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mercredi 26 octobre 2011

Coup de gueule d'investisseurs devant les entraves administratives

« Haiti is open for business !», est encore un slogan. En réalité, certains hommes d'affaires galèrent dans les dédales de l'administration publique et affrontent des procédures compliquées à souhait pour ouvrir une entreprise. Le rapport « Doing business » de la Banque mondiale vient de rappeler aux décideurs la nécessité d'être sérieux avec les mots : Haïti a perdu 8 places et est 174e sur 183 pays où il est facile de faire des affaires. Haïti: Les slogans, on en a soupé! Cela suffit! Le temps commande des actes concrets dont l'économie vaut parfois des sourires moqueurs à nos dirigeants, volontaires en clamant sur tous les toits que « Haiti is open for business », marmonne en substance un homme d'affaires quelque peu dépité par les tracasseries administratives afin de monter une entreprise.
Les nerfs tout aussi éprouvés, Jacques Thomas, un homme d'affaires français, met une durée à cette galère. « Il faut au moins une année pour ouvrir une entreprise en Haïti alors qu'ailleurs ces formalités durent 3 mois », explique-t-il, ajoutant qu'il s'agit « d'un véritable parcours du combattant ».
La faute à la lourdeur et à la complexité des procédures, confie Jacques Thomas, englué dans les démarches pour finaliser le montage d'une usine de tôles depuis tantôt un an. « Aujourd'hui encore, pour importer de la marchandise, on est obligé d'obtenir un quitus fiscal tous les trois mois. Ce même quitus nécessite la production de quelque 15 documents », tempête Jacques Thomas, qui n'a pas mis de l'eau à la bouche pour qualifier de « voeu pieux » les slogans clamant que le « pays est ouvert aux investissements directs étrangers ».
Il n'y a pas d'incitatifs pour les nouvelles entreprises. « Si vous ne produisez pas 40 % de valeur ajoutée, vous n'avez droit à aucune exonération, aucune facilité pour ouvrir une entreprise », explique-t-il, toujours prompt à faire des comparaisons, car, dans l'économie mondiale où la compétition fait rage, faire fructifier ses investissements est l'unique objectif des investisseurs. « Dans d'autres pays, vous avez un code des investissements pour toute nouvelle entreprise. Et ces entreprises bénéficient jusqu'à 5 ans, voire 10 ans d'exonération sur les impôts commerciaux en fin d'année », ajoute Jacques Thomas, qui n'est pas tendre non plus avec la lourdeur des notaires, des firmes d'avocats, sur Magik 9, le mardi 25 octobre 2011.


