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dimanche 18 décembre 2011

SOUS LES AILES DE MINUIT

Elle avait fait le choix délibéré de disparaître. Le choix conscient de s’intégrer dans l’univers réel et immatériel des sensations nouvelles. Pour une fois elle était fière de se retrouver. Elle, sabine Pierre-Louis. L’authentique. La vraie. Celle qui pouvait être aimée. Celle qui pouvait rentrer à brides abattues dans l’univers fulgurant de la jouissance du corps et de l’esprit.


Elle accepta l’option de ne pas ouvrir les yeux. Pourtant l’homme mystérieux ne le lui avait point interdit. Elle se sentit au départ, parcourue par la peur de le contrarier. La crainte de l’énerver. Un regard peut exprimer tellement de choses. Dans l’exercice de son métier ce n’est pas toujours un geste anodin. Les regards ne se croisent pas toujours. Souvent les regards ne se recherchent pas.

Certains clients l’apprécient plutôt quand il est furtif. Pour d’autres, ce coup d’œil peut être si inquisiteur et moralisateur qu’ils préfèrent ne pas l’inclure dans le menu.

Certains réclament sous un ton de commandement le regard de la bête effarouchée avant la mise à mort, pour ensuite se rassurer en intimant avec encore plus de véhémence, l’ordre d’éloigner ce putain de regard.

Dans son métier ce simple geste se transforme souvent en dilemme et fréquemment en vraie souffrance.

Elle jouait à quitte ou double. Elle se sentait si bien qu’elle ne voulait pas que l’expression de ses yeux reflétant un bonheur trop exquis, n’incommodât son homme mystérieux.

Peu de clients ont montré une admiration quelconque devant ses yeux couleur tamarin ou devant l’infinie douceur, de cette invitation saine à contempler la magie des derniers instants du coucher de soleil sous les tropiques.

Cette description, elle ne l’avait certes pas inventée. Elle l’avait retenue de la description d’un diseur de belles phrases, souvent ivre, qui lui payait sa compagnie quand il cherchait un certain type d’inspiration pour écrire des vers.

A quoi pouvait bien servir la vue dans un univers peuplé exclusivement de ses sensations, de son corps devenu immatériel et d’un illustre et merveilleux inconnu responsable de cette reconfiguration de son monde et de son être ?

Elle n’ouvrira pas les yeux quoiqu’il arrive. Ses sens en éveil, suppléaient dans une harmonie indicible, sa vue transformée en fenêtre grand ouvert sur son espace idéal et sur son environnement rêvé.

Pour une fois, le temps ne se comptait ni en billet ni en espèces sonnantes. La langueur toujours morbide à son activité n’était rien d’autre que le rythme qu’elle aurait souhaité imprégner à chacun des moindres mouvements de son illustre et bel inconnu. Un moment parfait est bien celui qui se décline en laps circulaires enchevêtrés selon les principes du hasard.

Ses sens prirent le dessus sur toutes les dimensions connues.

Sa vue ramènerait sa réalité à elle. Son esprit s’arrêterait de vaguer et de butiner entre songes et rêves si elle se rendait compte qu’elle était entrain de se faire sauter entre les limites exiguës d’une voiture…(A suivre)

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