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samedi 3 mai 2008

Cité Michel, un autre bidonville

En face du Royal Haitian hôtel, à proximité d'une place publique, la partie du littoral est en chantier. Une nouvelle cité, à l'instar de Cité l'Eternel et autres ..., est en train d'être érigée, au vu et au su de tous.
« Cité Michel », un nouveau nom qui s'ajoute à l'imaginaire collectif des Haïtiens pour indexer une poche de maisonnettes, un bidonville situé sur la route nationale # 2. « La cité porte son nom parce que Michel a été le premier à prendre l'initiative visant à remblayer le littoral pour construire son logement », raconte une quinquagénaire, spoliateur elle-même, inquiète de voir son lopin de terre envahi par une marée de spoliateurs. On utilise, poursuit-elle, des pneus, des déchets et d'autres résidus solides pour remblayer la mer. « Le travail terminé, on s'arrange pour construire sa maison ».
A l'instar d'autres bidonvilles érigés sur le littoral, l'espace est, à certains endroits, marécageux. L'eau de la mer partage le quotidien des riverains. Les détritus, les porcs, les cabris, les matières fécales et l'odeur nauséabonde font aussi partie du décor.
Pauvreté urbaine.
A Cité Michel, les maisons sont en béton ou construites avec des matériaux de récupération. L'ensemble des constructions offre aux visiteurs une image hideuse. A côté des bâtisses en béton, d'autres, en tôles abîmées, en bois et en carton, viennent compléter ce décor cauchemardesque. L'exiguïté des maisons est la règle. Les réduits crasseux hébergent des familles de cinq à six enfants. « On est, pour l'instant, privés d'eau potable et d'électricité », informe une mère de trois enfants. Mais, lâche-t-elle, "les jeunes de la zone s'arrangent pour avoir accès à ces services.
"La place publique en est-elle pour quelque chose ?
Cette anarchie, souligne un des habitants de Fontamara 43, a débuté en 2003, peu de temps après l'inauguration de la place publique. Cette dernière, juge ce résident, n'a pas sa place dans la zone. « Je n'ai rien contre "l'esthétique" dégagée par cette place et le rôle qu'elle joue dans la vie de la communauté. Mais elle est construite sur une route nationale et dans une zone résidentielle réputée calme », argumente-t-il.
De plus, la cohabitation entre ces deux espaces est affreuse. "Esthétique" et marginalité urbaine se côtoient.
La mairie de Carrefour serait-elle impuissante ?
« Ce n'est pas l'Etat qui nous autorise à remblayer la mer pour y construire notre maison », reconnaît un des riverains. Mais, affirme-t-elle, les employés de la mairie ont supervisé les constructions. « La mairie de Carrefour et la Direction générale des impôts (DGI) sont au courant des constructions en cours.
Nous ne sommes pas des illégaux », prétend fermement un autre. Se voulant plus rassurant, il précise que le maire a fait procéder récemment à des arrestations dans la zone. « J'ai acheté la propriété, et pendant la construction, nos matériels ont été saisis par la mairie », explique-t-il.

Le maire, rencontré sur les lieux, affirme avoir fait arrêter puis relâcher certains individus en possession de camions de gravier dans la zone. « Le problème nous dépasse au niveau de la mairie. Toutefois, on essaie de stopper les constructions; mais je crois que l'Etat doit avoir une politique de logement pour répondre à ces besoins », dit-il.
Gentiment, le maire de Carrefour, sans être précis, informe les riverains qu'il va démolir ces constructions. « Cela doit se faire de concert avec les autorités gouvernementales. Ce n'est qu'une question de temps », estime-t-il.
Jean Gardy Gauthier et Adner Estelot

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