Bloquée pour une « banalité »
Jonas Guillaume, un autre homme d'affaires, ronge ses freins depuis 5 mois afin d'obtenir un numéro du Moniteur avec la reconnaissance d'une usine. « Depuis 5 mois, j'attends un Moniteur. Mes investisseurs à l'étranger sont anxieux », confie Jonas Guillaume, dont le dossier est bloqué au ministère du Commerce et de l'Industrie à cause, selon lui, « d'une banalité ». Son entreprise, « Les Industries Digo », ne peut pas avoir de reconnaissance parce qu'il y a déjà une entreprise dénommée « Club Indigo ». « Mon industrie sera spécialisée dans le chimique alors que Indigo Club est un hôtel. Je ne vois pas le rapport et pourquoi on refuse de délivrer le certificat de reconnaissance », s'interroge, dubitatif, Jonas Guillaume.
Un problème de culture des affaires
« La culture administrative en Haïti est axée sur la procédure et non sur l'efficacité. On réfléchit aux détours à imposer à l'entrepreneur à qui on devrait plutôt faciliter la tâche en diminuant les étapes, soit pour ouvrir une entreprise, soit pour payer des taxes », relève Frédérick Gérald Chéry, économiste, auteur de plusieurs ouvrages, dont « Discours et décisions », « Fondements cognitifs de l'économie », « Haïti : la crise permanente ».
Cependant, l'économiste souligne que les lois, les réformes ne suffisent pas à elles seules à faciliter les investissements et la création d'emplois sans une culture des affaires. « Ce ne sont pas les lois qui facilitent les affaires. C'est une disposition au sein de la société qui accepte le principe de la création de richesses comme vecteur de croissance », insiste-t-il. Entre 2004 et aujourd'hui, le CFI a été créé; on a élaboré de nouvelles lois sur la fiscalité, le secteur privé et l'Etat se sont rapprochés et ont débattu d'un plan de développement, mais cela n'a pas donné l'impulsion souhaitée, argumente M. Chéry.
Frédérick Gérald Chéry, professeur à l'UEH, indexe par ailleurs l'attitude consistant à considérer les conflits de propriété comme une affaire interne à la justice et non un problème à résoudre pour le bon fonctionnement de l'économie. Ce n'est pas normal, autant que l'accès au crédit à une fraction restreinte de la population par le système bancaire, souligne aussi l'économiste, qui plaide aussi pour donner la primauté à l'économie. « Le discours politique n'est pas orienté vers les avantages pour l'économie », relève Frédérick Gérald Chéry, dans un contexte où Haïti, déjà mal classée parmi les pays offrant des facilités pour faire des affaires, vient de perdre 8 places dans le classement 2012 fait par « Doing Business » de la Banque mondiale rendu public il y a quelques jours. Haïti est 174e sur 183 pays sur la base d'un certain nombre de critères, dont la durée pour créer une entreprise, le temps pour l'octroi du permis de construire, l'accès à l'électricité, le temps du transfert de propriété, la facilité d'accès aux prêts, la protection des investisseurs, le paiement des impôts, le commerce transfrontalier, l'exécution des contrats, la résolution des problèmes de solvabilité.
Le nouveau gouvernement n'a pas encore fait part de ses commentaires suite à ce classement du « Doing business » recherché par les investisseurs du monde.
Cependant, le chancelier haïtien, Laurent Lamothe, membre du Conseil consultatif présidentiel sur le développement économique et l'investissement (CCPI), lors de son installation, lundi 24 octobre 2011, souligne que le cap sera maintenu et annonce des chantiers ambitieux pour attirer des investissements directs étrangers dans le pays. « Haiti is open for business !» Le président l'a dit, le Premier ministre l'a réaffirmé. La diplomatie haïtienne sera orientée vers l'afflux de capitaux étrangers, les investissements directs, générateurs d'emplois et de croissance économique. Il faudra trouver aussi des marchés et des débouchés pour les produits haïtiens », selon Laurent Lamothe, qui indique, après avoir monté des entreprises et travaillé dans 41 pays, « que la diplomatie ne peut plus être une affaire de beaux discours et de belles manières ».
« Non pas qu'il faille mettre de côté tout ce qui fait le charme des diplomates, au contraire, il faut être encore plus courtois et policé. Toutefois, les bonnes manières doivent se mettre au service des intérêts de notre pays. Des intérêts politiques, commerciaux, agricoles, touristiques, culturels et économiques pour le plus grand bien de notre peuple », explique-t-il, quand son camarade du ministère du Commerce et de l'Industrie, Wilson Laleau, propose la création dans les prochaines semaines du Conseil de la politique économique.
Ces structures favoriseront-elles un meilleur classement d'Haïti ? L'avenir le dira.
Cependant, malgré les difficultés, des entreprises ont pu s'implanter en Haïti. « La vérité sur la situation objective d'Haïti dans le domaine des affaires, c'est ce message que l'on doit vendre aux investisseurs qui ne sont pas des pigeons, des gens stupides que l'on peut flouer. Haïti a des problèmes, mais aussi des potentiels importants », affirme un homme d'affaires. « En marketing, l'effet boomerang est dur à encaisser. Battre la grosse pour dire que l'on est prêt, que tout est rose alors que ce n'est pas vrai, c'est encourir le risque de ne pas être pris au sérieux la prochaine fois. Sans compter aussi l'énergie et l'argent que l'on devra dépenser », ajoute-t-il en rappelant, un zeste taquin, que l'image d'un pays, facile à casser, prend du temps et un effort assidu à être construite.
Entre-temps, rien n'indique que la galère de ceux qui ouvrent une nouvelle entreprise est en passe de se terminer dans les dédales de l'administration publique en Haïti où les autorités, les acteurs économiques semblent souffrir d'une overdose de paroles et d'une pauvreté dans le faire. Sècheresse....
Selon le rapport 2011-2012 publié en septembre dernier par le Forum Économique Mondial, Haïti était classée à la 141e place, soit l'avant dernière position dans le classement mondial des pays en matière de compétitivité économique. Ont été retenus pour ce classementes les facteurs suivants : institutions, infrastructure, environnement macroéconomique, santé et éducation de base, éducation supérieure et formation, fonctionnement du marché des biens, efficacité du marché du travail, développement du système financier, agilité technologique, taille du marché, sophistication des activités commerciales et innovation.
Roberson Alphonse
ralphonse@lenouvelliste.com
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=98681&PubDate=2011-10-25
Commentaires:
Et dire que le gouvernement de René Préval avait mis sur place un bureau de facilitation des investissements! Ce sont ces initiatives sans lendemain qui servent uniquement à faire du bruit ou au pire des cas à prendre des ronds d'un bailleurs quelconque type USAID ou UUEE.
Mais en fait rien ne bouge. Le problème reste sans solution!

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