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vendredi 1 mars 2013

Ancien président à vie d'Haïti, Jean-Claude Duvalier comparaît devant ses juges et ses victimes

LE MONDE | 01.03.2013 à 11h31 Pour les victimes du régime duvaliériste, la comparution de l'ancien dictateur haïtien Jean-Claude Duvalier devant la cour d'appel de Port-au-Prince est une première victoire. Accusé de violations des droits de l'homme, de détournement de fonds et de corruption, l'ancien "président à vie" d'Haïti, chassé du pouvoir en 1986 après quinze années de dictature, avait refusé par trois fois de répondre aux convocations du tribunal. Le président de la cour d'appel, Jean-Joseph Lebrun, l'avait menacé d'un mandat d'amener au cas où il refuserait à nouveau de se présenter. "Bébé Doc" a finalement obtempéré. Il a comparu, jeudi 28 février, face à plusieurs de ses victimes qui ont porté plainte pour crimes contre l'humanité. "C'est une audience historique, un premier pas, il faut poursuivre la bataille",soulignait Danièle Magloire, coordonnatrice du Collectif contre l'impunité, peu après la fin de l'audience qui doit reprendre dans une semaine. Reed Brody, deHuman Rights Watch, se félicitait aussi de cette "victoire historique dans un pays où les riches et les puissants ont toujours été au-dessus de la loi". SES AVOCATS ONT MULTIPLIÉ LES INCIDENTS DE SÉANCE Accompagné de plusieurs dizaines de partisans, massés à l'intérieur et devant le tribunal, Jean-Claude Duvalier s'est défendu face aux accusations. D'une voix à peine audible, obligeant le greffier à répéter ses propos, il a expliqué que les redoutables "tontons macoutes", les miliciens du régime, avaient pour tâche d'assurer la sécurité nationale et d'assister l'armée. Lorsque le président de la cour l'a interrogé sur les violations des droits de l'homme, il a répliqué que "les viols existent partout dans le monde" et que les chefs d'Etat ne pouvaient être tenus pour responsables. "A chaque fois que des cas étaient signalés, j'intervenais pour que justice soit faite", a-t-il assuré. Ses avocats ont multiplié les incidents de séance, réclamant un huis clos, qui a été refusé, et protestant lorsque la cour utilisait le mot "inculpé" pour désigner leur client. M. Duvalier a qualifié de "fumisterie" une question concernant un ancien prisonnier, Robert Duval, présent à l'audience, qui avait été victime de sévices durant ses dix-sept mois de détention dans les geôles duvaliéristes. "QU'AVEZ-VOUS FAIT DE MON PAYS ?" "Je crois avoir fait le maximum pour assurer une vie décente à mes concitoyens, à l'époque les entreprises publiques fonctionnaient bien, les Haïtiens envoyaient leurs enfants à l'école, je ne peux pas dire que la vie était rose, mais les gens vivaient décemment", a contre-attaqué M. Duvalier. Avant de lancer : "Qu'avez-vous fait de mon pays ?, à mon retour [en 2011, après vingt-cinq ans d'exil en France], j'ai trouvé un pays effondré et rongé par la corruption." Qualifiant son père, l'ancien dictateur François Duvalier, de "grand nationaliste", il a dit avoir accepté de le remplacer, à 19 ans, "par amour pour pays". Pour les avocats des victimes, l'audience de jeudi a mis en échec les "manœuvres dilatoires" des conseils de "Bébé Doc" qui avaient tenté d'empêcher la procédure en appel par un pourvoi en cassation. http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/03/01/jean-claude-duvalier-ancien-president-a-vie-d-haiti-comparait-devant-ses-juges-et-ses-victimes_1841188_3222.html

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