de 22 pages présenté aux ambassades accréditées à Port-au-Prince.
Mais l'opinion publique n'était pas préparée à accueillir si soudainement la création d'une force militaire. La Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) déclare craindre que le plan de cette armée de 3 500 soldats annoncé par le président Michel Martelly ne s'inscrive dans l'idée de la création d'une armée contrôlée et utilisée par le palais national.
 "Dans ce pays, la plupart des nouveaux présidents ont mis sur pied leurs propres groupes armés. On se rappelle encore toutes les exactions des 'Tontons Macoutes' de l'ancien président François Duvalier, et récemment les chimères de l'ex-président Jean-Bertrand Aristide", a lancé Antonal Mortimé, secrétaire exécutif de la POHDH.
"Il y a un amalgame dans la façon dont le chef de l'Etat tente de mettre sur pied la nouvelle force de sécurité nationale, appelée à protéger le pays contre les menaces provenant à la fois de l'intérieur et de l'extérieur", a renchéri Evans Paul, membre de la plate-forme Alternative, sur les ondes de Radio Magik 9. L'ancien maire de Port-au-Prince, qui se dit toutefois favorable à la création d'une nouvelle force armée, a expliqué que ces deux missions ne peuvent relever d'un seul corps. Le leader politique a cité l'exemple du FBI et de la CIA aux Etats-Unis. Le premier protège les Etats-Unis contre les menaces intérieures, la seconde contre celles provenant de l'extérieur.
Evans Paul a exprimé de profondes inquiétudes au sujet du Service d'intelligence nationale (SIN) que compte relancer le président de la République à travers sa politique de défense nationale. Cette structure a différents objectifs : prévenir le terrorisme et lutter contre lui, contre toute forme d'activités mafieuses et de réseaux de trafiquants illégaux de toutes sortes, surveiller les organisations et mouvements extrémistes qui veulent semer l'anarchie dans le pays, prévenir et lutter contre les menaces internes et externes, lutter contre la cybercriminalité et surveiller les installations et sites stratégiques.
"Haïti n'est pas menacée par le terrorisme", a avancé M. Paul, qui estime que cette structure rappelle, par rapport à ses objectifs, le Service d'intelligence créé par le régime des Duvalier pour persécuter leurs opposants. "Si cette structure vise à restreindre le droit des citoyens à s'exprimer librement, elle ne passera pas", a-t-il poursuivi, redoutant sous cet angle la création d'un groupe d'espions.
De l'avis du sénateur Jean William Jeanty, la force armée voulue par Martelly s'apparente à une milice gouvernementale. Selon lui, l'ancienne armée d'Haïti a bloqué l'avancement de la démocratie dans le pays. "Aucune armée nationale ne pourra empêcher les militaires américains de fouler le sol national", a-t-il fulminé, ce vendredi, sur les ondes de Radio Magik 9. Pour le parlementaire, le chef de l'Etat tourne en dérision l'intelligence de la population avec cette idée.
Pour Antonal Mortimé, "notre inquiétude est d'autant plus grande que le chef de l'Etat n'a pas consulté le Parlement, codétenteur de la souveraineté nationale. Il a ignoré la population sur ce sujet." Selon lui, la formation d'une armée devrait être l'objet d'un débat national au cours duquel tous les secteurs de la société donneraient leur point de vue afin d'en dégager un consensus sur le dossier.
Parallèlement, ces hommes veulent tous le départ des Casques bleus. "Je ne vois pas de différence entre la présence et l'absence de la Minustah. Aujourd'hui, l'insécurité se répand à travers tout le pays. La Minustah a failli à sa mission", déclare le responsable de la POHDH.
"L'armée, c'est la volonté de protéger le territoire", insiste pour sa part Evans Paul, en invitant les dirigeants à ne pas répéter les mêmes erreurs. Il rappelé que ce sont les excès de pouvoir des FAD'H [Forces armées d'Haïti] qui ont conduit à leur démobilisation.
http://www.courrierinternational.com/article/2011/10/05/nouvelle-armee-vieux-fantomes

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