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mercredi 23 juin 2010

Haïti, cinq mois plus tard: «Je suis toujours sous les décombres»

Publié le 21 juin 2010

(Québec) Cinq mois plus tard, des milliers de kilomètres plus loin et malgré le miracle d'être en vie, Nicolas Mazellier reste prisonnier des décombres de l'hôtel Montana.
En janvier dernier, à peine débarqué en Haïti, cet ex-conseiller de Mario Dumont, administrateur invité à l'ENAP (École nationale d'administration publique), s'est retrouvé coincé pendant 17 heures sous les gravats. Sa chance d'être secouru et de survivre au tremblement de terre meurtrier n'a pourtant rien d'une bénédiction.
«Ça aurait été plus simple de mourir là-bas», confie l'homme de 38 ans, Français d'origine et résidant de Stoneham.
Le concentré de violence, de solitude, d'angoisse et d'impuissance encaissé pendant son calvaire laisse des traces difficiles à effacer. Probablement analogues à celles du syndrome de stress post-traumatique chez les militaires.
Nicolas Mazellier ne passe pas cinq minutes sans replonger dans l'effondrement, le chaos, l'horreur. Son manque de sensibilité dans la jambe gauche est aussi là pour lui rafraîchir la mémoire. Il se souvient très précisément du fil des événements.
«Ton cerveau te joue des tours, explique calmement M. Mazellier. Il y a des choses qui me tombent dessus. La terre tremble. Le psychologue m'explique que mon cerveau, la dernière fois, a été pris de court. Et là, il essaie de prévoir tout ce qui peut se passer.»
Au volant, il a souvent l'impression qu'il va avoir un accident lorsqu'il croise un autre véhicule. «L'autre jour, quelque chose m'est tombé dessus à travers le toit ouvrant, raconte-t-il. Il n'y a rien qui est tombé, mais j'ai levé la tête et j'ai senti quelque chose me tomber dessus. Et ça, c'est très déstabilisant.»

Grande solitude
L'incompréhension des proches est aussi difficile à accepter. L'entourage qui s'interroge sur son incapacité à se réjouir d'être vivant. «Ma femme, mon fils, ma mère, mes proches me voient me lever, manger, m'habiller, me mettre à faire du sport, donc tout va bien, énumère M. Mazellier. En définitive, ça ne va pas bien. Je suis encore sous les décombres. C'est un grand moment de solitude qui se continue.»
Reste qu'il est sur la bonne pente. Il a repris le travail pour «briser l'isolement». La seule médication dont il a besoin est un somnifère qui l'assomme pendant six heures. «Une nuit, je ne l'ai pas pris, relate-t-il. Ç'a été l'horreur. Je n'ai pas dormi. Je sais que mes nuits sont habitées, mais au moins, je ne m'en souviens pas.»
Les questionnements continuent à exercer leur torture. «Pourquoi moi?» se répète-t-il en boucle sans trouver de réponse. Sa voix se noue d'émotion au souvenir des «deux Anne», Labelle et Chabot, des collègues qui n'ont pas survécu à l'écroulement de l'hôtel Montana.
Un peu comme un exutoire, et aussi pour expliquer ses états d'âme à sa famille, Nicolas Mazellier a couché sur papier son expérience. Il en naît un livre, publié aux éditions Anne Sigier, intitulé simplement Pourquoi? Au coeur des ruines de l'hôtel Montana. L'ouvrage, qui fait une bonne place aux réflexions religieuses et spirituelles de M. Mazellier en lien avec l'événement, est lancé ce soir à l'ENAP, à 17h. Il sera aussi publié en France.
Si, d'aventure, le bouquin devait être profitable, M. Mazellier compte utiliser les sommes pour un projet en Haïti qui reste à définir. Parce qu'il veut y retourner. Son employeur a déjà soumis quelques dates pour un projet auquel il tient à participer à la fin de l'été ou à l'automne.
«Je suis tout le temps sur les collines du Montana, dit-il. Ils pensaient nous sauver quand ils nous ont mis le C-17 pour nous renvoyer à la maison. Mais je ne suis jamais parti de là-bas.»
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/seisme-en-haiti/201006/20/01-4291840-haiti-cinq-mois-plus-tard-je-suis-toujours-sous-les-decombres.php

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