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mercredi 19 octobre 2011

Marseille : ces militants (HAITIENS) qui luttent contre la misère

Leur bien le plus précieux est soigneusement posé sur la table du salon. D'apparence, un simple album photo que Justine et Josette, un couple de Haïtiens logé au dernier étage d'une tour de béton, présentent au visiteur avec une émotion non feinte. On y découvre des images devenues rares quand il s'agit d'évoquer les quartiers Nord et les clichés qui s'y rattachent, parfois à raison.

Ici, pas de carcasses de voitures calcinées. Rien de très spectaculaire. Mais une concentration de douces tranches de vie. Des pères de familles d'origines différentes qui cultivent avec ardeur un jardin collectif, des mamans qui cuisinent, se tiennent par les épaules et prennent fièrement la pose, des gosses qui dévalent un toboggan comme s'ils se trouvaient à Disneyland... C'était en mai dernier, aux Aygalades, une des cités les plus fragiles du quinzième arrondissement.
Ce jour-là, Josette et Justin, 40 ans chacun, avaient initié une journée de la famille. "Ce genre d'action de terrain, c'est notre manière de combattre la pire des fatalités : celle du repli sur soi et de l'indifférence au sort de l'autre", souffle Josette. Qui insiste : "Par petite touche, on tente de créer du lien" C'est par l'entraide que les gens s'en sortiront. La misère est l'oeuvre des hommes.Ce n'est qu'en s'unissant qu'ils parviendront à l'éradiquer. Le 17 octobre, pour nous, c'est toute l'année".
C'est ainsi, modestement, sans tapage, mais avec une foi inébranlable en leurs semblable, que ces deux volontaires d'ATD Quart Monde remplissent au quotidien leur "mission" de volontaire à plein-temps au service de ce mouvement international de lutte contre l'exclusion sociale.
Une structure multiconfessionnelle fondée par le père Joseph Wresinski en 1957, dans un camp de sans logis à Noisy-le-Grand.
Le Credo ? "Faire appel à l'engagement de chaque citoyen, en premier lieu les victime de la précarité, pour poser des actes concrets de solidarité". Ces volontaires implantés aux Aygalades, parents de trois enfants, se sont rencontrés en 1999 à Port au Prince. Elle est une jeune institutrice sans "prise directe avec la pauvreté". Lui, étudiant très croyant, milite déjà pour ATD dans les pires bidonvilles de la capitale haïtienne.
"On s'est croisé dans une bibliothèque de rue animée par Justin", se souvient Josette. "Je trouvais le principe extraordinaire. On allait apporter des bouquins dans des endroits reculés, où les livres sont un luxe. On permettait à ces gens de découvrir le monde". Très vite, en 2003, séduite de la volonté de fer de ces jeunes recrues, l'association propose au couple de devenir missionnaire au Nord de Marseille, dans une ville et un pays qu'ils ne connaissent pas.
 "La proposition, enchaîne Justin, c'était de vivre comme les gens, à leur contact : habiter au même endroit, prendre les mêmes transports en commun, aller chercher nos enfants dans les mêmes écoles. Et essayer d'apporter, dans toutes ces circonstances, un message positif".
Sans visée religieuse ni politique, au seul service de la solidarité. "On a accepté sans hésiter. On était convaincu que c'était ce qu'il fallait faire". Un saut dans l'inconnu qui réserve toutefois son lot de surprises. "De notre terre natale, concède Justin, il est difficile d'imaginer que dans un pays comme la France, on puisse avoir une telle pauvreté. Un habitat dégradé, un manque évident de mixité sociale".
Mais ce qui choque le plus les deux missionnaires, c'est le peu de dialogue entre les populations. "À Haïti, les habitants sont pauvres mais ils se parlent. Ici, c'est plus compliqué".
Pourtant, Justin et Josette ne renoncent pas. Ils donnent des coups de main aux voisins, écoutent les souffrances des uns des autres, aident aux devoirs des enfants... Des gestes simples. Mais essentiels au vivre ensemble. "Il ne faut pas brusquer les choses", posent-ils. "Souvent, ça commence par obtenir un bonjour. Parfois, il faut deux jours, d'autre fois, trois ans.
Mais au fil du temps, on finit par se comprendre". Ce qu'ils retiennent après 8 ans passés au coeur des Aygalades ? "Les parents sont attachés à l'école. Ils veulent que leurs enfants réussissent mieux qu'eux, obtiennent des diplômes Il faut arrêter de noircir le tableau". Et Josette de conclure, regard perçant: "Et surtout, quand quelqu'un s'affaisse, il est du devoir de chacun de l'aider à se relever."
Laurent D'ANCONA
http://www.laprovence.com/article/a-la-une/marseille-ces-militants-qui-luttent-contre-la-misere

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