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mardi 8 mars 2011

CARCASSONNE D'Haïti à Narbonne, la justice en droite ligne

NARBONNE. Ce n'est pas de la cosmétique, du maquillage. Wando Saint-Villier ne joue pas. « Je suis né comme ça », insiste-t-il. « J'aime la rigueur, la rectitude. J'ai des convictions que je ne trahirai jamais. Les injustices me révoltent. Et lorsque j'en constate, je le dis haut et fort ». Cette flamme l'anime depuis toujours. Elle lui a donné la force de quitter son pays pour s'aguerrir en France et devenir magistrat. Son diplôme obtenu, il retournera en Haïti, « contribuer à la fortification de l'institution judiciaire ». Le voilà
son but ultime. Son rêve. « Sortir sa patrie de l'ornière, participer à l'élaboration du bien commun ».
Ce père de famille de 31 ans a posé ses bagages, en France, en septembre dernier pour intégrer l'école nationale de la magistrature à Bordeaux. En formation au Palais de Justice de Narbonne depuis le 2 février dernier, il n'en repartira que le 24 juin prochain. Le temps de goûter aux différentes activités de la magistrature.
Sa situation n'est pas des plus évidentes : « J'ai laissé mon épouse au pays, quand je suis parti notre enfant n'avait que neuf mois… ». Mais Wando Saint-Villier sait que cette expérience dans l'Aude peut s'avérer décisive. Elle pourrait bien l'amener à s'accomplir. « À mon retour, je veux contribuer à la distribution d'une saine, sereine et équitable justice en Haïti. Une justice qui ne broie pas les plus faibles. J'ai vu là-bas tant de choses qui me révoltent. C'est parce que j'éprouve un sentiment de révolte que j'ai souhaité intégrer la magistrature. Et aussi car je sais que le pays a besoin d'un groupe d'hommes et de femmes dotés d'une conscience citoyenne et attachés à sa patrie ».

« L'incompétence de la classe politique »
Ce souci de l'intérêt général, Wando Saint-Villier le cultive depuis l'enfance. « Je me suis toujours intéressé à la politique. Je pouvais passer toute une journée à faire des recherches à ce sujet ». Pas étonnant que les déboires d'Haïti suscitent chez lui « souffrance, amertume et tristesse ». Une affliction qu'il transforme en force. Issu de la classe moyenne - ses parents sont commerçants -, il s'est battu pour améliorer sa condition et celle des siens. « Car en Haïti, le meilleur moyen de réussir, c'est de suivre des études. Là-bas, on ne peut pas obtenir la reconnaissance en faisait des grimaces, du spectacle… Je le savais, alors j'ai agi en conséquence. J'ai travaillé ».
Ses années d'études seront marquées par les déceptions, les désillusions au niveau politique. Les bouleversements au plus haut niveau de l'État se succèdent. Les espérances du peuple sont déçues. Comme souvent depuis deux siècles. « Haïti est instable depuis l'indépendance en 1 804. Les coups d'états se multiplient. D'abord divisé entre noirs et métis, le pays est ensuite tombé aux mains de démagogues, de dictateurs… ». Wando Saint-Villier connaît l'histoire de son pays sur le bout des ongles. Les parcours des hommes qui ont marqué Haïti, de Jean-Jacques Dessalines à Jean-Bertrand Aristide et René Préval en passant par Henri Christophe, Alexandre Pétion, Jean-Pierre Boyer et François Duvalier, il les maîtrise parfaitement.
Capable de disséquer chaque période avec à-propos, il livre une analyse lucide de la situation. « Haïti, qui était une colonie française, est la première république indépendante de population majoritairement noire à avoir été proclamée. Mais l'idéal a été trahi par des hommes mus par leurs intérêts particuliers. Il y a eu une mauvaise gestion, une gabegie administrative, des déstabilisations souvent fomentées par l'extérieur. Surtout, la classe politique n'est pas au niveau. L'incompétence règne. Quant à la bourgeoisie, elle s'avère malheureusement parasitaire. Car elle ne produit rien et n'investit pas ». Sans concession, Wando Saint-Villier espère, maintenant, un réveil de la société dans son ensemble. Une prise de conscience qui lui semble essentielle.
Nicolas Boussu
http://www.lindependant.com/articles/2011-03-08/d-haiti-a-narbonne-la-justice-en-droite-ligne-346623.php

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